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    Tribune

    Convergence différenciée des pays émergents
    Par Kemal Derviş

    Par L'Economiste | Edition N°:4182 Le 30/12/2013 | Partager

    Kemal Dervis est bien connu au Maroc: dans les années 80 et 90, il a dirigé des services de la Banque mondiale en relation directe avec des programmes de financement au Maroc.
    Cet ancien ministre de l’Economie en Turquie, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et vice-président de la Banque mondiale, est actuellement vice-président de la Brookings Institution

    DU fait de la faible demande des pays avancés qui freine la croissance des pays émergents - notamment celle des grands acteurs économiques d'Asie et d'Amérique latine - beaucoup d'observateurs croient que le temps de la convergence des revenus est derrière nous. Mais rien n'est plus éloigné de la vérité!
    Ainsi que je l'ai déjà montré, la convergence des revenus réels moyens des pays émergents et des revenus des pays avancés va sans doute se prolonger jusque dans les années 2020. Ce processus qui a débuté à la fin des années 1980 a continué sans faiblir, sauf lors de la crise financière asiatique de 1997-1998. Le rythme de la convergence s'est encore accéléré durant et juste après la crise financière de 2008-2009: en moyenne, le différentiel de taux de croissance des revenus par habitant a dépassé 4 points de pourcentage entre 2008 et 2012, alors qu'il était légèrement supérieur à 2 points de pourcentage lors des deux décennies précédentes. Du fait de la reprise dans les pays avancés (même si elle est faible), ce différentiel va probablement diminuer à nouveau, pour redescendre peut-être à quelque 2 points de pourcentage, ce qui reste une convergence incontestable dont le rythme est tout à fait décent.

    Pas encore "la fin de la partie"

    En ce sens, ce n'est pas "la fin de la partie" pour les pays émergents, contrairement à ce que certains ont prédit au début de l'été dernier, quand le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, a évoqué l'éventualité de la fin des mesures de relâchement monétaire, déclenchant une mini-crise dans quelques-uns des pays émergents les plus vulnérables. Depuis, ces pays ont récupéré une grande partie de leurs pertes en termes de taux de change et de prix des actifs.
    Une grande partie du processus de convergence économique que l'on observe depuis la fin des années 1980 tient au rattrapage des pays développés par les pays émergents. Ces derniers ont créé les institutions et développé les qualifications nécessaires pour importer la technologie et l'adapter, ce qui est plus facile que d'en créer de nouvelles à partir de zéro. Le rythme du rattrapage diminue progressivement, les pays moins avancés se rapprochant de la frontière technologique.
    Le rattrapage a également lieu à l'intérieur des pays, la main-d'œuvre se déplaçant des emplois ruraux à faible productivité vers les emplois urbains plus productifs, tandis que les entreprises à faible productivité suivent l'exemple de celles qui sont plus avancées dans leur secteur sur le plan national. Par ailleurs, depuis quelques décennies le transfert et la diffusion de la technologie sont facilités par l'augmentation des investissements directs étrangers et la révolution de l'information. Cette dernière a facilité l'accès à la connaissance, stimulé les échanges commerciaux et la mondialisation des marchés financiers.
    Ces considérations s'appliquent de manière générale aux pays émergents. Dans ces conditions, pourquoi les économistes d'Amérique latine font-ils preuve d'un certain pessimisme quant à l'évolution de la croissance et à la convergence dans leur région, alors que la plupart des économistes d'Asie, tout en reconnaissant qu'il faut davantage de réformes structurelles, sont convaincus que leur continent va continuer à converger rapidement?
    Certes, bien d'autres facteurs influent sur la croissance et la convergence: la stabilité macroéconomique, l'efficacité et la solidité du secteur financier, les conditions des échanges commerciaux, la qualité de l'administration publique, la démographie et la politique. Il existe aussi des différences intrarégionales, notamment entre provinces chinoises. De la même manière, la croissance de l'Afrique s'est améliorée de manière spectaculaire depuis le début de ce siècle, mais les différences au sein du continent africain sont bien plus importantes qu'ailleurs. Néanmoins, en terme de convergence (que facilite la mondialisation), il faut distinguer l'Amérique latine de l'Asie, et au sein de l'Asie, la Chine du reste du continent.

    Une histoire de convergence

    L'économie chinoise va probablement continuer à converger rapidement, même si son taux de croissance tombait de 9 à 7%. Les autres pays émergents d'Asie vont aussi continuer à converger relativement rapidement, mais pas aussi vite que la Chine. Par contre, en l'absence de réformes structurelles en profondeur qui augmenteraient sa capacité d'investissement et amélioreraient la qualité de son système éducatif, l'Amérique latine va probablement converger très lentement.
    Cette tendance générale souffrira sans doute des exceptions, mais certains facteurs régionaux sont stables. Néanmoins, les principes de base de l'économie qui soulignent la nécessité d'économiser et d'investir pour permettre la croissance expliquent encore beaucoup de choses. Les économies d'Amérique latine et d'Asie fonctionnent dans le même cadre général, ont accès aux mêmes technologies et aux mêmes marchés. L'Amérique latine investit 20% de son revenu national à long terme, tandis que l'Asie investit près de 30% de ce revenu (y compris les investissements dans l'éducation). La convergence de l'Asie émergente va donc être nettement plus rapide.

    Accumulation des compétences

    AU-delà de facteurs généraux valables partout, le rattrapage exige des investissements suffisants en capital physique et humain. De nouvelles machines et de nouvelles qualifications traduisent l’émergence de nouvelles techniques de fabrication et de nouveaux produits. La Chine a investi 43% de son PIB en moyenne entre 2000 et 2013.
    Durant la même période, l’Asie émergente, sans la Chine mais avec l’Inde, a investi 28% de son PIB, alors que l’Amérique latine n’a investi qu’à hauteur de 21% de son PIB. Ce fait à lui tout seul suffit sans doute à expliquer la différence entre la Chine (une catégorie à elle toute seule), l’Asie émergente et l’Amérique latine.
    La qualité de la formation professionnelle et de l’éducation ne peuvent s’exprimer aussi facilement par un seul chiffre, mais de nombreux indices montrent que l’Amérique latine est également derrière l’Asie en terme d’accumulation de compétences.

    Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz
    Copyright: Project Syndicate, 2013.
    www.project-syndicate.org

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