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Chronique d’Hier et d’Aujourd’hui

Islam, laïcité et quelques malentendus…
Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3719 Le 14/02/2012 | Partager

Mouna Hachim est titulaire d’un DEA en littérature comparée. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication et de  la presse écrite. Passionnée d’histoire, elle a publié en 2004  «Les Enfants de la Chaouia», un roman historique et social,  suivi en  2007 d’un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc»

Thématique d’actualité: la relation que certains considèrent comme incompatible entre islam et laïcité. Et comme les extrêmes se rejoignent parfois, parviennent à s’entendre du moins sur le point du noircissement total du tableau de la relation, les stigmatisateurs de l’islam et les diabolisateurs de la laïcité.
Côté musulman, le premier malentendu résulterait d’une erreur de traduction. N’ayant pas d’équivalent au terme «séculier», c’est l’adjonction de deux vocables qui l’ont défini à la fin du XIXe siècle: «La-dini » (non religieux), induisant sémantiquement un refus des préceptes religieux. Depuis, le mot communément employé est «‘ilmani» mais l’horreur attachée au premier demeure, à tel point que nombreux confondent encore laïcité et athéisme ou l’assimilent à un rejet de l’ordre moral d’autant qu’il vient de «l’extérieur».
Deuxième amalgame: la confusion entre le «sécularisme» et la «laïcité ». Le premier est une notion renvoyant à un phénomène religieusement neutre qui a touché de nombreuses sociétés sous l’influence de la science, de la rationalité et de la «laïcité ». Cette dernière quant à elle est un concept adopté dans un contexte historique précis en France, fille aînée de l’Eglise, au terme de longs combats contre la domination cléricale, avec pour textes fondateurs, la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 et la loi de 1905 relative à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Nous pouvons aussi ajouter comme autre source actuelle de méfiance, le décalage flagrant entre l’idéal théorique et les pratiques réelles particulièrement sous la forme française; et dont Jean Baubérot, professeur honoraire de la chaire histoire et sociologie de la laïcité pointe le travestissement dans son nouvel ouvrage «La laïcité falsifiée» où il ressort qu’elle ne correspond pas à la laïcité "historique" de 1905.Dans une interview accordée au «Monde des religions», publiée le 30 janvier, il déclare ainsi: «La laïcité n’a pas à imposer aux gens de se séculariser car cela devient une atteinte à leur liberté de conscience. Or, actuellement, on confond laïcité et sécularisation, et le Haut Conseil à l’Intégration le revendique d’ailleurs fièrement puisqu’il déclare que "dans une société sécularisée il n’est pas possible de faire ceci ou cela". Cela est totalement anormal, ce n’est plus de la laïcité mais quelque chose qui comporte des éléments d’un athéisme d’Etat.».
Une redéfinition des concepts s’impose donc pour lever toute équivoque. La laïcité diffère dans le passé et dans le présent, selon qu’on soit en France, en Turquie ou dans le monde anglo-saxon qui sont plus précisément séculiers. Dans toute l’Europe seuls la France et le Portugal (avec l’euro-asiatique Turquie) sont constitutionnellement laïcs. Parmi les pays séculiers figurent l’Allemagne, l’Irlande, l’Autriche, la Suisse ; la Belgique et les Pays-Bas qui ont adopté le système appelé pilarisation... Sans oublier ces Etats qui affichent une religion d’Etat dans leur Constitution comme c’est le cas pour les Églises luthérienne dans les pays scandinaves, presbytérienne en Écosse, catholique romaine en Irlande… tandis que l’Angleterre a l’Eglise anglicane comme religion d’Etat et une reine qui exerce la double fonction de chef d'État et de chef d’Eglise.
«Le dénominateur commun susceptible de donner corps à la construction d’une citoyenneté européenne laïque», écrit Hayat el Mountacir dans les actes du Colloque de Belley est «La Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, qui fait partie du bloc de constitutionnalité, fixe les valeurs de base de la citoyenneté. Elle est le fruit des idées des Siècles des Lumières (…) Le contrat social issu de la révolution française émancipe l’homme en en faisant un citoyen avec des droits et des devoirs». Le modèle d’organisation, nommé laïcité n’est donc censé ni s’opposer à la religion ni s’y substituer. Ce serait selon Tariq Ramadan une institutionnalisation légale du processus de séparation de l’Etat et de l’Institution religieuse, entre le dogme et la rationalité entre le social et le religieux.
Comment expliquer alors le rapport des musulmans à cette notion alors que la première condition de validité de chacun des fondements de l’islam est l’acte de foi, Niyya, qu’il rejette toute intercession, tout ce qui atténue la transcendance divine, toute hiérarchie dans le lien spirituel, toute église dans l’islam sunnite, tout fétichisme, et appelle constamment à la raison et à la rationalité.
C’est ainsi que le philosophe Mohamed Abed Jabri considère que l'islam est laïc en substance…
Mais pour comprendre cette relation islam / laïcité, il faut revenir au début effectif du XIXe siècle alors que l’Empire ottoman vit son inévitable déclin achevé par la domination des puissances européennes et le partage de ses possessions au terme du traité Sykes-Picot et la naissance d’une «crise de conscience islamique».
Le mouvement réformiste, scindé en plusieurs courants comprend les traditionnalistes avec d’illustres penseurs comme Jamal Eddine Al-Afghani ou Mohamed Abdou qui préconisent le retour aux sources et la pratique véritable de l’islam loin des croyances populaires qui asservissent les peuples avec une réhabilitation du rôle de la religion dans la gestion des affaires publiques.
Au contact de l’Occident, des approches nouvelles sont également portées par des mouvements modernistes qui se développent avec l’essor de la presse et donnent toute son ampleur au          débat.
Puis, le problème se corse avec le renforcement du mouvement intégriste qui fait face à l'appareil de l'Etat moderne, fait de la recherche des valeurs, un retour anachronique et prône l’application des préceptes religieux et uniquement religieux tels qu’ils ont été compris par les anciens.
Aujourd’hui, dans ce contexte de bouleversements politiques et sociaux, de montée de tous les intégrismes, comment ne pas reposer de manière dépassionnée la question de la laïcité comme garante de la citoyenneté, de l’égalité, du respect de la conscience, de la liberté du culte pour tous les citoyens.
Soit, nous dit Abdou-Filali Ansary, la laïcité comme « forme d’organisation qui permet de travailler d’une manière plus intelligente et plus efficace à diffuser les bienfaits des systèmes politiques modernes et à limiter les injustices.
Elle apporte avec elle non pas le libéralisme pur, mais la philosophie des droits de l’Homme et la démocratie, toutes deux des formulations modernes et des outils éprouvés qui permettent de réaliser les aspirations ou finalités que la religion s’est assignées".

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