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Tribune

Les jeunes Arabes et le numérique: Quels impacts sur la production des valeurs et de l’identité
Par Driss GUERRAOUI

Par L'Economiste | Edition N°:4414 Le 05/12/2014 | Partager

L’observation empirique des transformations impulsées par la révolution numérique révèle

Driss Guerraoui est professeur à l’Université Mohammed V Agdal Rabat

que celle-ci correspond bel et bien à l’émergence d’une nouvelle ère. Cette nouvelle ère, qui annonce l’avènement d’une société postindustrielle, se traduit par l’apparition et le développement d’un nouveau mode  de travailler, de produire, d’échanger et de penser, fondé sur de nouvelles activités économiques, de nouvelles formes de mobilisation du travail, de nouveaux métiers, et corrélativement de nouveaux rapports au temps et à l’espace et de nouveaux rapports sociaux. De ce fait, la révolution numérique annonce la fin d’un monde et l’émergence d’un nouveau.
Ce faisant, et ceci est extrêmement important, pour la conscience de l’appartenance des jeunes à l’identité arabe et aux valeurs communes partagées, trois questions d’une grande importance se posent aujourd’hui à la région arabe au regard de l’impact du numérique sur les jeunes:
- Que représente pour un jeune l’appartenance au monde arabe?
- En quoi réside l’identité arabe aujourd’hui chez les jeunes?
- Qui produit les valeurs et l’identité à l’heure actuelle dans les sociétés arabes?
En l’absence d’enquêtes systématiques et d’études scientifiques rigoureuses,  il n’y a pas de réponses autorisées  à ces questions centrales. Toutefois, les tendances qui se dégagent sont que les sociétés arabes sont à la croisée des chemins et à la recherche de référentiels puisés dans un foisonnement de choix qui les met dans une situation de tiraillement qui semble s’orienter vers trois tendances majeures:
- La recherche d’un retour aux sources de l’Islam que nourrit un réflexe identitaire produit par la crise de l’école, l’aggravation des inégalités sociales, l’absence de liberté et de démocratie, une crise de gouvernance et le sentiment d’être objet d’injustice de la part de la communauté internationale par rapport aux grandes causes arabes;  
- L’inscription dans la mouvance universaliste fondée sur les droits humains fondamentaux construits autour des valeurs de liberté, de justice, de dignité, de gouvernance responsable, d’équité et de solidarité;
- Et une troisième attitude cherchant la  voie de la conciliation entre Islam, démocratie et modernité.
Quelles que soient les issues à ces voies, le chemin de la transition des sociétés arabes à ces niveaux sera long et lent. En tout état de cause, il sera empreint de dangers divers et de dérives multiples qui, si ils ne sont pas maîtrisés et positivement régulés risquent de se produire dans la douleur, la violence et la terreur, avec comme conséquences irrémédiables pour les générations futures un retard historique, technologique, culturel et développemental de toute la région.
Toutefois, quelques précautions doivent être prises en compte  pour mieux apprécier ces tendances. Car la révolution  numérique est loin d’être générale à toutes les sociétés arabes  et loin d’être développée au même degré dans tous les pays arabes. Par ailleurs, elle  ne se produit pas de façon mécanique.
Ces constats étant, quelle est la situation du numérique au Maroc? Et qu’elle en est l’impact sur la production des valeurs et de l’identité chez les jeunes?

I- La situation du numérique au Maroc et de son impact sur les jeunes
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, malgré le retard pris par le Maroc en matière de généralisation de la scolarisation, phénomène qui n’a pas permis aux jeunes Marocains d’être bien préparés  à la révolution numérique, notre pays s’est rapidement ouvert à toutes les composantes de cette révolution, en réussissant des raccourcis  technologiques impressionnants.
De ce fait, les jeunes Marocains ont découvert  la révolution numérique au même moment que les autres jeunes du monde. On observe, en effet, que les jeunes Marocains ont épousé les outils de cette révolution en même temps que les jeunes Américains, Européens et Japonais.
Les données disponibles  relatives au développement des outils de la révolution numérique au Maroc attestent cet état de fait (voir encadré).
L’actuel foisonnement du numérique a permis aux jeunes Marocains de s’approprier ses outils et d’en user  pour libérer leurs énergies créatives dans tous les domaines, se libérer du poids de la famille et de l’école, transgresser les règles imposées  par les appareils de l’Etat et pour ériger des contre-pouvoirs par l’appropriation d’espaces  illimités de liberté d’expression, d’organisation et de réseautages collaboratifs, le tout  favorisé par le vent de démocratie que connaît notre pays, faut-il le noter en toute objectivité, bien avant ce qu’il est convenu d’appeler «le printemps arabe».
La conséquence la plus logique de ce développement impressionnant du numérique au Maroc est que les institutions qui transmettent les valeurs et qui produisent l’identité dans la société, en particulier la famille et l’école, ne produisent que des effets secondaires sur les comportements et les systèmes de  représentation des jeunes et sont de plus en plus dépossédées dans ce domaine par les nouveaux outils du numérique comme Internet et la télévision connectée.

L’actuel foisonnement du numérique a permis aux jeunes Marocains de s’approprier ses outils et d’en user  pour libérer leurs énergies créatives dans tous les domaines, le tout  favorisé par le vent de démocratie que connaît notre pays, faut-il le noter en toute objectivité, bien avant ce qu’il est convenu d’appeler «le printemps arabe»

Quand on sait que 60% des Marocains  environ ne regardent pas les chaînes nationales, que leurs chaînes de prédilection sont celles de prédication et de prêche religieuses, que les chaînes francophones ne sont regardées que par 3% des Marocains, on comprend dès lors la portée de cette dimension de la révolution numérique en termes de sécurité culturelle, de cohésion culturelle et de production partagée de valeurs nationales communes.
Dès lors se pose une question fondamentale. Qui assure aujourd’hui la production des valeurs et qui construit l’identité partagée, et corrélativement qui assurent les missions éducatives des jeunes  dans les sociétés arabes? 
- Est-ce l’école, la famille, la mosquée, la rue, le parti, le syndicat et les institutions de la société civile?
- Est-ce internet, la télévision, la vidéo, les réseaux sociaux et les nouveaux lieux de vie impulsés par la nouvelle révolution numérique, comme les cybercafés, les sites internet et le web en général.
D’où la nécessité, voire l’urgence de mener des études empiriques scientifiquement  autorisées pour répondre à ces questions cruciales. 
Dans l’attente, et à titre d’illustration, les études relatives au contenu de la consommation numérique par les jeunes Marocains donnent quelques éclairages sur cet aspect de la réponse à ces questions.
En effet, l’étude marocaine réalisée par le Centre d’études sociales, économiques et managériales (CESEM), publiée en 2011 par la «revue Economia» est édifiante à ce niveau. Cette étude, la 1re du genre au Maroc réalisée auprès d’un échantillon de 456 internautes marocains, révèle qu’environ 57% des utilisateurs des médias sociaux y vont soit pour faire des rencontres, discuter avec des inconnus, oublier leurs propres problèmes, soit pour se divertir  et s’évader.
Par ailleurs, selon l’Agence nationale de réglementation des télécommunications, plus de 71% des jeunes Marocains qui utilisent Internet  s’en servent avant tout pour télécharger des films, de la musique ou  regarder des vidéos.

II- Enseignements pour l’avenir
Au terme de cette présentation, plusieurs enseignements peuvent être dégagés. La révolution numérique est une réelle avancée pour les sociétés arabes, notamment pour les jeunes. C’est une donnée indéniable. Le printemps arabe en est une parfaite illustration. Toutefois, la révolution numérique reste un outil et un moyen  et c’est de l’usage qu’en feront les jeunes arabes que dépendront demain sa destinée et  la transition en cours que les sociétés arabes connaissent à l’heure actuelle. Cela va de la cybercriminalité et  la cyber-guérilla urbaine à la cyber-solidarité sociale et la cyber-créativité. Par conséquent, la révolution numérique nécessite une gouvernance démocratique conduisant à un meilleur usage de ses outils au bénéfice de l’épanouissement collectif. Par ailleurs, il ne faut ni surestimer, ni sous-estimer la capacité de la révolution numérique à apporter des solutions à tous les problèmes et dysfonctionnements que connaissent les sociétés arabes et leurs jeunesses.
Sur un autre plan, les acquis de la révolution numérique sur les plans économique, social, culturel et environnemental demeurent fragiles, car les Etats arabes n’arrivent pas à s’organiser collectivement pour en assurer une régulation en phase avec les déviances multiples que cette révolution est en train de produire au niveau à la fois de leur sécurité intérieure que de leur identité.
Enfin, à l’image de l’arme alimentaire, l’arme numérique sera redoutable pour l’indépendance des pays arabes et de leur capacité à se protéger des influences étrangères en termes de production des valeurs et de l’identité. Car les Nations qui disposeront d’une avancée en termes d’infrastructures et de super structures  numériques disposeront demain à coup sûr d’instruments redoutables de domination économique, culturelle et civilisationnelle.
Autant dire que de nombreux  défis restent à relever par les sociétés arabes et leurs jeunesses en termes de sécurité économique, de sécurité culturelle et de veille stratégique et que de nombreuses interrogations demeurent à élucider pour l’avenir en matière de production de valeurs et d’identité partagées.

Connectivité

SELON une étude du bureau  McKinsey datant de mars 2012, le Maroc est placé  1er en Afrique en termes de connectivité, avant l’Espagne et l’Italie, 4,5 millions de Marocains utiliseraient Facebook, nombre qui classe le Maroc au 39e rang mondial. Par ailleurs, selon les résultats de l’enquête de l’Agence nationale de la réglementation des télécommunications (ANRT) au titre de l’année 2011, 87% des Marocains ont au moins un téléphone mobile (91% en milieu urbain et 77% en milieu rural), 35%  des ménages sont connectés à Internet, soit 14,9 millions de personnes (60% sont des urbains et 28% sont des ruraux), 39% des ménages sont dotés d’au moins un ordinateur, 83% de ceux qui se connectent à Internet le font pour effectuer des liens avec des réseaux sociaux, 77% des ruraux connectés vont dans les réseaux sociaux tous les jours, 92,5% des sites consultés sont en arabe et 84,6% en français, dans 86% des cas ce sont des sites internationaux qui font l’objet de la connectivité des Marocains.
Concernant les médias et les réseaux sociaux, le Maroc dispose de 9 chaînes de télévision généralistes, thématiques et régionales, plusieurs radios publiques ont leurs propres site Internet, plusieurs journaux électroniques sont visités par plus de 600.000 personnes par jour (quid.ma, lakom.com, kifach.info, goud.ma, hespress.com, hibapress.com, yabiladi.com, etc.), en sus de centaines de blogueurs.

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