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Affaires

«L'indocilité de la presse est vivifiante«
Entretien avec Edwy Plenel, journaliste, écrivain et ancien directeur du quotidien Le Monde

Par L'Economiste | Edition N°:2265 Le 28/04/2006 | Partager

. Toute démocratie a besoin d’une presse vivante, bouillonnante, voire excessive. La liberté comporte toujours une part de risqueL’ancien directeur de la rédaction du quotidien Le Monde, Edwy Plenel, revient sur les raisons de sa démission, les contraintes d’exercer le métier de journaliste et donne quelques éclairages sur l’expérience marocaine, les défis et les enjeux de la profession. . L’Economiste: Comment vous expliquez les différents parti-pris et les préjugés du journal Le Monde envers des pays comme le Maroc?- Edwy Plenel: Comme dans tout débat sur le journalisme, la première question est de savoir si les informations sont pertinentes. Mais, le métier de journaliste n’est pas de faire plaisir, ni de séduire, mais de dire des réalités et de préférence les réalités que l’on ne veut pas voir. Les pouvoirs qu’ils soient politiques, économiques ou intellectuels ont les moyens de faire leur communication et de dire ce qu’ils ont envie de dire, leurs bonnes nouvelles, leurs bonnes informations. Le travail des journalistes d’information, non pas des journalistes partisans et des militants, est de dire aux publics ce que plutôt on ne leur dit pas. Dans le cas de la réalité marocaine, je pense que le travail qui a été fait par Le Monde, et d’autres journaux y compris marocains, est de publier, expliquer et montrer des réalités qu’il faut regarder en face. Bien sûr, ce n’est pas toute la réalité, ce n’est jamais toute la réalité. Mais c’est un faux procès que de dire à un journaliste, qui publie une information qui dérange, qu’il est malintentionné. Depuis un quart de siècle en France, je représente un de ces types de journalisme non seulement vis-à-vis du Maroc, mais vis-à-vis de la France elle-même. J’ai rapporté des mauvaises nouvelles sur mon pays. J’estime qu’en faisant cela, je me suis comporté en patriote. Quand on a une haute idée de son pays, c’est comme cela qu’on lui dévoue un amour critique. Le journalisme flatteur, béat et qui ne pose aucune réflexion, non seulement il ne rend pas service mais il endort tout le monde. Il y a un amour exigeant. Sur cette question, je dois dire qu’il n’y a jamais eu d’hostilité à l’égard du Maroc. . Concrètement, comment vous décryptez la liberté de la presse au Maroc? - Je ne veux pas du tout m’immiscer dans le débat interne à la presse marocaine. Je peux simplement dire, comme d’ailleurs toutes les organisations internationales qui défendent le principe d’indépendance de la presse, que ce n’est pas par des procédures judiciaires ni des condamnations ou encore des amendes excessives que l’on fait avancer le pluralisme de la presse. Toute démocratie a besoin, quand elle s’installe et progresse, d’une presse vivante, bouillonnante, voire excessive. Je préfère l’excès de cette liberté-là à l’abus du pouvoir. L’abus des Etats, du secret, du mensonge et de la corruption font beaucoup plus de dégâts que l’excès d’une liberté de la presse. Une fois ce principe posé, ma seule recommandation est qu’il faut défendre une conception professionnelle où l’important ce sont les faits. C’est par les faits que l’on fait avancer la connaissance de la réalité, pas par le commentaire et l’opinion. L’on a plus besoin d’enquêtes qui plongent sur la réalité de la société. Ceci dit, je crois que le bouillonnement de la presse marocaine aujourd’hui met cela en évidence. La période politique précédente privilégiait la presse de partis, donc une presse d’opinion. Aujourd’hui, la nouveauté est de composer avec une presse d’information qui n’a pas à gérer tactiquement cette information. Ce débat a eu lieu en France sous la 3e République, à la fin du XIXe siècle. Il y avait des élites politiques et des élites intellectuelles pour qui la bonne presse était celle de la réflexion, d’opinion et de commentaires. Or, c’est la presse qui ne dérange pas. Notre premier rôle est d’essayer d’aller chercher l’information là où elle est.. Mais il y a le risque de dérives…- Toute liberté est un risque. Dans la liberté d’expression, il y a le risque de l’insulte, de l’injure. La liberté a toujours eu une part de risque. Qu’est-ce qu’une culture démocratique? C’est d’arriver, par rapport à cette liberté, d’avoir une culture commune qui permet de la hisser vers le haut. De manière à ce que cette liberté ne devienne pas l’abus. Dans le cas du journalisme, c’est une culture professionnelle. Avant de savoir si un journaliste vous plaît ou vous déplaît, il faut d’abord vérifier si son information est bonne et s’il a été rigoureux dans le traitement de l’information. Moi, je suis beaucoup plus choqué par le laisser-aller des commentaires et des opinions. Malgré les pressions, s’il n’y avait pas de journalistes qui s’occupent de ce travail d’investigation et d’information, nous n’aurions jamais su Abou Ghraïb, nous ne saurions pas aujourd’hui Guantanamo. Donc, dans les pays où il y a plus de médias, il y a des journalistes qui se sont battus pour cela. Ils ne se sont pas battus par des éditoriaux condamnant la politique de Bush, ils se sont battus en essayant d’avoir l’information. Simon Hersh qui est le symbole de ce journalisme-là a été traité de terroriste par l’Administration Bush. Donc ayons cela en tête. Dans nos pays, ne nous laissons pas emporter par la situation créée par la politique américaine. . RSF a nuancé récemment en reconnaissant que les lignes rouges reculent au Maroc. Est-ce que ces lignes doivent exister?- Pour moi, il n’y a qu’une ligne rouge. Et c’est la culture professionnelle de chaque journal qui l’arrête. Autrement, c’est ce qu’on appelle la jurisprudence en droit. La jurisprudence républicaine française sur la liberté de la presse fait qu’un journaliste n’est pas condamné parce qu’il aurait diffamé. Il a la possibilité d’être relaxé, même s’il n’a pas prouvé qu’il avait dit vrai, au bénéfice de la bonne foi. Et il y a des critères très précis pour prouver la bonne foi, le sérieux de l’enquête, la légitimité de l’investigation, qu’elle soit d’intérêt général, l’absence d’animosité personnelle. Pendant 25 ans, j’ai mené plusieurs enquêtes sur des domaines difficiles. Il m’est arrivé de ne pas pouvoir prouver ma bonne foi comme il m’est arrivé le plus souvent de la prouver et d’être relaxé. C’est une culture démocratique. Ces amendes qui ont frappé récemment certains journaux au Maroc sont excessives. Il y a d’autres moyens de sanctionner. La presse, c’est aussi un univers contradictoire. Il faut imposer plutôt des règles qui sont celles du droit de réponse, de la contrainte de publication du droit de réponse, de son emplacement. Quand il y a des faits de manquement à la morale publique, nous avons besoin de cette indocilité de la presse. Après, laissons aux professionnels et aux journalistes de défendre entre eux une culture professionnelle, d’avoir des exigences. C’est un débat entre journalistes. Ce n’est pas à l’Etat de réglementer la profession. Dans la raison d’être de ce métier, il y a une dimension d’indépendance par rapport au pouvoir, tous les pouvoirs. Un parti politique est un pouvoir, une puissance économique est un pouvoir. Certains modes idéologiques sont des pouvoirs. En démocratie, il faut un univers professionnel qui ait en commun une culture qui le rend indépendant de tous ces pouvoirs. Ceci étant, si une information dérange nos sensibilités, nous l’acceptons, nous ne la nions pas. Si les classes politique et intellectuelle marocaines s’étaient moins longtemps fermé les yeux sur certaines réalités, peut-être que la culture démocratique marocaine aurait une plus longue histoire. . Est-ce que le balbutiement démocratique peut mettre en otage une presse forte et indépendante?- Le problème, ce n’est pas la presse. Si aujourd’hui je vois toutes les interrogations possibles sur le PJD et la force du mouvement islamiste. Ce n’est pas la presse qui explique ce phénomène. Ce qui l’explique, c’est la situation sociale, c’est la situation concrète de certaines catégories populaires. Le fait est que la presse rend plus compte de ces réalités sociales. Nous avons eu ce débat en France. Ce n’est pas parce que la presse était irrévérencieuse qu’il y avait le Front national et l’extrême droite. La presse mettait en évidence des réalités parce qu’elles étaient au cœur de la crise de légitimité politique. Le problème n’est pas le rapporteur des mauvaises nouvelles, c’est plutôt la mauvaise nouvelle. Et c’est pourquoi il n’y a plus de mauvaises nouvelles. Il y a eu cette inquiétude par rapport à Al Jazeera. Les détracteurs de cette chaîne disaient que c’était une tribune pour les terroristes. En même temps, tout le monde s’est rendu compte qu’Al Jazeera était le bouillonnement d’une culture. De ce point de vue, je ne crois pas que l’on puisse construire une démocratie sous la contrainte.. Il y a aussi la jurisprudence. Au Maroc, nous n’avons pas encore de magistrats spécialisés dans les délits de presse…- Justement, ce sont des réformes que la profession devrait proposer.. Vous liez démocratie, laïcité et liberté de la presse. Qu’en est-il pour un pays musulman comme le Maroc où la laïcisation prête à équivoque…- J’ai dû utiliser de manière provocatrice ce mot de laïcisation dans une conférence au Maroc. On pourrait dire sécularisation. Ce que je voulais dire, c’est que je ne pense pas qu’il y ait une seule version de la culture laïque. Au fond, on parle de la séparation du spirituel et du temporel dans la vie collective. Et je ne pense pas qu’il y ait un seul modèle d’islam qui serait le modèle français. Je pense qu’on peut très bien être dans des pays beaucoup moins pluriels dans leur identité religieuse. Mais il ne faut pas oublier que la France a une diversité religieuse totalement spécifique. Aujourd’hui, c’est le premier pays musulman d’Europe. Si on réfléchit à la question de la laïcité, c’est aussi pour dire à mon pays, celui de l’Edit de Nantes et de sa révocation et qui a les plus fortes communautés musulmane et juive d’Europe, que nous devons inventer une façon de vivre ensemble dans une diversité où chacun est libre d’avoir sa foi et de la pratiquer. L’Etat doit garantir cette liberté. Mais pour construire ensemble cette vérité, il faut un certain rapport à la vérité factuelle. On ne peut pas concevoir un vivre ensemble à partir d’une vérité révélée qui devrait s’imposer. Car, on ne peut avoir les mêmes dogmes, la même façon de vivre sa foi. Une culture démocratique suppose le respect de la religion. Mais ce n’est pas la religion qui dicte ce qu’il faut faire en matière de vie commune, de vie technique. La vérité révélée ne peut pas dessiner une vérité partagée dans une vie démocratique. Si nous acceptons cela, nous faisons exactement ce que veulent les pires soutiens de George Bush qui sont des fondamentalistes chrétiens. Ces derniers veulent que leurs dogmes dirigent la société. Il faut faire très attention à ne pas finir par ressembler à son adversaire. La culture démocratique suppose que nous évoluons dans un espace indépendamment de notre foi, de ce supplément qui fait que nous ne sommes jamais satisfaits de la vie ici-bas.. Vous dites qu’un journaliste n’est pas censé être gardien du temple de l’Etat ni de l’ordre public et moral. Mais il y a ce qu’on appelle le secret d’Etat?- Encore une fois, prenons l’exemple américain. L’Administration Bush a expliqué cela à l’ensemble de la presse US, qu’elle était en guerre contre le terrorisme. Du coup, c’était une guerre contre l’Orient qui a été ressentie comme une guerre contre l’islam. Et au nom de cela, l’administration US a imposé à la presse de croire à des mensonges. En fait, qu’est-ce qu’un secret d’Etat? J’ai publié des informations qui étaient officiellement protégées par le secret-défense. Une fois publiées, tout le monde a dû s’apercevoir que ces informations cachaient en fait de mauvaises raisons d’Etat, des mensonges d’Etat. Moi, je ne peux pas faire totalement confiance à l’Etat sur ce qui est secret ou non. Après, j’ai ma responsabilité de citoyen et de journaliste. Je suis aussi capable de faire le tri, de ne pas être irresponsable. Que l’on me laisse libre de faire ce choix et de prendre ce risque. Nous vivons aujourd’hui une époque qui est celle de la politique de la peur. Le message véhiculé est «Ayez peur et je m’occupe du reste».


Plenel/Le Monde: Les raisons d’un divorce

. Quelles sont les raisons de votre départ du journal Le Monde?- J’ai expliqué ces raisons dans mon dernier livre «Procès». Je ne suis pas animé par une logique de règlement de compte envers Le Monde, mais j’ai tenu à travers ce livre de répondre à des critiques qui m’ont visé personnellement. On m’a taxé de francophobe, d’irresponsable, d’agent de la CIA, et j’en passe. J’ai été un bouc-émissaire. En fait, je pense qu’il y a eu différents pouvoirs qui ont mené à une sorte de normalisation du Monde. Vu la tournure que cela a pris, j’ai préféré me retirer de la rédaction. La leçon est que comme dans n’importe quel pouvoir, il y a des fois où il faut être capable de se retirer pour défendre certains principes. Et si on tient à ses principes, il faut savoir rompre. C’est une liberté reconquise. Maintenant, je suis disponible et je compte créer un journal. Les idées ne manquent pas, mais il faut que je trouve les fonds. Le concept serait de refonder une presse de référence, exigeante et indépendante.


Le Monde au Maroc: Pourquoi le projet est tombé à l’eau

Il y a trois ans, le journal Le Monde comptait imprimer une édition spéciale au Maroc. Un projet mort-né puisqu’il a subi des pressions tous azimuts de différents lobbys. Plenel revient sur le contexte de ce projet qui avait pourtant le feu vert des pouvoirs publics. Selon lui, il y a eu une campagne virulente menée par un certain nombre de personnes avec des articles très calomniateurs: «Assarraf m’a taxé d’être l’ennemi personnel de Sa Majesté Hassan II. Comme vous le savez Assarraf est actionnaire de l’hebdomadaire français Marianne». Dans ce contexte, il y a eu de fortes pressions et des attaques de la part d’une partie de la presse marocaine qui ont été appuyées par des calomnies, ajoute Plenel. L’idée était d’imprimer Le Monde au Maroc à un prix plus abordable. De l’avis de Plenel, il y a eu aussi de grandes manœuvres de milieux économiques pour empêcher l’impression du Monde au Maroc.Propos recueillis par Amin RBOUB

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