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    Tribune

    Comment faire émerger l’économie de la connaissance au Maroc
    Par Youssef ERRAMI et Sébastien CHANTELOT

    Par L'Economiste | Edition N°:4395 Le 07/11/2014 | Partager

    PLUSIEURS chantiers de réflexion sont lancés au Maroc et peuvent sembler a priori éloignés les uns des autres. En

    Youssef Errami est docteur en sciences de gestion et professeur de management innovant à l’ESC Pau. Ses travaux de recherche sont consacrés à l’impact de l’introduction des innovations managériales sur la performance des organisations publiques et privées. Il est responsable du Pôle d’Expertise «innovation managériale»

    effet, le débat sur la nature et la valorisation du capital immatériel du Maroc côtoie celui relatif au développement de villes intelligentes avec en toile de fond la réforme institutionnelle de la régionalisation avancée, censée donner de véritables marges de manœuvre en matière de gouvernance aux échelons locaux. En réalité, ces problématiques sont fondamentales dans l’équation du développement de l’économie basée sur la connaissance.
    L’avènement de cette économie s’est apparenté à un phénomène caractérisé par la production, la distribution, et l’utilisation intensives de la connaissance et de l’information.
    Il suggère l’intégration dans la sphère productive de la connaissance, du savoir et de l’information, i.e. le capital immatériel.
    L’économie a ainsi basculé d’un régime de production industrielle caractérisé par des outputs matériels, la recherche

    Sébastien Chantelot est docteur en sciences économiques et professeur d’entrepreneuriat & innovation à l’ESC Pau. Ses recherches s’intéressent principalement au lien entre la créativité, la performance et les environnements urbains. Ses activités l’ont mené à conduire des expertises au niveau des métropoles françaises sur le design et la mise en œuvre de politiques de développement économique centrée sur l’entrepreneuriat et l’innovation

    constante d’économies d’échelle et des cycles d’innovation longs, vers un régime post-industriel fondé sur la mobilisation d’inputs et la production d’outputs immatériels, la définition de stratégies de différenciation, l’usage intensif de la technologie, et des cycles d’innovations courts, mais vitaux, pour la compétitivité et la pérennité des firmes.
    Cet avènement a été rendu possible par un choc entre, d’une part, une tendance séculaire relative à l’accroissement de la part du capital immatériel dans la production et, d’autre part, l’irruption et la diffusion spectaculaire des technologies de l’information et de la communication (TIC).
    Ce choc traduit une série d’effets multiples.
    En premier lieu, la dématérialisation de l’ensemble de la production a magnifié l’immatériel comme un capital multiforme: ses actifs peuvent être technologiques (brevets, logiciels, savoir-faire), réputationnels (marques, propriété littéraire et artistique) ou encore organisationnels (le capital humain qui détient les connaissances, les bases de données clients, la culture managériale) et les entreprises peuvent y associer des investissements (R&D, TIC, éducation et formation, marketing). L’importance du capital immatériel renvoie à celle de la connaissance comme ressource principale du régime de croissance actuel.
    En second lieu, cette importance a été activée par la diffusion des TIC au sein de l’ensemble des activités économiques. Les TIC possèdent un caractère générique (General Purpose Technology) avec trois caractéristiques essentielles: la pénétration, car elles se répandent dans l’ensemble des secteurs d’activité; l’amélioration, car elles deviennent plus performantes avec le temps et entraînent une diminution de leur coût d’utilisation ; et la multiplication, car elles rendent plus facile l’invention ou la production de nouveaux produits et procédés.
    Enfin, le rythme de l’innovation est devenu particulièrement soutenu. L’innovation devient «nécessité», puisqu’elle constitue le moyen presque unique de prospérer et survivre au sein d’une économie fortement concurrentielle. Sous l’action des TIC, l’échange et la mémorisation des connaissances se sont renforcés en s’adaptant remarquablement aux productions dématérialisées. Si l’innovation a alors induit des gains de productivité au niveau de l’utilisation de la connaissance, c’est surtout par l’émergence et la croissance de nouvelles activités économiques ou l’adoption de nouveaux modèles organisationnels qu’elle se signale.
    L’innovation nécessite alors une intense communication entre les différents acteurs que sont les firmes, les laboratoires de recherche, les universités, l’Etat, et les consommateurs, ainsi que des allers-retours entre la science, la technologie, mais aussi d’autres champs comme le design, l’art et la culture. L’innovation de plus en plus dématérialisée entraîne de nouveaux problèmes qu’il faut résoudre, de nouvelles idées dont il faut pousser plus loin le développement.
    La primauté du capital immatériel dans les productions actuelles a accéléré un basculement productif vers le travail très qualifié: l’économie de la connaissance s’appuie sur les connaissances et les compétences du capital humain. Face à la rapidité de l’évolution des marchés et aux flux toujours plus importants des informations, les tâches productives se sont complexifiées. Ainsi, le capital humain très qualifié – le talent – est devenu l’incarnation des connaissances, principales ressources productives des entreprises et surtout, qu’il sait générer par le biais de sa créativité. Dès lors, la créativité devient une compétence clé dans un régime de croissance économique dominé par la production immatérielle.
    L’ampleur du phénomène se retrouve dans les stratégies de localisation des entreprises: en plus de la proximité des matières premières, des sources d’énergie ou des nœuds de transport, les entreprises doivent toujours se localiser à proximité de leurs ressources principales: le talent. Or celui-ci se localise principalement au sein des environnements urbains.
    C’est sur ce constat qu’a émergé au début des années 2000 la thèse de l’Américain Richard Florida: en regroupant l’ensemble des individus créatifs (scientifiques, ingénieurs, entrepreneurs, artistes, designers, etc.) au sein d’une «classe créative» déterminante pour la croissance économique locale, il recommande aux villes de les attirer, les produire, les organiser et les retenir afin de connaître des sentiers vertueux de compétitivité économique car à son tour, la «classe créative» attirera les entreprises.
    Cette thèse s’est depuis largement diffusée tant au niveau scientifique que politique. On remarque que bon nombre de politiques de développement économique au niveau mondial se colorent désormais de leviers d’attractivité territoriale tels que la créativité, la culture, la diversité, les lieux renforçant la socialisation ou encore les arts. Il existe désormais une porosité très prégnante entre les notions de compétitivité et d’attractivité.
    Le design et la mise en œuvre de politiques visant à stimuler le potentiel innovant d’une ville tendent à être une rencontre entre des initiatives «top-down» et «bottom-up» où le leadership jusque-là sans conteste du décideur public dans l’organisation et le développement de la cité se dilue au profit de l’émergence de nouveaux acteurs. Ces derniers balancent entre la sphère informelle de la ville où naissent les initiatives créatives et innovantes et la sphère formelle – organisationnelle – qui exploite ces idées en vue d’en tirer un bénéfice sur le marché ou dans un cadre politique. Ils représentent des communautés, des collectifs, des associations qui explorent les nouvelles idées prometteuses, les viabilisent et les transfèrent vers les organisations qui les exploitent.
    Les rapports de pouvoirs dans la ville s’équilibrent, se diluent et leur interaction apparaît primordiale car ils permettent de rendre endogène la dynamique de production des nouvelles idées à l’intérieur des villes. Ce bouleversement ouvre surtout une problématique nouvelle, celle de la position et des modalités d’action du manager public dans l’élaboration de politiques dédiées au renforcement du potentiel innovant de son tissu productif urbain.

    Créativité

    SI attirer les individus créatifs à partir de politiques fondées sur la symbolique urbaine – donc immatérielle! – peut être perçu comme une condition nécessaire, toute la difficulté pour les décideurs publics, devenus managers, réside dans la manière de générer les interactions entre ces individus.
    Car la créativité ne s’orchestre pas : elle s’emboîte dans un système organique où ce qui importe ne sont pas tant les organes eux-mêmes que les relations qu’ils entretiennent. Les décideurs urbains doivent créer les espaces pour que les créatifs s’expriment, échangent et que leurs idées se diffusent, ce qui finalement revient à quitter l’espace de la décision pour celui de la coordination.

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