International

Les leçons de la mondialisation des maladies

Par L'Economiste | Edition N°:4417 Le 10/12/2014 | Partager
Le premier droit des malades est l’accès aux soins de qualité
La transition épidémiologique bouleverse l’organisation des systèmes de santé

Jean-Jacques Denis: «…Le sida hier, et le virus Ebola aujourd’hui, nous démontrent qu’il ne faut pas baisser la garde…»

C’est à l’initiative de la Fédération hospitalière de France (FHF), en partenariat avec les autres fédérations d’hospitalisation françaises que les rencontres autour d’Hôpital Expo Méditerranée ont été organisées avec leurs partenaires méditerranéens les 3 et 4 décembre 2014.  Pour la première fois, se sont retrouvés un grand nombre de responsables de santé. La représentation marocaine a fortement contribué à la réussite de cet événement dont les enjeux étaient d’établir ou de conforter des relations entre professionnels des deux rives de la Méditerranée. Jean-Jacques Denis est médecin, spécialiste en médecine tropicale et en biologie. Ancien député, il revient sur les enjeux de ces transformations.

- L’Economiste: Quels sont, à votre avis, les nouveaux besoins dans les pays du bassin méditerranéen?
- Jean-Jacques Denis: Les besoins de santé sont croissants et permanents de chaque côté de la Méditerranée, comme partout dans le monde d’ailleurs. Mais pour être un peu schématique, on peut considérer que les besoins de santé sont devenus identiques dans cette région. Les maladies chroniques, les maladies dites «de civilisation», celles dues au vieillissement sont devenues des enjeux majeurs. Cela s’appelle la transition épidémiologique. Cette évolution vient bouleverser l’organisation des systèmes de santé, les formations et les offres de soins.
Le progrès médical et les innovations créent aussi des nouveaux besoins. Mais les maladies infectieuses et transmissibles n’ont pas disparu comme on l’a cru encore récemment. Le sida hier, et le virus Ebola aujourd’hui, nous démontrent qu’il ne faut pas baisser la garde. Aucun pays n’étant totalement à l’abri. Les maladies se sont mondialisées.
En Méditerranée, les échanges de populations sont intenses depuis toujours. Il faut à présent encourager les échanges de connaissances puisque nous avons à faire face aux mêmes enjeux. Certes les coopérations et les partenariats dans tous les domaines sont nombreux, mais il convient de les intensifier, voire de les organiser afin de favoriser les bonnes pratiques et de mutualiser les retours d’expérience. Les universités et les hôpitaux ont un rôle essentiel. C’était l’objectif de notre réunion: démontrer que chacun a à apprendre des autres et qu’on est plus fort ensemble à condition de partager les savoirs, notamment par la création de réseaux et de synergies.

- Comment exporter l’expertise française?
- La santé française est reconnue dans le monde et il est dans ses gènes de partager son expertise. Le développement international d’ONG telles que Médecins sans Frontières en témoigne. Les hôpitaux sont réputés et nombre de médecins étrangers y ont été formés. Le système de santé français est ouvert à tous et la couverture sociale est universelle. Ces qualités méritent d’être partagées et exportées. Mais tout n’est pas parfait. Notamment l’accueil des étudiants étrangers est trop timoré, les diplômes ne sont pas reconnus au-delà des frontières, la politique des visas est ici trop restrictive. Ce sont des obstacles qu’il faudra lever.

- A compter du 1er janvier 2015, les organismes de coopération internationale en santé et protection sociale seront fusionnés au sein d’une structure. Quelles seront les implications de ce regroupement?
- Cette nouvelle agence française, l’AFETI, est la conséquence de la prise de conscience que la multiplication des organismes de coopération ne répondait pas aux besoins d’efficacité attendus. Voyons comment elle saura investir la santé puisque ce n’est pas son seul champ d’action. Mais c’est un début et il reste encore de nombreuses coordinations à organiser: entre le public et le privé, entre les actions des bailleurs de fonds internationaux, entre les organismes de formations et les établissements de soins… La réorganisation administrative où les différents ministères défendent autant leurs pré carrés que leurs actions reste encore à faire.

- Vous avez été étroitement impliqué à la loi sur les droits des malades en France. Quel doit être aujourd’hui, selon vous, le socle de ces droits?
- Sans oublier ce que j’ai défendu avec cette loi, à savoir le droit à l’information et au consentement des patients, il ne faut jamais oublier que le premier droit des malades est d’avoir accès à des soins de qualité. Une fois ces droits posés, rien n’est acquis. C’est un esprit – un respect de l’humanité de chacun, dans sa diversité – dirais-je, qu’il faut partager sans cesse auprès des acteurs. Le propre de la santé est qu’une loi ne peut s’appliquer que si tous les rouages du système de santé, des gouvernements, en passant par les organismes concernés et les établissements de santé, jusqu’aux médecins dans leurs rapports intimes avec leurs patients, ont chacun une responsabilité. C’est toute une chaîne d’acteurs différents qui doivent œuvrer pour que les soins répondent à ces objectifs. Un seul maillon vient à défaillir et ces droits disparaissent.
- La formation médicale a-t-elle intégré les exigences liées aux droits des malades?
- La formation des professionnels de santé est essentielle. Pas seulement celle des médecins et des infirmières, mais aussi celle de tous les métiers qui concourent à la qualité des soins. Pour les hôpitaux, les études recensent environ 200 métiers différents! La qualité des soins n’existe pas sans stérilisation du matériel, matériovigilance, hémovigilance… sans des ingénieurs et des techniciens bien formés. La comparaison avec l’aéronautique peut se faire. Le médecin est un pilote, mais combien de compétences faut-il pour construire un avion et organiser les vols pour arriver à bon port? En associant à chacune des tables rondes d’Hôpital Expo Méditerranée les professionnels de santé, les directeurs généraux d’établissements, les sociétés de conseil, les financiers et les universités, nous avions ces objectifs en tête.

Profil

Ancien parlementaire, Jean-Jacques Denis est médecin, spécialiste en médecine tropicale et en biologie. Il a été membre du Centre d’analyse stratégique, think tank du gouvernement français au sein duquel il a commencé à travailler sur les enjeux de santé en Méditerranée. Avec la FHF et les Hôpitaux de Marseille, où il contribue à développer les relations hospitalières internationales, Jean-Jacques Denis a élaboré le programme scientifique d’Hôpital Expo Méditerranée. Il interviendra au Forum de Paris Casablanca Round le 4 février prochain.

Propos recueillis par
Fatim-Zahra TOHRY

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