Analyse

Centres de sauvegarde de l’enfance
La violence et la misère au quotidien

Par | Edition N°:4038 Le 24/05/2013 | Partager
Flagellation, coups de bâton… «outils pédagogiques»
Aucune précaution contre les maladies contagieuses
Un gouffre profond sépare les enfants des encadrants

La plupart des enfants placés dans ces centres de sauvegarde déplorent la communication limitée avec leurs familles, qui restent coupées de la réalité de leurs souffrances

Déplorable. Telles sont les conditions de vie dans les centres de sauvegarde des l’enfance. Flagellation avec des tuyaux, coups de bâton, gifles et insultes, rythment le quotidien de ces mineurs. La violence est même considérée comme un «outil pédagogique». D’ailleurs, la plupart des enfants interviewés par les équipes du CNDH ont affirmé qu’ils ne supportent pas la vie dans ces centres. Ce qui explique le nombre élevé des fugues et des tentatives de fuite, qui se sont accélérées durant les deux dernières années. 208 enfants ont essayé de s’échapper de ces structures en 2012, tandis que 342 ont pris la poudre d’escampette. Si une partie de ces fugitifs est motivée par «le besoin de se procurer des drogues ou de l’alcool», le niveau élevé des fugues reflète aussi «le mal être des enfants et l’inadéquation de la prise en charge de certains cas». Il s’agit notamment de ceux présentant des troubles comportementaux et des addictions qui devraient bénéficier d’une prise en charge spécifique. Or, le rapport du CNDH relève un problème de perception, qui creuse le gouffre entre les enfants et les encadrants. Ceux-ci, basculent entre un comportement autoritaire et paternaliste, «mais sans permettre l’installation d’une interaction constructive», selon les experts du CNDH. Pire, les témoignages recueillis par le Conseil de Driss El Yazami montre le niveau d’incompréhension des encadrants de leur mission principale. Car, certains d’entre eux considèrent ces enfants comme «des criminels, mal éduqués, et des fauteurs de troubles qui ne réussiront jamais leur vie». C’est ce qui explique la violence physique et morale exercée sur les mineurs placés. D’autant plus qu’il n’existe aucune procédure de recours ou de plainte, capable de garantir leur protection. Pire, ces enfants se retrouvent dans une situation d’isolement, dans la mesure où «les parents sont faiblement impliqués dans la prise de décision qui concerne leurs enfants». D’ailleurs, ces derniers «déplorent la communication très limitée avec leurs familles». Or, ceci est en contradiction avec les missions assignées à ces centres, notamment de «renforcer les liens entre l’enfant et sa famille». Cependant, il ne s’agit pas là de la seule entrave aux objectifs pour lesquels ils ont été créés. Ils sont également tenus d’offrir «des prestations socio-éducatives et sanitaires». Si pour le volet éducatif, la situation est déplorable (voir page précédente), ces enfants ne sont pas mieux lotis en ce qui concerne la prise en charge médicale. A leur entrée au centre, les visites ne sont pas systématiques, et «dépendent du bon vouloir du directeur ou du médecin contractuel». Pire, la mixité augmente les risques de contagion, en l’absence de salles d’isolement. Surtout lorsque les équipes du CNDH rapportent la présence d’enfants atteints de maladies dermatologiques et pulmonaires comme la tuberculose. D’autres mineurs souffrent également de maladies chroniques comme le diabète et l’hépatite. A cela s’ajoutent des problèmes d’addiction aux drogues. Cependant, ces centres de sauvegarde connaissent un énorme déficit en matière d’équipements et de ressources humaines médicales. «Seuls 6 centres sur 17 possèdent du matériel de soin et une infirmière». Le médecin contractuel, lui, «ne rend visite aux enfants qu’en cas d’urgence». Ce qui multiplie les risques pour une enfance défavorisée et souvent laissée pour compte. D’où l’importance de la mise en place d’une politique globale, impliquant différents ministères, comme cela est recommandé par le CNDH (voir notre édition du 21 mai).

Capacité d’accueil

Au total, les 17 centres visités par les équipes du CNDH disposent d’une capacité d’accueil de 1.852 enfants, dont 600 filles. Mais, du fait de la fluctuation du nombre des enfants placés et de la durée du séjour, le taux d’occupation évolue en dents de scie. En 2010, ces centres avaient accueilli 4.921 enfants, soit plus que le double de leur capacité. La situation est restée pratiquement identique en 2011, avec 4.587 enfants, avant de connaître une chute en 2012, avec seulement 742 mineurs.

M. A. M.

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