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Chronique

Maroc-Iran
Et s’il y avait une normalisation en 2014?
Par le Pr. Mustapha SEHIMI

Par L'Economiste | Edition N°:4163 Le 03/12/2013 | Partager

Mustapha Sehimi est professeur de droit, politologue et avocat au barreau de Casablanca

Depuis le début du mois de mars 2009, les relations diplomatiques entre Rabat et Téhéran sont rompues. Cette situation qui prévaut depuis plus de quatre ans et demi donc va-t-elle encore perdurer? Ce qui se passe aujourd’hui en Iran, avec le changement de ton adopté à l’international par le nouveau président Hassan Rouhani, conduit à se poser cette question de principe: le moment n’est-il pas venu d’envisager une normalisation des relations entre le Royaume et le régime des mollahs?
Pour commencer, il vaut mieux rappeler les termes de ce dossier qui ont conduit à une telle rupture. Un ancien président du Parlement, Ali Akbar Nateq Nouri, responsable du bureau du Guide suprême iranien l’ayatollah Ali Khamenei, avait déclaré à l’époque que Bahreïn était la «14e province iranienne» historique. Une crise s’en est suivie, plusieurs pays arabes amis ou alliés de l’émirat dénonçant une déclaration annexionniste et impérialiste. Un mauvais souvenir qui s’apparentait à un remake des prétentions de Saddam Hussein en 1990 sur le Koweït…
Le Maroc a lui aussi réagi dans ce sens, ce qui lui a valu une ferme condamnation de Téhéran. Celle-ci est jugée inacceptable par Rabat qui rappelle son ambassadeur et décide de rompre diplomatiquement avec ce pays. Rabat ne s’explique pas qu’il soit le seul pays à être ainsi mis sur la sellette alors que d’autres, dans la région, avaient adopté la même position.
En tout cas, dans le prolongement de cette situation, des mesures sont prises localement pour neutraliser des réseaux activistes chiites dont l’action vise «à tenter les fondamentaux historiques et religieux du Royaume et à tenter de menacer l’unicité du culte musulman et le rite malékite sunnite au Maroc». Il y a là un changement de braquet et de registre: le contentieux déborde ainsi dans le champ religieux avec l’altérité sunnites-chiites.
Cette menace chiite dans le royaume était-elle vraiment sérieuse et crédible? Sa mise en cause présentait l’avantage de sortir de l’équation bahreïnie et de mettre en avant un lien de rattachement religieux plus profond. Mais les contraintes de la réalpolitik de 2013 ne doivent-elles pas être prises en considération pour conduire à réévaluer les relations entre les deux pays?
Hassan Rouhani a succédé le 3 août 2013 à Mahmoud Ahmadinejad à la tête de la présidence de la République. Il se présente comme un modéré, soucieux de l’ouverture de son pays enfoncé dans une profonde crise par suite des effets de sanctions internationales qui ont rendu l’économie exsangue.
Il a multiplié les signes dans ce sens. Mais c’est sur le dossier nucléaire iranien que les 5+1 (les membres du Conseil de sécurité et l’Allemagne) voulaient des gages de sa nouvelle disposition. L’accord vient d’être conclu à Genève, le 24 novembre, pour une durée de six mois. Des négociations secrètes ont été menées entre Washington et Téhéran pour arriver à ce règlement. C’est que l’Administration Obama a entrepris de réarticuler ses rapports avec les acteurs de la région.
Ses relations avec les monarchies du Golfe accusent bien des divergences et des incompréhensions. La moindre dépendance énergétique des Etats-Unis par rapport aux «pétromonarchies» pèse dans ce sens. Riyad refuse d’occuper son siège de membre élu non permanent (2014-2015) du Conseil de sécurité en invoquant l’«impuissance» des Nations unies à mener une action efficace en Palestine et en Syrie. Mais ce sont les Etats-Unis qui sont visés pour n’avoir pas réagi après le massacre chimique de la Goutta par les forces syriennes. Washington est soupçonné d’avoir un nouvel axe stratégique, l’«arc chiite» englobant l’Iran, l’Irak et la Syrie, tandis que le «croissant sunnite» – autour de l’Arabie saoudite, de l’Egypte et de la Jordanie – n’est plus perçu comme un pôle de stabilité dans la région. C’est une nouvelle donne politique qui se manifeste avec, par ailleurs, la Turquie comme allié de toujours de Washington et son statut de membre de l’Otan.
Quels sont les intérêts du Maroc aujourd’hui alors qu’une redistribution de cartes induit aussi la mise en relief d’autres enjeux géostratégiques? Continuer à gérer le statu quo et adopter la formule anglaise du «wait and see»? C’est une hypothèse qui n’est pas à écarter mais est-ce une politique? Réagir de manière proactive par telle ou telle initiative? Mais laquelle? Se réinsérer peut-être dans l’espace régional du Proche-Orient en mettant à plat la question du rétablissement des liens diplomatiques avec Téhéran? Après la brouille, vient toujours le temps de la diplomatie, question d’opportunités et d’intérêts communs.
Ce faisant, pareille normalisation s’inscrirait dans le cadre du partenariat stratégique liant Rabat et Washington, un lien appelé à être encore plus étroit avec la visite royale à la Maison-Blanche, le 22 novembre 2013. Le leadership de SM Mohammed VI – salué et reconnu à deux reprises par le président Obama dans le communiqué commun – pourrait apporter une valeur ajoutée à l’équation encore incertaine d’un nouveau type de relations entre les Etats-Unis et les pays de l’«arc chiite» qui sont une grande composante du monde arabo-musulman.
Mais d’un autre côté, la faisabilité de cette normalisation présenterait également un coût économique, politique et diplomatique qu’il est difficile d’évacuer. Comment les monarchies du Golfe accueilleraient un tel acte alors que leurs relations se distinguent par une détérioration avec Téhéran? Ne risque-t-on pas, par ailleurs, de compromettre les intérêts économiques bien compris du Royaume? Pour 2008, les exportations marocaines dépassaient à peine les 200 millions de dollars (phosphates,…) alors que les importations – surtout le pétrole – s’élevaient à plus de 3,1 milliards de dollars. Cela va-t-il conforter le partenariat stratégique mis sur pied avec le Conseil de coopération des pays du Golfe (CCG), avec notamment des dons de 5 milliards de dollars pour la période 2012-2016 à des fins de financement de projets économiques et sociaux?
Enfin ce dernier point: l’Iran est membre du comité Al Qods, présidé par SM Mohammed VI. Et il paraît difficilement plaidable de continuer dans la voie actuelle alors que ce pays est une puissance régionale incontournable, tellement ménagée par les Etats-Unis et par les puissances influentes. Un dossier à l’ordre du jour en 2014?

Benkirane: «L’Iran est un grand Etat islamique...»

Ceux qui escomptaient un certain infléchissement de la politique étrangère du Royaume avec le nouveau cabinet islamiste dirigé par Abdelilah Benkirane depuis la fin  janvier 2012 en sont pour leurs frais. Après quelques premières annonces du précédent ministre des Affaires étrangères, Saadeddine El Otmani, sur la réactivation de la diplomatie en direction des pays arabes et africains, les choses ont été rapidement renormées.
D’abord, la continuité; ensuite le fait que ce secteur relevait toujours de ce qu’il est convenu d’appeler le «domaine réservé». Et tant dans son agenda et ses déplacements à l’étranger que dans ses déclarations, le chef du gouvernement est pratiquement entré dans le moule. Encore qu’à propos de la destitution du président égyptien Mohamed Morsi – l’un des dirigeants des Frères musulmans –, le 3 juillet dernier, la tonalité était diffrérente et elle est également vérifiée avec le nouveau président Adly Mansour installé. La teneur des déclarations de M. El Otmani et le message royal aux autorités militaires tranchaient par leurs divergences d’interprétation de ce coup de force.
S’agissant de l’Iran, Abdelilah Benkirane a jugé utile d’accorder une interview au journal libanais «Al Akhbar», au début de mars dernier. Il a confirmé qu’il avait rencontré le ministre iranien des Affaires étrangères, en marge d’un congrès.
Il a qualifié l’Iran de «grand Etat islamique», avec qui le Maroc a entretenu de «bonnes relations historiques». Et d’ajouter qu’une éventuelle normalisation des relations avec Téhéran était du seul ressort du Roi…

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