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    Enquête

    «Le travail permanent est une notion utile, honorable, mais périmée»

    Michel Grunelius, président de Manpower France

    Par L'Economiste | Edition N°:658 Le 13/12/1999 | Partager

    · Invité par la filiale marocaine, l'initiateur du travail temporaire en France était présent au Maroc jeudi dernier
    · Le groupe américain et numéro deux mondial de l'intérim n'envisage pas de croissance externe pour l'heure

    - L'Economiste Lorsque la conjoncture est bonne, les entreprises recrutent plus de travailleurs permanents mais aussi des temporaires. Est-ce la raison pour laquelle l'intérim est souvent qualifié d'observatoire de l'économie?

    - M. Michel Grunelius: Absolument. Nous estimons généralement que pour un point de PNB supplémentaire, l'activité augmente en général de 5%. Et pour un point de PNB de moins, nous diminuons de 5%. Nous restons donc très liés au cycle économique dans notre métier. Il existe une corrélation très nette entre la santé de l'économie et la santé du travail temporaire. Pour l'instant, l'économie mondiale est porteuse, sauf au Japon. De nombreux pays connaissent une pénurie de main-d'oeuvre. Aux Etats-Unis, le marché de l'emploi est asséché. Les 3 ou 4% qui arrivent correspondent à des personnes qui sont socialement incassables ou qui ne veulent plus travailler. C'est le cas aussi aux Pays-Bas. Nous constatons le même phénomène en France. La construction par exemple semble repartir. Nous estimons que l'exercice 2000 sera porteur. Bien entendu, nous parlons ici de l'aspect cyclique et non structurel. Donc effectivement nous sommes révélateurs de ces situations. Mais nous n'y apportons pas de solutions ou du moins de solutions très partielles. Je pense que le travail devrait se développer de manière assez considérable.

    - Quels sont les secteurs qui contribuent le plus au portefeuille de l'activité?
    - En France, l'industrie vient en premier: elle représente 60% de l'utilisation du travail temporaire. Le bâtiment suit avec 15%. Aux Etats-Unis, la part des services est plus grande. Le bug 2000 a créé une forte demande en informatique. Mais je pense que cette bulle va très vite éclater. En Europe, le chantier Euro a également contribuer à un certain dynamise au sein de notre activité. Mais là aussi, je pense que la bulle est provisoire.

    - En dépit de fortes résistances syndicales, vous avez été, il y a quelques années, l'un des précurseurs du travail temporaire en France. Quels enseignements pour le Maroc, au moment où une trame juridique est sur le point d'être mise en place?
    - Lorsque nous sommes arrivés en France, vers la fin des années 50, nous avons été confrontés à de très fortes réticences de la part des centrales syndicales mais aussi de l'Administration. Il fallait donc expliquer, montrer, améliorer et négocier. Il est d'ailleurs difficile d'avancer sans avoir l'accord et l'opinion de ceux qui sont concernés, à savoir les travailleurs. Pendant des années, les syndicats ont refusé de négocier avec nous. Finalement, en 1969, nous sommes parvenus à un accord avec la CGT. Ce qui a alors permis au gouvernement de faire passer une loi qui reconnaissait le travail temporaire. Aujourd'hui, le travail temporaire a été complètement reconnu. Tout le monde a réalisé que nous n'empiétons pas sur le travail permanent, mais plutôt sur le travail informel et le chômage.
    En fait, les idées nouvelles sont toujours mal acceptées au début. La notion qui prévalait il y a quelques années en Europe est celle du travail à vie ou permanent. C'est une notion très utile, très honorable mais périmée. Il n'y a plus assez d'emplois permanent pour tout le monde. La vie d'un travailleur sera de plus en plus une succession d'états: travail permanent, formation, travail intérimaire, CDD, éventuellement chômage et repermanence. Avec l'accentuation de la compétition internationale, il est difficile de prétendre qu'une entreprise pourra garantir un emploi à vie. Eu égard la philosophie du droit du travail dans de nombreux pays développés, seul l'emploi permanent était considéré comme un bon emploi. Ce qui ne l'était pas devrait donc être encadré, réprimé, voire supprimé. C'était toute la culture du BIT du moins jusqu'en 1996. Les Etats membres de l'organisation étaient invités à contrôler très attentivement, et éventuellement durement, toutes les formes atypiques d'emploi. Depuis deux ans, il y a eu un retournement de situation extraordinaire. Une nouvelle convention a été proposée que le Maroc a d'ailleurs ratifiée, mais que la France n'a pas encore signée. Celle-ci recommande aux Etats d'utiliser la flexibilité comme moyen d'amélioration de l'emploi.

    - Au moment où l'on assiste à des regroupements à l'échelle mondiale, votre groupe ne semble pas tellement croire aux vertus de la taille critique?
    - D'abord, nous pensons avoir la taille critique idéale, eu égard l'étendue de notre implantation géographique dans le monde. Par ailleurs, au sujet des regroupements, je tiens à préciser qu'il existe une énorme différence entre notre métier et l'industrie du commerce par exemple. Dans notre activité, le coût de revient se compose du salaire versé à l'intérimaire et des charges sociales afférentes. Par conséquent, l'économie d'échelle n'existe rigoureusement pas dans notre métier et ce, contrairement à d'autres secteurs. C'est tout de même un élément important. Cette particularité rend beaucoup moins attrayante une acquisition ou une fusion lorsqu'elle n'est pas forcée.

    Propos recueillis par
    Mohamed BENABID

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