Entreprises

Paiement électronique
«Le cash est notre principal concurrent»
Entretien avec Mohamed Touhami El Ouazzani, directeur régional Visa

Par L'Economiste | Edition N°:3862 Le 07/09/2012 | Partager
La culture du cash prédomine
Internet, mobile… les gisements de croissance

Pour Mohamed Touhami El Ouazzani, directeur régional Visa, «il est très difficile de combattre la culture du cash»

Le paiement électronique est en plein essor aujourd’hui, mais reste encore loin derrière l’utilisation du cash. Au-delà des entreprises qui opèrent dans le secteur, le rapport important des Marocains semble être le principal adversaire. Visa, qui revendique près de 70% de part de marché, entend favoriser davantage l’utilisation de la carte bancaire comme moyen de paiement. L’opérateur entend également surfer sur le boom des transactions par internet pour se développer sur le marché marocain.

- L’Economiste : Comment expliquez-vous l’utilisation encore très basique de la carte bancaire?
- Mohamed Touhami El Ouazzani: C’est en partie un problème d’éducation. Malgré l’essor du paiement électronique ces dernières années, nous sommes encore sur des volumes de transactions auprès des commerçants assez faibles comparés aux retraits faits au niveau des guichets automatiques bancaires (GAB). Nous travaillons avec les différents opérateurs de la place pour encourager les clients à régler leurs achats sur les terminaux de paiement électronique (TPE) auprès du réseau commerçant au lieu de passer d’abord par le GAB.
Au-delà des campagnes marketing de sensibilisation, les chargés de clientèle au niveau des agences bancaires ainsi que les autres acteurs ont un rôle très important à jouer dans l’éducation des consommateurs à l’utilisation de la carte bancaire comme instrument de paiement.

- Le rapport au cash est encore très important. Comment les opérateurs intègrent cette donne?
- Il est très difficile de combattre la culture du cash. C’est notre principal concurrent aujourd’hui. Mais le Maroc n’est pas seul dans cette situation. L’utilisation du cash est très développé en Allemagne par exemple, malgré qu’elle soit l’une des premières économies au monde.
Cette configuration du marché n’empêche pas pour autant le développement, l’innovation ou encore l’orientation vers de nouvelles optiques pour favoriser l’évolution des transactions. Aujourd’hui, le paiement électronique prend de l’ampleur. Cela est également dû à la forte augmentation des cartes bancaires en circulation. L’on est passé par exemple de 700.000 cartes Visa en 2007 à plus de 5 millions actuellement. Certes, le lien avec le cash est toujours là. Mais nous travaillons sur l’innovation. Sauf qu’elle ne peut pas venir d’un coup bousculer de vieilles habitudes.

- Où sont les gisements de croissances du secteur?
- Le paiement sur internet représente un relais de croissance important pour le secteur. L’utilisation de carte sur le Net connaît une croissance importante dépassant les 50% d’année en année. Et le taux de pénétration de l’internet au Maroc qui avoisine 50% laisse entrevoir de bonnes perspectives. Ces dernières années, les transactions via ce canal ont fait un énorme bond. Déjà, l’accès croissant à internet pour les consommateurs marocains a permis d’augmenter le nombre de ventes en ligne pour le voyage et le tourisme. D’un autre côté, nous avons le paiement par mobile. Visa est très attentif à l’évolution du marché marocain dans ce sens.

- La sécurité des transactions est la préoccupation majeure des clients. Quel est votre dispositif ?
- Aujourd’hui le Verified by Visa (V by V) va permettre à l’utilisateur une fois qu’il fera sa transaction de recevoir un code additionnel. Nous sommes en phase d’implémentation de cette technologie sur le marché marocain. Des discussions ont lieu avec l’ensemble des banques pour augmenter le niveau de sécurité des transactions sur internet. Avec une recommandation forte pour l’authentification dynamique qui consiste à utiliser un nouveau code à chaque transaction. Ce code est fourni notamment par alerte SMS ou via un autre canal ou un autre type de technologie.

- Quels sont les freins au développement du secteur aujourd’hui?
- L’infrastructure est aujourd’hui un frein important au développement du paiement électronique. Il faut pouvoir équiper les commerçants de terminaux de paiement électronique (TPE) et couvrir de nouveaux segments qui sont encore très peu équipés.
Il y a également un élément lié à la perception que les consommateurs ont de la carte. Ce qui nous amène encore une fois au rôle prééminent de l’éducation et de la sensibilisation du porteur de carte sur les avantages majeurs liés à cette dernière, à savoir la sécurité et la commodité. D’autant plus que l’ensemble du marché marocain sous l’impulsion de Bank Al-Maghrib est en phase de migration vers les cartes à puce.


 Propos recueillis par Franck FAGNON

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