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Chronique Militaire

L’Allemagne, puissance hégémonique à reculons
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:4398 Le 12/11/2014 | Partager

PLUS d’un siècle et demi durant, l’histoire de l’Europe a tourné autour de la «Question allemande». Les Etats du vieux

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continent n’ont jamais cessé d’essayer de répondre à cette lancinante question: «comment s’accommoder d’une Allemagne puissante et autoritaire située au cœur de l’Europe?». Ce pays, plusieurs fois battu, détruit, envahi, occupé, toujours se relève, contraignant ses voisins à résoudre leur sempiternel problème, celui du comportement à adopter à son égard. L’Allemagne, quel que soit son régime, empire autoritaire, république, dictature, demeure formidable, parfois pour le meilleur, souvent aussi pour le pire…
Aujourd’hui, 25 ans après la chute du Mur de Berlin, les Européens doivent encore cohabiter avec une Allemagne devenue la première puissance économique de leur continent, et dont ils ignorent quelle route elle va décider d’emprunter.
La situation de l’Allemagne, au cœur de la grande plaine européenne du nord, est à la fois pour elle source de richesse et d’insécurité. L’absence de frontières naturelles à l’Est comme à l’Ouest la contraint à entretenir avec les Etats voisins de bonnes relations. Son économie essentiellement tournée vers l’exportation utilise un imposant réseau de fleuves navigables comme autant d’artères qui l’aident à figurer dans le trio de tête des pays industriels.
En 1871, l’unification allemande, en regroupant de multiples entités politiques pour constituer une «superpuissance» économique et militaire, bouleverse l’Europe. Des guerres en résultent qui amènent l’Allemagne à être à nouveau divisée puis occupée par des puissances étrangères.
120 ans plus tard, la réaction de l’Europe face à la réunification allemande est radicalement différente. Au lieu de se battre, les Européens choisissent l’intégration et la paix. La chute du Mur entraîne la création de l’Union européenne et celle de la zone euro. Dès 1955, admise à l’Otan, l’Allemagne de l’Ouest s’est révélée pacifique. Pourtant, en 1990, les Européens s’inquiètent face à l’émergence d’une Allemagne réunifiée. Ni le Royaume-Uni, ni la France ne s’en réjouissent. Margaret Thatcher s’écrie: «Quoi, nous avons battu deux fois les Allemands et les voilà encore de retour!». François Mitterrand n’en pense pas moins. Et de voir dans la création de l’euro un moyen d’intégrer les économies

françaises et allemandes dans un ensemble où la coopération s’imposera. S’il est impossible de stopper l’Allemagne, du moins peut-on la contenir en diluant sa puissance dans des structures et institutions élargies aux dimensions du continent.  

Poids et contraintes du leadership

L’ironie de l’histoire est que cette volonté d’intégrer l’Allemagne en Europe aboutit 25 ans plus tard à se demander si Berlin n’est pas en train de bâtir une Europe allemande. La crise économique approfondit les différences entre l’Allemagne et ses voisins. Paris a longtemps rêvé de codiriger l’Europe avec Berlin. Avec une économie en berne, ce rêve n’est pas devenu réalité. L’Allemagne est première en Europe au plan économique mais aussi politique. Cependant, un changement capital est intervenu. En 2014, Berlin ne souhaite pas diriger l’Europe ou, du moins, n’entend-il pas s’y résoudre si cela doit inquiéter les voisins. On parle parfois de l’Allemagne comme d’une puissance hégémonique à regret. Ce pays fort pourrait vouloir conduire l’Europe vers un avenir plus prospère mais se refuse à tenter l’expérience. Berlin, d’ailleurs, voit se lever les opposants dès qu’il fait mine de montrer le chemin, mais il est critiqué s’il s’abstient de le faire. Cette répugnance allemande à prendre de grandes responsabilités en Europe a des causes historiques. Les abominations nazies sont encore proches. Nombreux sont probablement les Allemands à ne pas vouloir que leur pays dirige le vieux continent.  Sans doute préfèrent-ils vivre dans un pays prospère mais modeste, comme l’Autriche ou bien la Suisse. De bons connaisseurs de l’Allemagne d’aujourd’hui trouvent ses habitants fiers mais également inquiets du chemin parcouru depuis 1989, conscients d’être le centre de l’Europe mais redoutant la suite. Certes, l’Allemagne peut mener une politique étrangère agressive, mais seulement pour protéger sa position économique et garder son niveau de vie. Pour Berlin, pérenniser ses marchés extérieurs et vouloir que l’Union européenne survive ne signifie pas qu’il lui faille payer la note.
L’Allemagne paraît prise au piège d’une contradiction. D’un côté, le pays dépend de ses exportations pour maintenir sa cohésion sociale. La moitié de ses ventes s’effectue chez ses voisins, grâce pour une part à la zone euro, laquelle inclut certains de ses bons clients dans une même union monétaire. De l’autre côté, l’Allemagne doit sauvegarder son niveau de vie, ce qui implique qu’elle mette à profit la crise économique pour faire pression sur les pays de la zone euro afin qu’ils engagent des réformes structurelles de fond.  Celles-ci, dans un premier temps, seront cause d’une certaine récession et d’un sous-emploi accentué, ce dont l’Allemagne, avec ses conseils pressants, pourra être tenue pour responsable. Dès lors, les autres Européens ne souhaiteront pas voir le «conseilleur» se poser en leader de l’Union européenne.
Il y a opposition au cœur de l’UE entre un pays qui doit exporter pour survivre et des Etats contraints de se protéger économiquement pour prospérer. L’Allemagne a beau être hégémonique à regret, elle n’en essaye pas moins d’entraîner des voisins non désireux ou incapables de la suivre. Une des conséquences de la crise de l’UE est que les Etats membres semblent vouloir ignorer ou même parfois transgresser les règles de la zone euro pour appliquer leur propre stratégie. Au fond, cette Union est un contrat; or des contrats se rompent s’ils ne conviennent pas aux parties. L’UE s’est bâtie dans une perspective de paix et de prospérité; la paix semble gagnée, la prospérité, elle, attendra! 
La crise économique influe sur la manière dont les Allemands voient l’UE, jusqu’à afficher leur scepticisme à son égard. La lente montée chez les conservateurs d’un désir de stopper l’aide financière aux pays de l’UE en détresse, voire de quitter la zone euro,  témoigne de cette nouvelle tendance.  Depuis le début de la crise, l’Allemagne n’a pas cessé de critiquer les pays du sud de l’Europe tout en continuant à les aider, une politique plutôt bien accueillie au plan électoral mais qui n’a pas changé la façon dont l’UE travaille. Ses problèmes perdurent…
Les voisins de l’Allemagne voient venir le moment où ils devront prendre des décisions difficiles. Ils peuvent consentir à vivre sous la supervision d’un pays plus puissant, plus productif et plus assuré qu’eux-mêmes, ou bien choisir de poursuivre leur coopération sans renoncer à une part de leur souveraineté. Cette seconde éventualité semble la plus probable au moment où le nationalisme en Europe affiche un regain de virulence. Cela ne signifie pas que le vieux continent va redevenir celui de la guerre, mais cela incite à penser que le rêve qu’existent un jour des Etats-Unis d’Europe n’est pas prêt de se concrétiser!

Gorbatchev: «Le monde est au bord d’une nouvelle guerre froide»

«LE dernier dirigeant de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, a déclaré le 8 novembre que le monde

c

était «au bord d’une nouvelle guerre froide», en marge des célébrations marquant le 25e anniversaire de la chute du Mur de Berlin…
Dans une allusion manifeste à la crise en Ukraine, l’ancien chef d’Etat a ajouté: «Certains disent qu’elle a déjà commencé». «Souvenons-nous qu’il ne peut y avoir de sécurité en Europe sans le partenariat germano-russe».
Dans un entretien à la télévision suisse, Gorbatchev a également dit que l’on «voit de nouveaux murs. En Ukraine, c’est un fossé énorme qu’ils veulent creuser». A ses yeux, «le danger est toujours là». «Eux, ils croient qu’ils ont gagné la guerre froide. Il n’y a pas eu de vainqueur, tout le monde a gagné», a-t-il jugé. «Mais aujourd’hui, ils veulent commencer une nouvelle course aux armements». A la question de savoir s’il utilisait le pronom «eux» pour désigner les pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, l’ancien dirigeant s’est contenté de répondre: «L’Otan est un instrument qui est utilisé»…
D’après «lemonde.fr» avec l’AFP, 9 novembre 2014

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