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Chronique d’Hier et d’Aujourd’hui

Prophètes et apôtres au Maroc: mythes et légendes
Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3686 Le 27/12/2011 | Partager

Mouna Hachim est titulaire d’un DEA en littérature comparée. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication et de la presse écrite.  Passionnée d’histoire, elle a publié en 2004 «Les Enfants de la Chaouia», un roman historique et social, suivi en 2007 d’un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc»
 

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage, si ce n’est dans le réel, du moins comme une envolée de l’imaginaire, loin de la brûlante actualité et des tracas du monde, vers un lointain ailleurs, toujours porteur de rêves et d’espoir. Et quoi de plus passionnant dans cette quête d’évasion dans l’espace et le temps que de transcender même l’histoire pour aborder le monde fabuleux des légendes. Parmi les plus énigmatiques, celles qui se rapportent aux prophètes et apôtres en terre marocaine, indiquant par la même occasion que cette région n’était pas terra nullus en matière religieuse et marquant son inscription dans la longue tradition abrahamique.
Nous commençons notre périple singulier par la vallée du Drâa avec cette ancienne légende du Souss, rapportée par Mohamed ben Jaâfar Kettani dans sa «Salwat Al-Anfâs». Trois prophètes persécutés par Nabuchodonosor auraient fui par voie de mer avant d’échouer sur les rivages de Massa, au nord de Tiznit, avant de pénétrer à l’intérieur du Souss. Ce sont Izkil (identifié à Ezéchiel) enterré au sommet d’une montagne entre Tizeght et Oued Isaffen, Chanaouel (Samuel) à Tamedoult et Daniel à Tagmmout.
Le point commun entre les trois nous précise Daniel Eustache dans son «Corpus des Dirhams idrisītes et contemporains», c’est qu’ils sont inhumés à côté de célèbres mines d’argent, ce qui laisse supposer le souvenir chez les habitants de la région, d’exploitation de ces mines par des tribus juives avant l’Islam.
Il existe près de Souira Kdima, au sud de Safi, un tombeau attribué à un saint, dit Sidi Daniane, considéré par certains comme un prophète et dont la caractéristique de son tombeau est de mesurer plusieurs mètres de long (tout comme celui qui est attribué au prophète Daniel en Ouzbékistan, tandis que le plus marquant serait à Suse en Iran).
Même dans la ville de Sefrou, au pied du Moyen Atlas, certains racontent qu’une des cavités creusées au flanc de la falaise aurait abrité le prophète Daniel (ainsi que les Sept Dormants!).
Mais revenons à la côte Atlantique, cette fois-ci, près de l’estuaire d’Oued Massa, entre Agadir et Tiznit, avec d’autres légendes et un autre prophète. C’est en ces lieux que Sidna Younès (Jonas) aurait été recraché par sa baleine selon les croyances locales, avant de bâtir une mosquée à l’aide d’os de ces cétacés, connus pour s’échouer sur la plage à cause des rochers pointus qui menacent près du large. Tout le monde connaît le prophète Jonas, évoqué dans les trois Livres monothéistes. Il avait pour mission divine vers le VIIIe siècle av. J.-C., de se rendre à Ninive, capitale de l’empire assyrien, symbole de tyrannie et de décadence, au nord de la Mésopotamie en Irak actuel. Mais désobéissant à Dieu, Jonas embarqua en direction opposée vers Tharsis, identifiée par certains à Tartessos en Espagne. Son bateau essuya alors une violente tempête provoquée par la colère divine. Désigné au sort par les marins comme responsable de ce malheur, il est jeté par-dessus bord et englouti vivant par un gros poisson.
Durant trois jours et trois nuits, il implora Dieu dans le ventre de l’animal, avant d’être recraché sur la plage. Convertissant les populations, il annonça le futur jugement aux habitants de Ninive qui firent pénitence, s’épargnant le châtiment… Par quel mystère l’histoire de Jonas aurait-elle donc tant imprégné ces rivages? Le premier auteur à avoir évoqué la mosquée bâtie par Jonas est Ibn ‘Idari El-Mourrakouchi aux XIIIe-XIVe siècles qui rapporte en effet, comme Léon l’Africain après lui, que le conquérant du Maghreb Oqba ibn Nafiî, en arrivant en ces lieux aurait conduit son cheval jusque dans les flots, en témoignant devant Dieu qu’il ne lui restait plus de territoire à l’Ouest pour porter sa Parole, tout en proclamant: «Que le salut soit sur vous Amis de Dieu». Ce en quoi, ses compagnons lui demandèrent l’identité de ses interlocuteurs. Oqba leur répondit alors: «Le peuple de Younes que le Salut soit sur lui». Car Sidna Younes aussitôt sorti des profondeurs de l’abîme, lieu de toutes les transformations, aurait construit en cette terre de renouveau, une demeure et lieu de purification.
Ce temple prit le nom de «Pierre de Younes» avec sa désagrégation par l’eau de mer, nous rappelant par la même occasion que Jonas symbolise pour les alchimistes la quête de la pierre angulaire qui marque l’accomplissement du Grand Œuvre. Acquérant une stature sacrée le long des siècles, Hajar Younes fut l’objet de différentes pratiques rituelles implorant la Baraka. En raison de son caractère sacré, un couvent fortifié a été érigé à ses côtés, dépassant par son aura spirituel son périmètre géographique et attirant le long des siècles des cortèges de pèlerins, avant qu’il ne soit à son tour envahi par le sable.
Autres lieux, autres légendes. Dans l’Oriental, précisément à Oujda dont il est le saint patron, c’est assurément le nom de Sidi Yahya qui marque la mémoire. Son sanctuaire est situé dans une oasis réputée pour ses eaux thermales et ses plantes luxuriantes.
Certains auteurs n’ont pas hésité à identifier Sidi Yahya (ben Younès) à saint Jean-Baptiste, saint chrétien et prophète cité dans le Coran sous le nom de Yahya Ibn Zakariya, de la famille Imrane. La tradition chrétienne le considère comme un prédicateur en Palestine, annonciateur de Jésus qu’il baptisa sur les bords du Jourdain. Dans son ouvrage sur l’histoire d’Oujda et des Angad, Dr Ismaïli Alaoui rapporte à ce titre un récit attribué au Cheikh El-Hebri selon lequel Sidi Yahya ben Younès était un apôtre de Jésus, issu de Bilad Châm.
Impossible à ce stade, en évoquant les apôtres de Sidna Aïssa, de ne pas rappeler l’étonnante histoire des Regraga en pays Haha, entretenue par une tradition vivace et consignée dans une légende dorée nommée «L’Ifriqiya». Professant depuis toujours la foi monothéiste abrahamique, les Regraga seraient des Apôtres (Hawâriyyûn), adeptes de Jésus. Dans son magistral ouvrage dédié aux Regraga, le sociologue Abdelkader Mana avait relevé à ce titre, lors de leur fameux pèlerinage circulaire printanier, des rites et des chants rappelant étrangement l’épisode biblique de la Table servie.
Adoptant une croyance proche de l’arianisme dans sa proclamation de la transcendance divine, les Regraga auraient été persécutés par l’Eglise orthodoxe, en la personne de leurs ancêtres Artoun, Ardoun, Amijji et Alqma, lesquels fuyant par voie de mer, auraient accosté sur les rivages de l’Oued Tensift, à Kouz où ils fondent un lieu de prières, appelé en amazigh, Timzkden n’houren (La Mosquée des apôtres). De leur filiation seraient issus les Sept Hommes Regraga (Sab’atou rijal) qui auraient quitté leur Haha natal pour se rendre en Arabie à la rencontre de l’élu de Dieu et sceau des Prophètes dont ils attendaient la prophétie; et de convertir les leurs à l’Islam, bien avant l’arrivée des troupes arabo-musulmanes. Mais là est déjà une autre histoire…

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