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Justice

Drapor: Des affaires en poupées russes

Par L'Economiste | Edition N°:4399 Le 13/11/2014 | Partager
Au-delà de la dispute familiale….
Comment cette privatisée a-t-elle perdu si vite sa valeur?
Sortie inattendue de Jakhoukh père

Autour du président du Conseil de surveillance de Drapor, Lahcen Jakhoukh (au centre chemise à carreaux),  son nouvel associé Mustapha Aziz, connu aussi sous le nom de Mustapha Aziz Bziouit, en train de tendre un dossier à un assistant qui est aussi le directeur général de Rimal, filiale de Drapor; de l’autre côté, Me Mustapha Moujahid, le plus remuant des avocats du plaignant; à l’extrême droite, en costume gris, le nouveau directeur général de Drapor

C’est un fait rarissime de voir les parties dans une affaire en justice donner une conférence de presse. Il s’agit des plaignants dans le dossier Drapor, un dossier très compliqué, qui dure depuis deux ans maintenant.
Le fond de l’affaire: un père, Lahcen Jakhoukh, attaque au pénal son fils aîné, sa femme et d’anciens collaborateurs à qui il avait confié la gestion de Drapor, une des dernières sociétés  privatisées en 2007. Il s’agit de la seule grande entreprise de dragage des ports exerçant au Maroc, d’où son importance stratégique.
Le père est une forte personnalité qui a fait fortune au Gabon et en Afrique de l’Ouest francophone, des zones où les affaires sont souvent entremêlées d’intérêts politiques et inversement. L’homme d’affaires dispose d’ailleurs de deux passeports, un marocain et un gabonais; un cas qui est loin d’être rare pour des investisseurs comme lui. Drapor était son premier gros investissement dans le Royaume, un investissement qui devait marquer son retour au pays.
Vendue par l’Etat en mai 2007 à 327,6 millions de DH, elle a perdu de sa valeur, puisque quatre ans plus tard, 10% de la société ne valent plus que 8,833 millions de DH. Le financement de l’achat, selon le rapport du juge d’instruction, a fait l’objet d’un emprunt de 230 millions de DH auprès de deux banques, le Crédit Agricole et la Banque populaire.

Curieuses attaques contre la presse

L’entreprise a des soucis avec ses banquiers, ce qui explique officiellement la conférence de presse: «Je suis là pour dire que je me porte bien, que je ne suis pas mort, que j’ai ramené des fonds pour calmer les banques et redresser Drapor», clame Lahcen Jakhoukh. 
Le deuxième sujet de la conférence étaient les rumeurs. Ce qui a donné une situation bien curieuse où L’Economiste a été violemment attaqué pour «avoir publié des informations»… qu’il n’a jamais écrites. Votre quotidien ne les a jamais écrites car elles étaient fausses! Il n’empêche que, le 10 novembre dernier, les propos des conférenciers ont été si calomnieux que nous avons dû quitter la salle juste avant la fin. Deux autres journaux se sont solidarisés avec nous, Al Massae et Rissalat Al Oumma.
Mais revenons à l’affaire dite Drapor. Le président du Conseil de surveillance attaque une partie de sa famille et ses anciens collaborateurs en justice pour abus de biens sociaux, abus de confiance, faux et usage de faux, atteinte au système automatisé de traitement des données… Sont visés par l’une ou l’autre ou la totalité de ces accusations le fils aîné Tarik, l’épouse Soumaya Loudyi, le beau-frère par alliance  Khalid Loudyi, le responsable informatique Mohamed Bachiri(1), Mustapha Belfkir, ancien administrateur, Hassan El Jai, ancien président du conseil d’administration  de Rimal…  (Lire L’Economiste du 24 octobre 2014: Affaire Drapor-Jakhoukh contre Jakhoukh).

La prochaine audience est programmée pour le 20 novembre, au tribunal correctionnel de Casablanca.
Depuis le début, l’affaire fait l’objet de nombreux commentaires. En particulier, la famille de Jakhoukh se dit persuadée que leur père et mari est tombé sous l’influence d’une de ses relations, Mustapha Aziz. Son nom avait été cité lors d’une étrange affaire de rançon pour des journalistes français, affaire qui a valu à un sénateur l’opprobre publique en France (affaire Jullia). Aziz se défend «d’avoir été un trafiquant d’armes et de cocaïne, d’avoir manipulé le père ou de l’avoir ensorcelé». Mustapha Aziz que l’on présente d’ailleurs comme le nouvel associé et l’ami du président. En tout cas, la famille le tient pour principal responsable des maux qu’elle endure, comme le soutient Tarik Jakhoukh dans une lettre ouverte.Lors de la conférence de presse, il a joué ouvertement le rôle de conseiller: constamment il chuchote à l’oreille de Lahcen Jakhoukh, lequel souligne que c’est Aziz qui l’a alerté sur l’état de Drapor. «Alerté par mon ami Aziz, et d’autres membres de Drapor, j’ai demandé un audit du cabinet parisien Segec» pour voir dans quel état se trouvait vraiment  la société. C’était en août 2012. Ce rapport sera à la base de la  plainte déposée au parquet de Casablanca, lequel a nommé un expert judiciaire, Mohamed Kabbaj.
Ce qui crée une nouvelle complication dans l’affaire. Me Mustapha Moujahid, avocat de la partie civile, profite du sujet pour introduire un doute. Il affirme en conférence de presse que l’expert lui a demandé de l’argent, alors que ces expertises sont payées par le tribunal. Nous n’avons pas pu vérifier les dires de l’avocat, qui soutient avoir porté plainte.
Et une complication de plus! Lahcen Jakhoukh, et Mustapha  Aziz font un lien entre son ancien président du directoire de Drapor et le Parti Authenticité et Modernité. L’ancien président est Abdelbare Marouazi. Le lien que font les plaignants, et que la sœur de Marouazi est la secrétaire générale de Al Wassit pour la démocratie et les droits de l’Homme. A ce titre et à en croire les paroles de Jakhoukh et Aziz, Marouazi serait «protégé par Ylias Omari», vice-secrétaire général du PAM! Plus compliqué encore, Abdelbare Marouazi fait l’objet d’un mandat d’amener alors qu’il n’a pas été retenu comme prévenu par le rapport d’instruction.
Et encore un peu plus de complications. Une affaire dans l’affaire: une plainte  a été déposée contre Mustapha Aziz, en octobre 2012. Elle fut initiée  par  Me Mohamed Houssni Kabbaj, qui défend les intérêts de Marouazi. La plainte porte sur «escroquerie et faux et usage de faux», où la qualité d’actionnaire de Mustapha Aziz est contestée. Pour l’instant, il n’y a pas de suite.
Donc, rendez-vous au 20 novembre.

 

(1) Il ne s’agit pas de Mohamed Bachiri, ancien haut fonctionnaire du ministère de l’Equipement, créateur puis directeur général de Drapor lorsqu’elle était une société publique, et pendant un certain temps actionnaire aux côtés de Lahcen Jakhoukh.


Faiçal FAQUIHI

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