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    Tribune

    Cycle de négociations Iran et P5+1: Le rôle clé de l’Europe
    Par Ana PALACIO

    Par L'Economiste | Edition N°:4249 Le 07/04/2014 | Partager

    LE mois dernier, tandis que l’attention du monde était concentrée sur la crise de Crimée et les recherches autour du vol

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    370 de la Malaysian Airlines, le dernier cycle de négociation entre l’Iran et le P5+1 (groupe réunissant les États-Unis, la Chine, la France, la Russie et le Royaume-Uni, auxquels s’ajoute l’Allemagne) se déroulait à Vienne sans que personne n’en parle. Bien qu’il soit prévu que les discussions se poursuivent au cours de la semaine prochaine, l’issue des pourparlers demeure extrêmement incertaine – les responsables mondiaux ne pouvant par ailleurs se permettre de relâcher leurs efforts.
    Cette responsabilité incombe particulièrement à l’Europe, dont l’approche vis-à-vis de l’Iran s’est jusqu’à présent révélée précieuse. Car ce sont bel et bien les sanctions européennes qui ont finalement amené l’Iran à rejoindre la table des négociations, la force d’une diplomatie européenne unifiée ayant quant à elle facilité le «Plan d’action conjoint» fixant les modalités de conclusion d’un accord à long terme complet dans un délai de six mois.
    Mais pour l’heure, à mi-chemin de la mise en oeuvre de ce plan, les progrès concrètement accomplis demeurent minimes, les négociations du mois dernier n’ayant abouti à aucune avancée autour des deux principales problématiques en discussion: niveau acceptable d’enrichissement de l’uranium en Iran, et avenir du réacteur à eau lourde d’Arak. Ce profond contraste, entre un faible niveau de progression et les récentes déclarations de l’Iran concernant la conclusion d’un accord définitif d’ici le mois de juillet, soulève d’importantes questions quant à la stratégie et aux objectifs de l’Iran – autant d’interrogations qu’il incombe aux négociateurs de considérer avec soin dans la détermination de l’approche la plus appropriée. La clé de la réussite réside dans la toile de fond sur laquelle s’opèrele processus (voir encadré).
    Un peu à la manière de la capitale nationale, la négociation à l’iranienne peut se révéler à la fois éprouvante et déroutante. Votre interlocuteur iranien, quelques instants à peine après avoir longuement détaillé l’interdiction que fait peser le Coran sur l’arme atomique, ne trouvera aucune contradiction à vous affirmer que l’imperméabilité de l’installation nucléaire souterraine de Fordow aux attaques aériennes doit constituer l’un des aspects centraux de tout accord.
    La réalité, c’est que l’Iran n’a aucune intention de renoncer à sa capacité nucléaire émergente. Les négociations ne se destinent nullement à une éradication, elles visent à repousser les échéances de mise en oeuvre – plus précisément à travers une restriction des niveaux d’enrichissement de l’uranium à hauteur de 3,5%, l’instauration d’un régime d’inspection strict, et la conclusion d’un accord régissant l’installation nucléaire d’Arak. Or, même ici, rien n’est joué. Après tout, les dirigeants iraniens n’ont jusqu’à présent pas démontré de véritable volonté d’accepter la mise en place de contrôles poussés et vérifiables.
    Par ailleurs, l’Iran est parvenu à instaurer une distinction entre les négociations sur le nucléaire et un certain nombre de  problématiques plus larges et pourtant connexes, telles que son programme de missiles balistiques, son soutien auprès  de groupes comme le Hezbollah, ainsi que son triste palmarès en matière de droits de l’homme sur le plan intérieur. Les États-Unis craignant de faire échouer l’ensemble de la démarche en introduisant des questions susceptibles d’anéantir toute avancée, aucun risque pour l’Iran de voir la moindre de ces problématiques portée au  débat.
    Dans ce contexte, la rencontre organisée entre la haute représentante de l’UE Catherine Ashton et un groupe de dissidents, à l’occasion de sa dernière visite à Téhéran, constitue un geste purement symbolique. Ceci confère à l’Iran toute la marge nécessaire pour faire le pari stratégique d’un conflit syrien créateur de tensions croissantes entre l’Occident et le rival régional absolu de l’Iran, l’Arabie saoudite. Pour l’Iran, fervent partisan du régime du président syrien Bachar el-Assad, la fragilisation de la relation américano-saoudienne constitue en effet la clé d’un changement d’équilibre des puissances dans la région – particulièrement si cette fragilisation vient à s’accompagner d’un assouplissement des sanctions économiques occidentales.
    Dans une certaine mesure, cet espoir est renforcé par le fait que l’Iran perçoive le président Barack Obama comme un

    partenaire motivé dans le cadre des discussions sur le nucléaire. Après tout, la conclusion d’un accord à long terme représenterait à la fois un  accomplissement de politique étrangère exceptionnel pour Obama, ainsi qu’une formidable avancée dans le cadre de sa démarche constituant à désembourber l’Amérique d’une situation difficile au Moyen-Orient.
    D’un autre côté, l’Iran est conscient que le temps lui est compté. La présidence d’Obama touche à sa fin, il est probable que les républicains reprennent le contrôle du Sénat aux élections de mi-mandat du mois de novembre, et les démocrates ont de moins en moins intérêt à être considérés comme laxistes sur la question iranienne. Ainsi, le Congrès américain apparaît de plus en plus hostile à la conclusion d’un accord; en effet, plus la conclusion de cet accord final prendra du temps, plus il est probable que le Congrès fasse échouer la démarche.
    C’est dans ce contexte que l’Europe a un rôle clé à jouer. Bien que la réputation d’une Europe considérée comme «modérée» en matière de politique étrangère continue de façonner les perceptions iraniennes, le rôle de l’UE dans la convocation de l’Iran à la table des négociations sous-tend bel et bien les discussions actuelles. De même, c’est bien l’insistance de la France en direction de contrôles plus stricts qui a initialement fait obstacle à l’accord de Genève en novembre dernier.
    Il y a dix ans, l’Europe décevait l’Iran en se retirant des négociations, sous la pression des États-Unis – une démarche dont certains suggèrent qu’elle aurait contribué à l’ascension au pouvoir de l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Aujourd’hui, l’Europe est vouée à jouer un rôle crucial dans la promotion des avancées, notamment dans le cas où le Congrès américain tenterait de torpiller un accord raisonnable.
    L’approche unifiée de l’Europe autour de la question iranienne lui a en effet permis de peser d’un poids plus considérable que sur toute autre problématique de politique étrangère significative. Il convient d’y voir un modèle pour l’avenir, et une leçon pour le présent. Si elle parvient à préserver l’unité de ses objectifs, ainsi qu’à maintenir la pression et la marge de négociation qu’elle a su générer, l’Europe pourra démontrer à l’Iran, aux États-Unis – et se prouver à elle-même – qu’elle a bel et bien les épaules pour jouer le rôle d’acteur mondial majeur.

    Terre de contrastes

    L’IRAN est une terre de contrastes. Lors d’un récent déplacement organisé par le Conseil européen des relations internationales (ECFR), j’ai pu constater combien la plus profonde tradition coexistait avec une transformation rapide.
    Le centre-ville de Téhéran – bouillonnant de jeunes gens et de femmes à talons vêtues à la fois du foulard traditionnel et de vestes cintrées par-dessus leur pantalon – incarne une véritable soif de progrès. Plus de 60% des Iraniens sont nés après la Révolution islamique de 1979, et plus de 40% après la guerre Iran-Irak des années 1980. Pour eux, la révolution appartient à l’histoire, loin de constituer la principale source de leurs valeurs personnelles. Les retombées de plusieurs années de sanctions économiques sévères sont également apparentes. Malgré toutes les tentatives de dédramatisation de l’impact de ces sanctions de la part des dirigeants iraniens, difficile de faire face à une inflation supérieure à 30% et à une prévision de croissance du PIB d’à peine 1% cette année.

    Traduit de l’anglais par Martin Morel
    Copyright: Project Syndicate, 2014.
    www.project-syndicate.org

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