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    Chronique d’Hier et d’Aujourd’hui

    Lutte anti-coloniale: Ces célèbres résistants et martyrs
    Par Mouna Hachim

    Par L'Economiste | Edition N°:3696 Le 10/01/2012 | Partager

    Mouna Hachim est titulaire d’un DEA en littérature comparée. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication et de la presse écrite.
    Passionnée d’histoire, elle a publié en 2004 «Les Enfants de la Chaouia», un roman historique et social, suivi en 2007 d’un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc»
     

    A l’heure où le Maroc célèbre l’acte symbolique qu’est le Manifeste de l’Indépendance, nos pensées vont à tous ces résistants et martyrs, connus et anonymes, depuis les premières heures de l’infiltration coloniale.
    Mais auparavant, rappelons quelques éléments d’histoire. Si les convoitises occidentales avaient été contrecarrées au XIXe siècle sous le règne du sultan Moulay El-Hassan, jouant notamment la carte des rivalités des puissances, rien ne semblait arrêter l’expansion de l’impérialisme européen qui menaçait à l’échelle mondiale.
    Les faibles tentatives réformistes du fils et successeur (après la régence de Ba-Hmad) surviennent dans un climat de pression occidentale, de conquête française des oasis sahariennes orientales, de marasme économique, d’emprunts extérieurs, d’abus des protections étrangères avec leurs privilèges économico-fiscaux et leur renforcement des pouvoirs féodaux, ainsi que tous les troubles sociaux et les révoltes populaires qui en résultent.
    Elles se heurtent ainsi à une forte résistance, exacerbée par la signature de l’acte de la Conférence d’Algésiras en 1906 qui place le Maroc sous tutelle internationale avec des «droits spéciaux» pour la France et pour l’Espagne.
    Le 19 mars 1907, le directeur du dispensaire de Marrakech, docteur Emile Mauchamp, est assassiné. Correspondant dans la forme à la démarche absurde décrite par l’adage: «Le minaret est tombé? Pendons le barbier!» c’est donc Oujda qui est occupée le 29 mars en représailles. Il s’agit en fait d’un plan stratégique d’occupation, privilégiant la porte terrestre orientale; tandis qu’à l’ouest, c’est la porte maritime, Casablanca qui est visée, avec sa riche plaine atlantique centrale.
    Quelques années avant la signature du traité du Protectorat, les Oasis sahariennes orientales sont donc occupées (en 1900), ainsi que sept ans plus tard les villes d’Oujda et de Casablanca. La résistance contre l’occupation prend différentes formes depuis ces premières heures...
    Il faudrait évidemment des ouvrages entiers pour évoquer la mémoire de tous ces résistants voués au combat; ce qui ne nous empêche pas ici de leur rendre hommage, tous autant qu’ils soient, figures mémorables ou milliers d’anonymes, hommes et femmes.
    S’imposent évidement d’emblée des figures de grands chefs charismatiques comme Moha ou Hammou Zayani au Moyen-Atlas, issu du clan des Imahzane. Chef de la tribu Aït Harkate en 1877, prenant le commandement de toutes les tribus Zayane huit ans plus tard, réputé pour sa bravoure, il participe à la bataille de Mediouna en 1908 (près de Casablanca) auprès du Cheikh saharien Ahmed El-Hiba, fils de Maâ El-Aynine. Mais c’est particulièrement la victoire de 1914 à la bataille d’El-Herri qui marque les annales comme une épopée historique de la résistance nationale.
    Dans le Rif, comment ne pas mentionner celui qui interpelle notre mémoire collective et transcende les frontières dans cette lutte universelle pour la liberté. Il s’agit du héros national de la lutte anti-coloniale et symbole vivant pour les révolutionnaires indépendantistes du tiers-monde, vainqueur d’une armée moderne coalisée de 500.000 hommes, Mohamed ben Abd-el-Krim Khattabi en juillet 1921 à Anoual.
    Plus au sud, dans le massif de Bou Gafer, dernier bastion de la résistance, c’est une autre épopée qui est menée en 1933 par 12.000 guerriers Aït Atta avec à leur tête l’héroïque Assou Ou Baslam, rejoints par des centaines de femmes et d’enfants, équipés tout au plus de 2.000 fusils artisanaux, face à une armée d’environ 82.000 hommes, armés d’artillerie lourde et de quarante-quatre avions de guerre. La résistance dans le Saghro est si acharnée et si organisée, galvanisée par les femmes assurant les arrières, préparant les vivres et les munitions, que le général Huré, passe à une phase plus intense. Celle-ci est axée sur le blocus dans la montagne, avec le pilonnage continu de l’artillerie et des avions, de jour comme de nuit, interdisant toute communication avec les sources d’eau, encerclant les Aït Atta dans cette prison de pierre avec les cadavres de leurs Hommes et de leur bétail. Voués au carnage, les Aït Atta finissent par capituler le 24 mars 1933, non sans avoir fait subir aux troupes coloniales de lourdes pertes humaines (3.500 hommes dont 10 officiers) et non sans avoir imposé leurs conditions dans cette Paix des braves où il n’y avait ni vaincus ni vainqueurs
    Ce qui est désigné généralement par le doux euphémisme de «pacification» n’est ainsi obtenu qu’au terme de violentes répressions et de farouches batailles.
    L’historien marocain, Germain Ayache, rappelle, en substance, que dans l’esprit de beaucoup, à l’extérieur du Maroc, et même à l’intérieur du pays, le colonisateur français et son allié espagnol se sont installés pacifiquement après la signature de l’acte du Protectorat, oubliant au passage la réalité de la conquête militaire et son lot de résistance, de pertes humaines et matérielles…
    Reconnaître donc en toute lucidité que ce ne fut pas là, tant un rêve de civilisation qu’un rêve de conquête, n’est pas «noircir le passé de la France», c’est juste rétablir la vérité de l’histoire, éviter d’offenser la mémoire des peuples colonisés et prouver que le regard que l’on porte sur eux a positivement évolué depuis l’ère coloniale.
    Car ce «traumatisme historique» reste jalonné d’affrontements à la mesure de sa violence et de sa tyrannie et dont quelques actes significatifs sont le Dahir berbère (en 1930), le détournement au profit des colons des eaux d’Oued Boufekrane (en 1944), l’assassinat du leader tunisien Ferhat Hachad en 1952, l’interdiction des partis et des journaux, l’emprisonnement des leaders politiques et des intellectuels, la déposition et l’exil en 1953 en Corse, puis à Madagascar du sultan Mohamed V… C’est le début de la lutte armée pour l’Indépendance avec entre autres figures retentissantes: Allal Ben Abdellah, artisan de son état, originaire de Guercif qui surgit sur la scène le jour de sa mort, poignardé à Rabat, lors de son attaque contre le cortège du roi fantoche Ben Arafa.
    Sur les contreforts du Haut Atlas, Ahmed El-Hansali, modeste berger dont l’un des faits d’armes fut son attaque spontanée contre un poste de la police coloniale dans sa ville natale. Baptisé «Le tueur de Tadla» par la presse coloniale, il est capturé et torturé sous l’œil du chef de la région de Casablanca Pascal Boniface avant d’être exécuté en 1953.
    Né à Demnate, basé à Marrakech, le martyre Houmane Fatwaki, condamné à mort par un tribunal militaire au pénitencier d’El-Ader (à El Jadida) en 1955.
    Né à Taliouine, Hassan Sektani, mort sous la torture en 1954 à El-Ader.
    De Casablanca, Mohamed Zerktouni, membre dirigeant de l’Istiqlal, fondateur en 1951 aux côtés de Abd-er-Rahmane Sanhaji de l’Organisation secrète. Arrêté le 18 juin 1954, il avale du cyanure pour ne pas avoir à dénoncer sous la torture ses camarades résistants.
    Membre de l’Istiqlal à Kénitra en 1947, né chez les Béni Meskine, Rahhal Meskini qui s’installe en 1952 à Casablanca où il rejoint la lutte armée avant d’y trouver la mort assassiné en 1956.
    Né à Fès en 1927, exécuté en 1955 à El-Ader, Mohamed ben Mekki Moussaoui Chefchaouni, cordonnier de son état. Les femmes ne sont pas en reste avec la résistante Fatima Bent Allal, tuée le 20 août 1955 lors de son opération d’approvisionnement en munitions des combattants; Amina El Berhilia à Oujda, Maa El-Aynine Oum El-Fadel bent Cheikh Sidatou, morte lors d’un bombardement espagnol de Laâyoune…
    Enfin, puisqu’il faut bien conclure: nous ne résistons pas à la figure touchante d’Ahmed Rachidi, natif de Casablanca en 1927. Condamné par un tribunal militaire en 1954, il avait, face au peloton d’exécution, prononcé cette phrase immortalisée pour la postérité, pour sa pureté et pour sa poésie: «Ne me bandez pas les yeux! Laissez-moi voir une dernière fois le ciel bleu de mon pays»…

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