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Le Cercle des Experts

L’avenir du Maghreb dans une mondialisation régionalisée(1) (Première Partie)

Par Pr. Driss GUERRAOUI | Edition N°:5903 Le 11/12/2020 | Partager

Ici en conférence pour les étudiants de l’Ecole supérieure de journalisme et de communication (appartenant à L’Economiste). Driss Guerraoui est professeur à l’Université Mohammed V-Agdal de Rabat. Il a été conseiller auprès de trois Premiers ministres, El Youssoufi, Jettou et El Fassi, avant d’être nommé Secrétaire général du CESE,  puis président du Conseil de la concurrence. Le Pr. Guerraoui a publié une dizaine de livres liés à ses recherches universitaires.  Il a constitué à travers l’Université Ouverte de Dakhla, dont il est fondateur et président, un réseau africain et international de chercheurs et d’experts de haut plan sur les questions d’intelligence territoriale et économique (Ph. Fadwa Alnasser)

Dans le cadre de la géostratégie mondiale du XXIe siècle, il est une lapalissade d’affirmer que les chances futures du développement appartiennent aux Nations qui ont su et pu s’inscrire dans des dynamiques portées par de grands ensembles régionaux.

Car, si dans ce cadre aucun pays ne pourra s’en sortir seul, son appartenance à une zone de codéveloppement lui permet d’accéder à un marché vaste, garantir une sécurité globale, bénéficier d’une défense collective, réaliser des économies d’échelle dans de nombreux domaines exigeants des moyens humains et financiers importants, renforcer sa présence dans le monde et son rayonnement international, accroître son pouvoir de marchandage, de négociation et de plaidoyer, appartenir à un espace culturel et à une aire civilisationnelle commune et s’assurer une communauté de destin dans un monde incertain.

Conscients des enjeux de cette dynamique d’intégration régionale, certains pays sont allés beaucoup plus loin. C’est en particulier le cas de la Chine avec la signature en novembre 2020 du Partenariat économique régional global, qui réunit les pays de la grande zone Asie-Pacifique allant de la Chine à l’Australie et la Nouvelle Zélande en passant par l’Inde, le Japon et la Corée du Sud, regroupant ainsi le tiers de la population mondiale et de la richesse produite dans le monde.

Aussi, la mondialisation régionalisée est-elle devenue de facto un choix stratégique opéré par toutes les grandes puissances économiques anciennes et émergentes en tant que réponse à la complexité de la gouvernance des grandes questions dans un nouveau système mondial où la compétition a changé de nature et où émergent et se développent des insécurités d’un genre nouveau et de nouvelles générations de guerres.

Par ailleurs, dans beaucoup de domaines la coopération entre les cinq pays a cessé d’exister et dans d’autres elle connaît même une régression depuis 1989, date de la création officielle à Marrakech de l’Union du Maghreb Arabe, formée par le Maroc, la Mauritanie, l’Algérie, la Tunisie et la Libye.

Or, depuis cette date, la région et le monde ont connu des transformations qualitatives notoires au niveau démographique, économique, politique, social, technologique,  géostratégique, militaire, sécuritaire et climatique. De ce fait, l’évaluation de l’horizon maghrébin dans une mondialisation régionalisée nécessite de prendre en ligne de compte toutes ces réalités et ces transformations. C’est pour cette raison fondamentale que toute analyse de l’intégration au Maghreb doit partir d’un certain nombre de préalables. En effet, pour être intelligible, l’examen de l’intégration régionale au Maghreb implique de prendre en considération deux préalables: un préalable méthodologique et un de nature stratégique.

Le préalable méthodologique part du postulat selon lequel il est aujourd’hui impératif de penser le Maghreb autrement, parce que tout a changé ou est en train de changerde façon à la fois rapide et structurelle dans cette région du monde. Cette évolution touche tous les paramètres des sociétésmaghrébines, la démographie certes, mais aussi l’économique, le politique, le social, le culturel, les valeurs, la donne militaire, sécuritaire et géostratégique. Aussi, les analystes, les experts, les décideurs nationaux et les organisations internationales et régionales sont-ils appelés à repenser leur vision de toutes les problématiques des pays du Maghreb, et ce en changeant  radicalement de paradigme.

Ce changement devrait, cependant, être fondé sur la notion de rupture avec les approches classiques du passé en matière d’analyse de l’état et de l’évolution du développement économique, social et institutionnel de la région. La raison principale de cette rupture est que ces approches sont restées marquées par une vision héritée de la situation du Maghreb des années 60 et 70, une vision prisonnière des vestiges analytiques d’une guerre froide qui ne correspondent ni à la réalité du monde du XXIe siècle et encore moins à celle du Maghreb d’aujourd’hui.

Le deuxième préalable est de nature stratégique. Il part de l’hypothèse selon laquelle, au-delà des modèles d’intégration régionale à bâtir par et pour les pays de la région, la grande question que se posent les acteurs et les forces vives du Maghreb à l’heure actuelle est de savoir dans quelles sociétés les populations maghrébines veulent-elles vivre? Quels avenirs possibles elles veulent construire pour leurs peuples? Et quel socle commun de valeurs il leur convient de promouvoir pour renforcer le lien social et le vivre-ensemble à la fois au sein de la région et dans le cadre des relations du Maghreb avec le reste du monde.

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«La signature en novembre du Partenariat économique régional global entre quinze pays de la région pacifique a donné naissance à l’une des plus larges zones de libre-échange au niveau mondial» (Ph. AFP)

Ces problématiques fondamentales de nature stratégique sont au cœur de toute la dynamique sociétale qui caractérise les 5 pays du Maghreb, qui marque les transformations que leurs populations connaissent, notamment au niveau des jeunes, des femmes et des diasporas, et qui caractérisent les conflictualités qui les traversent.

A ces niveaux, deux questions cruciales essentielles, impulsées par cette dynamique et ces transformations,  émergent et se développent dans la région. Les réponses qui leur seront apportées conditionneront certainement demain les grands équilibres au sein des Etats et des sociétés maghrébines, et par conséquent les chances d’une intégration régionale réussie.

Si la réponse à la première question dépend de la capacité de chaque pays à réaliser un équilibre intelligent entre démocratie, modernité et religion, la deuxième est tributaire de la volonté des dirigeants de chaque pays du Maghreb à opérer un choix décisif entre une coopération bilatérale et multilatérale i) soit favorisant le développement mutuel, la co-émergence, la prospérité partagée, et la sécurité régionale globale, ii) soit poursuivant la politique de la recherche tous azimuts d’un leadership hégémonique, fondée sur une approche conflictuelle des rapports de voisinage et sur l’ingérence dans les affaires intérieures des Etats de la région. C’est de la nature des réponses de chaque pays à ces deux questions fondamentales que dépendra la capacité future de toute la région à réguler positivement les réalités paradoxales qui la caractérisent.

Commerce intra-maghrébin

Force est de constater que le Maghreb est la seule région au Monde où le processus d’intégration régionale  est en panne  et n’a connu aucun progrès  à la mesure du potentiel  de complémentarités, de la complexité des enjeux régionaux et mondiaux et  de l’importance des défis lancés à tous les pays de la région en matière  de développement, de sécurité et de stabilité.  Cette réalité explique pourquoi la part des 5 pays du Maghreb réunis représente moins de 1% dans le total du commerce mondial, que la part du commerce intra-maghrébin dans le PIB de la zone  n’est que de 3 % environ  , et  que la part des échanges de marchandises entre les pays du Maghreb dans  le total de leur commerce  avec le reste du Monde  ne rentre que pour 5%, au moment où cette part est de 16% en Afrique, 19% en Amérique latine, 51% en Asie, 54% en Amérique du Nord et de 70% en Europe ( FMI, 2018).

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(1) Le présent texte est un extrait de la Conférence annuelle prononcée par l’auteur à l’Académie des Sciences du Portugal le jeudi 26 novembre 2020.

   Lundi 14 décembre 
   (Deuxième Partie)

 

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