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Chronique d’Hier et d’Aujourd’hui

Islam, politique et querelle des «Anciens» et des «Modernes»
Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3676 Le 13/12/2011 | Partager

Mouna Hachim est titulaire d’un DEA en littérature comparée. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication et de la presse écrite. Passionnée d’histoire, elle a publié en 2004 «Les Enfants de la Chaouia», un roman historique et social, suivi en 2007 d’un travail d’érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc»

En littérature, la querelle des Anciens et des Modernes fut une controverse née à l’Académie française à la fin du XVIIe siècle, divisant le monde littéraire et artistique avec un renouveau durant les Lumières et des prolongements en Europe. Deux courants sont alors opposés: les Anciens (ou classiques) qui concevaient la création littéraire comme une poursuite de la tradition et imitation des auteurs de l’Antiquité pour leur perfection; tandis que les Modernes soutenaient les mérites de l’innovation, faisant des productions contemporaines de nouvelles sources de référence et remettant en question d’une manière ou d’une autre l’autorité.
Transposé pour schématiser à notre sujet, nous voyons se confronter deux tendances; avec leurs variations: une qui considère que l´idéologie religieuse s’oppose à la démocratie et à la modernité et prône la séparation de la religion et de l’Etat; l’autre qui invite la société à revenir à l'Islam comme source de légitimité et de régulation sociale, en tentant de le placer au centre des pratiques politiques.
Loin de vouloir verser dans une polémique, j’ai plutôt envie, à l’heure où le référentiel islamique en politique fait à ce point débat, de prendre le recul d’un survol de l’histoire pour se rappeler, la centralité de cette variable identitaire et comment ce référentiel a permis de bâtir des empires et des civilisations, ses périodes de rigorisme et d’expansion…
Quand on parle actuellement de l’islam politique, c’est pour évoquer sa mise à l'épreuve du pouvoir. On en oublierait presque que cette relation entre religion et politique a toujours existé depuis les premières périodes historiques même si l’on note aujourd’hui un regain de fortune pour l’islam politique, imposé comme un puissant courant, loin toutefois d’être monolithique.
L’Islam a pour particularité de proclamer un modèle d’organisation politique. Il n’y existe pas de séparation entre religion et organisation de la société. Entre Eglise et Etat. D’abord, il n’y a pas d’Eglise en Islam, en tant qu’institution ou hiérarchie religieuse, à part dans le clergé chiite. Mais cela reste un «tout politico-juridico-religieux» dans lequel traditionnellement, le chef de la communauté est un chef spirituel et temporel et les sources de la Loi puisées dans le Coran et la Sunna dont les principes sont attachés aux notions de consensus (ijmaâ) et d’ijtihad ou effort personnel de réflexion.
L’histoire de l’Etat islamique commence avec la communauté-Etat de Médine fondée par le Prophète et dont l’exemplarité se prolonge jusqu’à la fin du califat éclairé. Sa charte considérée révolutionnaire à bien des égards proclame l’égalité entre les croyants quelles que soient leurs conditions et leurs origines et régit la vie entre les différentes communautés, assurant la sécurité, la justice et la liberté de culte à tous les citoyens. Quant à son pouvoir, il s’exècre au moyen de la Choura (Consultation), considérée comme l’essence même de la démocratie et fonctionnant selon le principe de la liberté de parole.
L’Islam connaît dès lors une belle expansion après sa victoire sur les armées des puissances tutrices (Perse, Byzance…) et s’ouvrait les portes de tout le bassin méridional et oriental de la Méditerranée. La force des armes fut évidemment nécessaire aux musulmans pour résister et asseoir l’autorité, elle ne justifie pas à elle seule cette avancée fulgurante de l’expansion, considérée par l’historien britannique Edward Gibbon comme «l’une des plus grandes révolutions de l’histoire», expliquée dans son ouvrage «L’Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain», par le caractère exceptionnel de la spiritualité de l’Islam et de son programme social et politique.
Rappelons-nous le rayonnement de la civilisation musulmane, ses avancées dans tous les domaines (sciences religieuses et profanes, philosophie, musique…), son rôle de transmetteur à l’époque médiévale, sa participation à l’élaboration des savoirs en Europe…
Mais survient la période de décadence où l’effort personnel de réflexion cède le pas au Taqlid (suivisme et ankylose) tandis que l’innovation devenait blâmable (bid’a). La période de déclin de la civilisation arabo-islamique est ainsi entamée dès le XIVe siècle au moment où l’Europe préparait sa Renaissance. Dans sa quasi-totalité, elle subit la domination ottomane depuis le tout début du XVIe siècle, puis celles des puissances européennes et le lot de chamboulements dont l’exclusion de la référence musulmane au profit d’un «droit positif».
L’indépendance s’impose alors pour certains non seulement comme une simple vision politique et économique mais aussi avec sa dimension culturelle ouverte à l’héritage de l'Islam, en tant qu’identité de la nation.
Ces voix avaient plus de chance de finir par se faire entendre dans un contexte où les références occidentales ne font plus rêver tout le monde et où les sociétés n’étaient pas insensibles aux dégâts de l’acculturation et de la folklorisation, considérant de plus la laïcité comme un modèle importé, en quête d’une redéfinition.
De l’autre côté, les autres rappellent les principes de cette sécularisation que sont la citoyenneté, l’égalité, le respect de la liberté de conscience… et affirment que la société civile et la démocratie ne sauraient cohabiter dans un système statuant la religion comme référentiel pour sa gouvernance. Il s’en suivrait un dialogue de sourds, si ce n’est la sincérité de l’engagement et la volonté de construire positivement nos sociétés à défaut de dissiper tous les malentendus, interrogeant de part et d’autre la dérive d’un humanisme soumis à la modernité, prêchant parfois par élitisme et de l’autre côté un système de pensée enchaîné à la tradition non exempt de sa part de populisme.
Des voix médianes diraient alors que la lucidité impose d’estimer à leur juste valeur les volontés populaires et la centralité capitale de ce référentiel. Par ailleurs, à y regarder de près, les principes de l’Islam ne sont pas différents de ceux des droits de l’Homme et de la démocratie.
Le problème réside principalement dans l’interprétation et impose aujourd’hui plus que jamais la plus grande mobilisation afin de contrer, par l’éducation, l’avancée d’idéologies obscurantistes exportées et financées à grands moyens et portant en elles le déni de la liberté, de la raison, des droits de l’Homme et qui peuvent prospérer sur le terreau des frustrations, des injustices et des ignorances.
Il s’agit donc de ne pas se tromper de combat et de réaliser que le plus grand danger pour les laïcs, les religieux et tous les citoyens libres réunis reste représenté par des idéologies fanatiques et anachroniques lesquelles par leur attachement radical à la tradition en ont ressuscité de bien païennes dont celles relatives notamment à l’asservissement de la femme.

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