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Chronique

Le choix d’un nouveau leader pour le FMI

Par L'Economiste | Edition N°:3547 Le 08/06/2011 | Partager

Prix Nobel d’économie en 2001, Joseph E. Stiglitz enseigne cette discipline à l’université de Columbia après avoir dirigé le board des conseillers économiques du président Clinton et servi en qualité de directeur économique et de vice-président de la Banque mondiale. Il en a démissionné en 2000 et depuis il se montre très critique à l’endroit de l’institution. Son ouvrage le plus vendu (La grande désillusion) a été traduit dans plus de 30 langues. Il préside une commission d’experts, nommée par le président de l’Assemblée générale de l’Onu, sur les réformes du système monétaire et financier international.
Son dernier livre, Le triomphe de la cupidité, existe également en anglais, en allemand, en japonais et en espagnol (Ph. PS)

Plus tôt que prévu, le Fonds monétaire international aura un nouveau directeur général. Voici plus de 10 ans que je critique la gouvernance du Fonds, symbolisée par la manière dont son leader est choisi. Un gentlemen agreement entre les actionnaires majoritaires – le G8 – prévoit que le directeur général doit être un Européen, et que des Américains occupent le poste numéro deux ainsi que la tête de la Banque mondiale.
Traditionnellement, les Européens choisissent leur nominé en coulisse, tout comme les Américains, après seulement une consultation superficielle des pays en voie de développement. Le résultat, cependant, a souvent été mauvais à la fois pour le FMI, la Banque mondiale et le monde.
Le cas le plus notable fut la désignation de Paul Wolfowitz, un des principaux architectes de la guerre d’Iraq, pour gouverner la Banque mondiale. Ses jugements y ont été aussi mauvais que ceux qui ont mené les Etats-Unis dans cette aventure désastreuse. Alors qu’il avait fait de la lutte contre la corruption un objectif prioritaire pour la Banque, il a dû la quitter au milieu de son mandat, accusé de favoritisme.
Les crises doivent être gérées attentivement. En 1997, la mauvaise gestion de la crise est-asiatique par le FMI et le Trésor américain a transformé des ralentissements en récessions, et des récessions en dépressions. Le monde ne peut pas se permettre de répéter cette expérience.
Aujourd’hui, la crise imminente est en Europe, où la Banque centrale européenne semble accorder plus d’importance à son propre bilan et à celui des banques européennes – remplis de dettes d’Irlande, de Grèce et du Portugal – qu’au bien-être des citoyens de ces pays. Cette dette a certainement besoin d’être restructurée. Pourtant, en permettant aux banques de pratiquer des ratios d’endettement au-delà de tout niveau de prudence et d’accumuler les produits dérivés toxiques, la BCE empêche à présent toute sorte de restructuration ou de réduction de prix.
Mais il est un peu tard pour que la BCE décrive une restructuration de dette comme «impensable». Elle aurait dû réfléchir un peu avant de laisser cette situation se produire. En fait, plus que de réfléchir, la BCE aurait dû mettre en place une régulation empêchant les banques européennes de devenir aussi vulnérables.
A présent, la BCE doit réfléchir à la façon d’aider tout le monde, et pas uniquement les banquiers qui ont achetés les actifs. La nouvelle réflexion doit mettre les gens en premier lieu, et les actionnaires des banques et investisseurs en second. Même si les actionnaires et les détenteurs d’obligations perdent tout, au moyen d’une restructuration appropriée, il est encore possible de sauver les banques et de protéger contribuables et travailleurs.
Comment le prochain directeur général du FMI abordera-t-il ce problème – et est-ce que le relèvement fiscal viendra de l’austérité, dont les coûts sont supportés par les citoyens ordinaires étant donné le peu de sanctions imposées aux banques – est une question extrêmement importante, mais difficile à prévoir. Malgré l’échec de la stratégie du FMI en Asie de l’Est, en Amérique latine et ailleurs, il compte encore des adeptes, y compris parmi les pays émergents.
La course au leadership a évolué différemment de ce que beaucoup avaient anticipé. Certains des candidats les plus qualifiés (qu’ils proviennent de pays développés ou en voie de développement) n’ont pas reçu le soutien de leur propre gouvernement que le processus politique semble exiger. D’autres personnes qualifiées de pays émergents ont hésité à se mêler au combat – il s’agit d’une tâche brutale, comprenant un programme de déplacements qui exige autant de résistance physique que de sagesse et d’expérience.
J’aimerais voir quelqu’un des pays émergents ou du monde en développement à la tête du FMI. Pour autant, la première priorité est de choisir un leader avec les compétences, responsabilité et compréhension requises, à travers un processus ouvert et transparent. Quelqu’un qui continuera la marche des réformes que le Fonds a commencé à entreprendre.
La Realpolitik implique que des personnes seniors de la Chine et des USA se retrouveront sûrement dans l’équipe de direction supérieure, mais la présomption selon laquelle la deuxième place doit être assumée par un Américain n’a plus de raison d’être non plus.
Quel que soit le résultat, le FMI, la Banque mondiale et la communauté internationale doivent réaffirmer leur engagement en faveur d’un processus ouvert et transparent – et se poser la question de comment ce processus peut être amélioré. Par exemple, au lieu de nominations par les gouvernements, qui sont souvent peu enclins à soutenir d’excellents candidats issus de partis de l’opposition, un comité de nomination international pourrait proposer des noms. De même, des changements des procédures de vote (un vote public par pays, plutôt qu’à travers des circonscriptions, ou exiger que les candidats

gagnent le soutien d’une majorité de pays en développement et émergents) pourraient persuader davantage d’officiels de pays émergents à se porter candidats. Ce que nous connaissons aujourd’hui – une campagne ouverte, au contraire d’une sélection derrière des portes fermées – semble être une évolution dans la bonne direction. Néanmoins, espérons que les promesses électorales ne lieront pas le nouveau leader, comme c’est souvent le cas en politique électorale. Des idéologies simplistes ont été à la base du désordre mondial actuel, et des prescriptions simplistes (même sous la forme «l’austérité pour votre bien») ne feront que renforcer les problèmes.

Il s’avère qu’un des candidats principaux à la direction du FMI est une Française, Christine Lagarde, qui, en tant que ministre des Finances de la France, a aidé son pays à sortir de la Grande Récession. Elle est une fervente défenseur de réformes du secteur financier et a gagné le respect de tous ceux avec qui elle a travaillé. La politique fait parfois souffrir les bons candidats. Le monde devrait être reconnaissantqu’il en existe au moins un. Son lieu de naissance ne devrait pas représenter un obstacle à son avenir.

Beaucoup de héros

Dans le sillage de la Grande Récession provoquée par les USA, un nouvel ordre a semblé se mettre en place. Le G-20 a enfin accepté (ou c’est du moins ce qu’on pensait) que le prochain chef du FMI soit choisi de manière ouverte et transparente. La présomption était qu’un tel processus mènerait presque inévitablement à la désignation d’un directeur général issu d’un pays émergent. Après tout, la responsabilité principale du FMI est de combattre le s crises, la plupart desquelles se sont déroulées dans des pays en voie de développement – plus de cent depuis le début des politiques désastreuses de dérégulation financière et libéralisation il y a 30 ans. Il y a eu beaucoup de héros de ces batailles dans les pays émergents.

 

Copyright: Project Syndicate, 2011.
www.project-syndicate.org
Traduit de l’anglais par Timothée Demont

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