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Chronique

Approches novatrices pour partager plus équitablement la croissance
Par Stefano Scarpetta

Par L'Economiste | Edition N°:4181 Le 27/12/2013 | Partager

Stefano Scarpetta est directeur de l’Emploi, du Travail et des Affaires sociales de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Il est également le rédacteur en chef des Perspectives de l’emploi de l’Organisation, une publication annuelle qui présente une analyse détaillée des derniers développements et des perspectives des marchés du travail dans les pays membres. De 2002 à 2006, il a travaillé à la Banque mondiale, où il a assumé la responsabilité de conseiller et économiste senior dans le domaine du marché du travail

Lorsque les bénéfices de la croissance économique sont répartis très inégalement, les liens sociaux s’effilochent. Il est probable que ceux qui perdent du terrain, en particulier les jeunes, deviennent de plus en plus mécontents, puis éprouvent du ressentiment. Ce fut un facteur clé derrière les révoltes du printemps arabe; et, comme les manifestations au Chili, au Brésil, en Israël, en Turquie et en Inde l’ont montré, les tensions sociales qui découlent de l’inégalité sont de plus en plus importantes dans le monde entier.
Bien sûr, l’inégalité de revenu augmente dans le monde entier depuis des décennies. Même alors que de nombreuses économies en développement et émergentes sortaient des millions de personnes de l’extrême pauvreté, la perception que la croissance implique une plus grande inégalité est toujours restée présente sous la surface. Or, aujourd’hui, le chômage et le sous-emploi de plus en plus persistants donnent un nouvel élan à la hausse des inégalités, selon le rapport de l’OCDE au G20 en juillet.
En effet, dans le sillage de la crise financière de 2008, le chômage des jeunes avoisine désormais les 16% dans les pays avancés et dépasse 40% dans certains pays européens.
Par conséquent, le défi de la croissance inclusive s’est imposé au sommet de l’agenda de politique économique mondial. En effet, selon le Global Agenda Outlook du Forum économique mondial, l’accentuation des disparités de revenu sera la deuxième tendance la plus importante au niveau global en 2014, juste derrière les tensions au Moyen-Orient.
Les écarts de revenus augmentent pour de nombreuses raisons, depuis le progrès technologique «biaisé vers les travailleurs qualifiés» jusqu’à la corruption. Néanmoins, quelles que soient les causes, redonner un emploi productif et enrichissant aux chômeurs peut se révéler extrêmement utile et exige les meilleurs efforts des gouvernements, des employeurs et de la société civile sur de nombreux fronts.
Tout d’abord, cela implique de fournir aux populations l’accès à un enseignement et des soins de santé de qualité: une personne en bonne santé et instruite est une personne employable. Dans de nombreux pays, cela reste un défi majeur. Cependant, les grands progrès déjà engrangés par certains pays à faible revenu révèlent un grand potentiel.
Prenez le Brésil, qui a connu une longue période d’expansion dans les années 2000, au cours de laquelle l’inégalité de revenu a diminué. Un facteur qui y a contribué a été la bolsa familia (allocation familiale), qui fonctionne aujourd’hui depuis dix ans. Ce transfert monétaire mensuel va directement aux mères, à condition qu’elles laissent leurs enfants à l’école et qu’elles les envoient à des examens médicaux réguliers. Ce programme novateur est non seulement un investissement dans le capital humain de millions d’enfants, il permet également aux mères de travailler. De telles subventions bien conçues pour encourager un comportement socialement utile peuvent sortir des millions de personnes de la pauvreté.
Mais l’éducation et la santé ne représentent que la première étape. Pour des raisons pratiques et politiques, les programmes de redistribution, bien qu’essentiels, ne suffisent pas à assurer une croissance inclusive à eux seuls.
On dit souvent, à juste titre, qu’un écart de revenu croissant reflète en grande partie l’évolution technologique, qui a réduit le nombre d’emplois manuels ou même de bureau dans de nombreuses économies, tout en canalisant les fruits de l’amélioration de la productivité vers les élites hautement qualifiés. Mais la révolution numérique peut également permettre une croissance inclusive. Les applications d’Internet et les autres progrès dans le domaine des télécommunications acheminent la connaissance et l’information vers des millions de personnes pauvres.
Par exemple, Babajob.com a été lancé par un chercheur de Microsoft en Inde dans le but d’apporter de meilleures possibilités d’emploi dans le secteur informel du pays en reliant les employeurs et les demandeurs d’emploi au moyen du web, d’applications mobiles, de SMS et de services vocaux. De même, au Kenya, avec la diffusion des téléphones portables, les opérateurs de réseaux ont introduit M-pesa, par lequel n’importe quelle personne avec un téléphone mobile peut transférer de l’argent rapidement et à moindre coût – une aubaine pour les petites entreprises en particulier.
Ces deux exemples – et il y a beaucoup d’autres – sont issus non pas du gouvernement, mais du secteur privé. Et ceci indique une autre partie de la solution: l’amélioration de l’efficacité du marché du travail. Dans de nombreux pays connaissant des taux de chômage élevés, les employeurs ne parviennent pas à trouver des travailleurs avec les qualifications requises. La solution est double: une meilleure information sur le marché et de meilleures connexions entre le monde de l’éducation et le monde du travail.
Les sites de recherche d’emplois en ligne spécialisés facilitent l’emploi. Mais une transition de l’école au travail réussie doit commencer lorsque les travailleurs de demain sont jeunes. L’éducation de la petite enfance est essentielle mais doit conduire à des écoles de qualité qui fournissent des orientations et des conseils sur la carrière. Les données sont claires à ce sujet: les pays qui investissent dans ces domaines obtiennent de meilleurs résultats que les pays qui progressent plus lentement.
Les pays du G20 ont récemment adopté des lignes directrices détaillées pour favoriser un apprentissage de qualité; chaque pays membre devrait adopter la stratégie la plus appropriée au sein de ce cadre général.
Des programmes de formation virtuelle, par exemple, permettent aux étudiants de réaliser des essais pratiques avec des machines coûteuses sans interférer avec la production réelle – et sans risque d’endommager l’équipement. De même, de très nombreux cours ouverts en ligne (MOOCs), qui représentent une autre approche de formation qui se développe rapidement, permettent de fournir un enseignement haut de gamme à un large public et à un coût unitaire faible.
Il existe de nombreuses approches novatrices pour partager plus équitablement la croissance, et de nouvelles apparaissent en permanence. Mais elles indiquent toutes une vérité fondamentale: si on veut que les jeunes et les personnes défavorisées parviennent à trouver des emplois satisfaisants et profitables, les gouvernements, les employeurs, les établissements d’enseignement et la société civile ont tous un rôle important à jouer. La viabilité à long terme de nos économies en dépend.

«Société de la connaissance»

Alors que la plupart des pays aspirent à se tourner vers une «société de la connaissance», cela ne devrait pas impliquer de dénigrer l’enseignement technique et professionnel. Au contraire, les économies avancées ont besoin de beaucoup de compétences, et un enseignement technique de haute qualité, en particulier s’il est suivi par des programmes d’apprentissage efficaces, peut créer des transitions en douceur de l’école au travail. L’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, parmi d’autres pays développés, sont à juste titre salués à cet effet.
Le taux de chômage des jeunes en Allemagne est de 8% et un approvisionnement régulier de main-d’œuvre qualifiée contribue à soutenir la réussite du pays en tant qu’exportateur. Bien sûr, ce modèle ne peut pas être adopté dans tous les pays – entre autres choses, il exige un degré élevé de confiance entre les syndicats et le patronat. Mais certaines pratiques peuvent être adaptées à d’autres contextes.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont
Copyright: Project Syndicate, 2013.
www.project-syndicate.org

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