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Dossier Spécial

Transformation numérique: Les leviers d’accélération

Par Amin RBOUB | Edition N°:5814 Le 29/07/2020 | Partager
L’effet Covid a décuplé la vitesse de déploiement
Des rythmes assez contrastés selon les secteurs
RH, infrastructures, règlementation, e-gov, capital immatériel... Les prochains défis

La crise Covid a non seulement permis d’accélérer la transition numérique, mais elle a aussi montré que ce n’est plus une option. En témoigne le télétravail que les entreprises ont dû déployer dans l’urgence ou encore le télé-enseignement, les ventes en ligne, les sites e-commerce...                                   
 Aujourd’hui, il va falloir aller plus loin, aller plus vite et ratisser le plus large possible. L’ambition industrielle doit s’adapter inévitablement à la révolution numérique. Sauf que cette ambition a des prérequis qui ne sont pas encore tous réunis.  Parmi ces prérequis, le degré d’appropriation sur le terrain sachant que le paysage économique navigue à plusieurs vitesses. Résultat: des entreprises de services (banques, assurances, tourisme, grande distribution, télécoms...) plutôt avancées face à des entreprises du secteur primaire et secondaire très en retard. L’Institut royal des études stratégiques (IRES) a mené une étude, dans le cadre de l’analyse des mutations structurelles du système mondialisé et des enjeux et défis que celles-ci représentent pour le Maroc. L’étude de l’IRES permet de cerner les principales tendances qui se profilent en matière de digitalisation à l’échelle mondiale et d’examiner le degré de préparation des entreprises et des administrations marocaines à l’ère digitale. Elle décline aussi des propositions, à même d’accélérer la transition digitale du Maroc en vue d’en faire un pilier de l’émergence économique et un axe central de compétitivité. Selon l’étude, le positionnement du Maroc et la maturité des entreprises et des administrations révèlent un déploiement à plusieurs vitesses. Par ailleurs, «le croisement des données des positionnements internationaux du Maroc, pour les usages et la production numériques, met en évidence des situations assez  contrastées». C’est le cas notamment au niveau de l’e-gov qui n’est pas complètement opérationnel, le capital humain enregistre de gros déficits et de réelles faiblesses. Plus encore, l’infra-structure numérique reste globalement faible... Ce sont là autant de limites du positionnement du Maroc qui est à reconsidérer par rapport à d’autres actifs immatériels, en particulier ceux relatifs à l’innovation, au développement des compétences ou encore de contenus numériques, analysent les experts de l’IRES.
Autre bémol auprès des grandes entreprises marocaines, le phénomène Big Data est encore marginal en termes d’usages. «Un peu plus de 20% des entreprises ont effectué des analyses de type “données massives”, principalement à partir de données internes ou géolocalisées, ou à partir d’appareils mobiles. Très peu d’entreprises utilisent les données des réseaux sociaux, pourtant extrêmement diffusés au Maroc et aucune n’utilise de données externes autres que celles indiquées». Sur le volet des usages spécifiques, l’essentiel des utilisations mobiles concerne des recherches d’informations et des interactions sociales au sens large: consultation de sites, participation aux réseaux sociaux, téléchargement d’applications mobiles notamment. Les aspects relatifs aux transactions sont très minoritaires, ce qui traduit la faiblesse du e-commerce au Maroc.
Globalement, à travers les benchmarks internationaux, le positionnement du Maroc sur le plan numérique «est en retrait par rapport aux grands champions du numérique, notamment sur les dimensions liées aux business models et aux modèles organisationnels numériques». Or, ces deux critères sont particulièrement importants dans le contexte de la transformation numérique globale, déduit l’Institut royal des études stratégiques.
Sur un tout autre registre, celui de l’indice d’innovation globale, le Maroc se situe au niveau de la Tunisie et du Kenya, mais il est en retrait par rapport à l’Afrique du Sud, la Malaisie et la Turquie. Par ailleurs, l’écart entre indices de TI et indices d’innovation est élevé, «ce qui tend à suggérer qu’un effort est à faire en matière de compléments d’innovation pour tirer avantage du numérique», préconisent les experts de l’IRES.
Sur le prisme de la technologie, autrement dit celui de l’indice d’adoption du numérique, le Maroc se situe entre la République Dominicaine et le Mexique, loin derrière l’Egypte, la Jordanie et derrière l’Afrique du Sud et la Tunisie.
Dans le domaine de l’éducation, il y a encore des gisements d’amélioration au Maroc. De l’avis d’experts, «il faut s’employer prioritairement à développer des facultés cognitives et socio-affectives qui préparent à des carrières plutôt qu’à des emplois précis, étant donné que moins de la moitié des écoliers actuels peut espérer occuper un emploi qui existe aujourd’hui».
Les pouvoirs publics sont aussi appelés à renforcer les outils d’administration électronique à l’instar des cartes d’identité numériques, des systèmes de gestion financière ou des cyberservices pour les citoyens et les entreprises, tout en modifiant les incitations offertes aux prestataires et en améliorant les performances, déduit l’étude de l’IRES.

L’ubiquité du risque numérique

Le développement de l’internet des objets, l’interdépendance des systèmes d’information, résultant de la mise en œuvre des modèles de plateformes, sont autant de sources de généralisation de risques numériques, en particulier le détournement ou la manipulation de données ou de personnes (opinion publique pour les élections par exemple). Ce caractère ubiquitaire du risque concerne directement les infrastructures stratégiques du Maroc (banques, compagnies d’assurances, entreprises en réseaux, administrations nationales, institutions publiques en général). Cette généralisation du risque numérique appelle donc au développement d’un agenda ad hoc et de compétences spécifiques, notamment par l’identification et l’évaluation du risque numérique ou encore  son traitement au niveau des organisations.

 


Attention à la fracture...

Dans une étude de la Banque mondiale, l’institution met spécifiquement en avant la dimension institutionnelle de la transformation numérique, qui est souvent passée sous silence. Du coup, la question centrale reste celle de la gouvernance du numérique. Le rapport souligne que les plus gros obstacles au développement du numérique ne sont pas à caractère technologique, mais plutôt institutionnels. C’est ce que la Banque mondiale qualifie de «compléments analogiques». A partir de ce constat, les experts recommandent de «combler le fossé numérique pour tirer pleinement avantage des opportunités qu’offrent l’internet et les technologies connexes, mais cela ne suffit pas».  Des pays comme le Maroc doivent aussi agir sur des compléments analogiques importants, notamment des réglementations qui permettent aux entreprises de se connecter et d’affronter la concurrence, des compétences, des ressources qualifiées, des infrastructures... «Les priorités de l’action publique évoluent à mesure que les pays progressent dans leur transformation numérique», tient à préciser l’IRES.


 Intelligence artificielle

L’intelligence artificielle (IA) et le déploiement massif des robots vont impacter les façons d’interagir socialement, mais également celles de produire, précise l’IRES. Pour le Maroc, cette tendance n’est pas neutre et soulève d’importantes interrogations, notamment sur l’impact de l’IA et de la robotisation sur les emplois industriels ou de services. Au niveau de l’industrie par exemple, les grandes filières comme celle de l’automobile sont concernées. Il en va de même pour l’émergence de processus automatisés dans l’offshoring, ou encore des centres d’appels avec de réels impacts sur les emplois. Selon des études récentes, «85% des emplois de l’année 2030 n’existent pas aujourd’hui». Pour le cas du Maroc, un travail de fond spécifique permettrait d’éclairer les pouvoirs publics sur l’impact de l’IA et de la robotique sur les emplois et les grandes filières industrielles, en particulier celles orientées vers l’export. Plus encore, un suivi particulier s’impose en termes du niveau de préparation de ces filières et de leur adaptation aux transformations en cours, insiste l’étude de l’IRES.

Amin RBOUB

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