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Afrique, momentum stratégique

Par Amine Nokta | Edition N°:5843 Le 15/09/2020 | Partager

Amine Nokta est docteur en Sciences politiques et consultant spécialisé dans la fragilité des Etats en Afrique

Alors que le Maroc organise son plan de relance économique, la réflexion sur la sortie de crise ne peut faire l’économie de la variable continentale. La pandémie du Covid-19 a en effet aggravé la situation de plusieurs pays africains. Le coup d’Etat militaire qui a destitué en date du 18 août 2020 le président du Mali, Ibrahim Boubacar Keita, n’est que le dernier épisode d’une série d’instabilités structurelles qui minent le continent. Le contexte post-Covid-19 jette son ombre sur un tableau déjà sombre sur fond de crises politiques, sociales et économiques d’un ensemble de régimes.

Une Afrique encore plus fragile…

L’instabilité en Afrique semble le trait dominant de ces dernières années en dépit des richesses dont regorge le continent. L’Algérie, qui vit sur la manne pétrolière, longtemps aux prises avec le Hirak des jeunes, présente des perspectives inquiétantes. Sa production pétrolière, déjà mature, est, depuis 2007, sur le déclin. Cet état de fait porte en germe un risque fort d’instabilité potentielle pour le régime politique, l’économie et la société. Un scénario à la Venezuela n’est pas à écarter. Pour sa part, la Libye, dont les réserves en pétrole sont également matures, vit une guerre civile d’une rare violence, avec une guerre de positions entre puissances étrangères sur fond de trafic d’armes et de mafias d’immigration clandestine. De son côté, le Mali, aujourd’hui encore plus instable avec le dernier coup d’Etat, n’arrive toujours pas à endiguer le terrorisme islamiste qui résiste dans son désert en dépit du renfort de l’armée française. Vivant à son tour sur la manne pétrolière, l’Ouest africain (Nigeria, Angola, Gabon, Congo-Brazaville…) voit sa production en pétrole baisser continuellement avec des perspectives peu encourageantes pour la période 2019-2030.
Dans le cas où elle serait livrée à elle-même, dans une conjoncture internationale aussi instable sur fond de Covid-19, l’Afrique verra ses différentes vulnérabilités s’accentuer.
Face à ces risques, le Maroc, pays stable et autosuffisant sur le plan de sa sécurité alimentaire, apparaîtra comme un aimant pour des populations africaines en quête de sûreté et de stabilité. Le Maroc devra donc agir pour créer un espace de stabilisation et de progrès partagé. Il s’agit là d’une opportunité stratégique unique dans le momentum actuel marqué par l’échec patent des schémas internationaux des partenariats avec l’Afrique comme en témoignent les déboires d’un certain nombre de pays africains avec les institutions internationales (Banque mondiale, FMI) et les grandes puissances (Chine, Etats-Unis, France…).

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Le coup d’Etat au Mali contre le président Ibrahim Boubacar Keita et son Premier ministre, Boubou Cissé, est révélateur des fragilités sur le continent. Ici, des militaires du camp de Kati, en révolte contre l’inaction du président élu, lequel était paralysé par la multiplication des pouvoirs locaux, lesquels font face ou adhèrent au terrorisme islamique, lequel est souvent un simple masque d’actes de rapines. Et ainsi de suite… (Ph. DR)

Positionner le Maroc

Le Maroc peut donc se positionner comme un partenaire alternatif et proche, d’autant que plus de 400 accords le lient déjà avec une quarantaine de pays en Afrique.
La sortie de crise du Covid-19 peut être appréhendée par une intensification de l’engagement du Maroc en Afrique. Aujourd’hui, le monde tend vers un système polycentrique où les États se tourneront et s’accrocheront à des puissances dominantes régionales qui garantiront leur sécurité (économique, financière, alimentaire…). Dans cette perspective, le défi du Maroc, dans l’après-Covid-19, sera d’anticiper son indépendance vis-à-vis de certaines grandes puissances, lesquelles sont actuellement en difficulté, et de renforcer ses liens économiques et partenariaux avec des pays où il est déjà présent et influent comme en Afrique.
Cette stratégie ne sera véritablement efficace qu’à travers une organisation qui aura pour objectif principal de développer des marchés internes respectifs de chaque pays, un projet d’inter-industrialisation où le Maroc aura le rôle de chef de file. Le projet du gazoduc africain-atlantique avec le Nigeria et la mise en place d’unités de production de fertilisants en Ethiopie et au Nigeria par l’OCP, sont des projets d’envergure qui trouvent toute leur pertinence dans le contexte actuel. Il en faudra d’autres, orientés vers le développement des marchés internes tout autant ambitieux et porteurs de coprospérité.
Le Maroc pourra compter sur la solidité de ses relations diplomatiques avec les Etats africains, son rôle de facilitateur pour la paix en Libye ou au Mali, la force de sa présence économique en Afrique (banques, assurances, immobilier, télécoms…), son leadership religieux incarné par la Commanderie des Croyants ainsi que ses liens historiques et culturels avec l’Afrique (Sénégal, Côte d’Ivoire, Gabon…). En somme, il a tout à gagner à intensifier son engagement en Afrique dans sa nouvelle feuille de route économique!

                                                                      

Le contexte  

Le Maroc fait face depuis plusieurs années à un afflux important d’immigrés subsahariens. Il apparaît de plus en plus comme un pays de destination plutôt que de transition pour de nouvelles populations africaines fragilisées.
D’autres risques, d’ordre sécuritaire, se profilent aux frontières du pays. Le Maroc devra donc anticiper dès maintenant les risques latents et naissants dans le sillage de la crise du Covid-19 et s’appuyer sur ses atouts et ses alliances dans le continent pour émerger comme une force de stabilisation et une puissance œuvrant pour un espace de coprospérité, pouvant servir de bouclier à sa propre sûreté et sa croissance.
De ce point de vue, le Maroc pourra transformer la menace en opportunité, en faisant de l’Afrique un débouché privilégié et naturel pour ses entreprises au moment où l’Europe se ferme, sous le coup des politiques de relocalisation et du souverainisme économique.

 

 

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