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Tribune

Pourquoi il faut recomposer les chaînes de valeur

Par Pr. Fathallah OUALALOU | Edition N°:5800 Le 09/07/2020 | Partager

Longtemps chef du groupe parlementaire de l’USFP, le Pr. Fathallah Oualalou a été plusieurs fois ministres, dont deux mandats remarquables en tant que ministre de l’Economie et des Finances, avec El Youssoufi puis Jettou. Maire de Rabat (2009 à 2015), il nourrit aussi une réflexion approfondie sur le rôle de l’homme et de l’action politique dans un monde libéral (Cf. L’Economiste du 2 février 2007, Remise des Prix). Ce partage doit être souligné car il est très rare au sein des élites marocaines en matière de transmissions du capital immatériel (Ici à l’ESJC, l’Ecole supérieure de L’Economiste) (Ph. Fadwa Alnasser)

La pandémie de Covid-19, par sa violence et sa soudaineté, a plongé le monde dans un état de stupeur, de sidération.
Le passage du sentiment de sidération individuelle à un niveau collectif a conduit les Etats à glorifier la mobilisation patriotique sur les deux fronts  de la santé et de l’économie. En France, l’utilisation du vocable «guerre» a été perçue comme un hommage au général de Gaulle, le libérateur d’une nation occupée, en état de choc, sidérée. Au Maroc, on a associé la mobilisation à un véritable jihad (le terme jihad devant être compris dans son sens juste et noble), combat pour l’éradication du virus mais aussi pour la relance de l’économie. Référence est faite ici au premier discours du roi Mohammed V à son retour d’exil en 1955, quand il a annoncé la construction d’un Maroc indépendant.

A court terme, il est opportun d’organiser une grande concertation internationale menée par le G7 et le G20 en association avec la Banque mondiale et le FMI, mais aussi les instances de l’ONU pour garantir la présence des pays pauvres et en développement afin de trouver des solutions à l’endettement des Etats. Un endettement exceptionnel qui s’est imposé pour gérer deux crises sanitaire et économique et qui requiert donc des thérapeutiques exceptionnelles.

Le coût de l’endettement pour les Etats-Unis sera nul parce qu’ils peuvent se permettre de créer du dollar, monnaie hyper dominante. L’Europe est en train de mutualiser la gestion de sa dette dans le cadre de la création d’une nouvelle solidarité (la Commission européenne du 27 mai 2020 a proposé de lever 750 milliards de dollars pour financer la relance). Dans tous les grands pays, les banques centrales sont en train de refinancer les dettes publiques dans une période caractérisée par un coût négatif des taux d’intérêt. La concertation internationale doit donc cibler le traitement des dettes accumulées par les pays pauvres et en développement, notamment en Afrique, pour leur permettre de réduire le coût de leurs dettes.
Contrairement à ce qui s’est passé au lendemain de la crise de 2008, le redressement de l’économie ne doit pas se fonder sur de simples programmes de relance.

Keynes, mais à rénover

On a besoin d’un keynésianisme rénové avec du qualitatif pour combattre les dérives de la mondialisation en termes de financiarisation, de néolibéralisme outrancier, de paradis fiscaux, de mauvaise répartition des richesses et d’exacerbation du réchauffement climatique et… d’arrogance. On a besoin d’accorder plus d’intérêt à ce qui est le plus fondamental pour l’homme: sa santé, sa formation, avec plus d’équité et plus d’environnement. Quelquefois, l’utopie n’exclut pas le réalisme. C’est une opportunité pour la science économique d’introduire de nouveaux paradigmes dans l’économie politique pour qu’elle puisse dépasser l’hégémonie du PIB. A côté de l’efficience nécessaire, essence même de l’économie, il faut plus de solidarité et plus d’intérêt pour le long terme, c’est-à-dire pour l’avenir de la planète et de l’humanité.

Le PIB, c’est-à-dire l’exigence de la croissance, est toujours nécessaire, notamment pour les pays les plus pauvres et les pays en développement. Sans prétendre le remplacer par un quelconque BIB («B» pour «bonheur»), il faut modifier la base de son calcul pour y intégrer de nouveaux paramètres: le degré d’équité, c’est-à-dire la répartition de la richesse et des revenus, la capacité à couvrir les besoins fondamentaux de l’homme (santé, éducation et logement) et le besoin de respecter les règles environnementales et combattre le réchauffement climatique.

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Rien de plus simple qu’une crème Nutella? Pas du tout. Voici l’éclatement de ses sites et chaînes de ses valeurs sur la planète

3 crises et 2 leçons

Première leçon: la mondialisation de plus en plus avancée devient source d’incertitudes. Sa complexité reflète la vulnérabilité de l’homme et appelle à de nouveaux comportements sur le plan politique et économique en faveur de plus d’humilité, d’humanité et de solidarité.
La seconde leçon est en relation avec l’intensité de l’interdépendance entre les nations, leurs économies et leurs vécus pour le meilleur (les biens communs en termes de santé, progrès, croissance et équité) et pour le pire (pandémie, angoisse, arrogance, hégémonie et crises).
A la sortie de la crise sanitaire, le monde aura besoin de bâtir les fondements d’un réel bien-être, et de tirer les leçons des trois chocs qui l’ont secoué depuis le début du siècle: le 11 septembre 2001, la grande récession de 2008-2014 et le Covid-19 en 2020. Il doit par ailleurs confirmer le consensus construit à Paris en 2015 sur la nécessité de combattre le réchauffement climatique.
Partout dans le monde, se poseront aux Etats deux grandes questions: comment financer la lutte contre toutes conséquences des crises sanitaire et économique et comment répondre à l’impact de cette nouvelle grande récession et ses manifestations en termes d’amplification du chômage et de gestion de la tendance à la baisse des salaires?.

                                                                                  

Maroc: reconquérir, élargir sa place

Quid de la mondialisation pour le Maroc? Pour la réappropriation des chaînes de valeur mondiales, il y a un mouvement de retour vers la régionalisation. La priorité sera désormais accordée à la proximité dans le cadre de mouvements de relocalisation pour permettre aux pays de se protéger des risques de dépendance vis-à-vis des contrées lointaines. Le Maroc devra renégocier ses rapports avec la proximité, et exiger de l’Europe qu’elle s’ouvre sur de nouvelles logiques de partenariat avec l’aire sud-méditerranéenne et africaine sur la base de la coproduction. Cela va d’ailleurs dans le sens des intérêts de l’UE elle-même que de traiter la question de la relocalisation et de captage des chaînes de valeur mondiales. Le traitement du dossier de relocalisation industrielle par les Européens doit être en rapport avec celui du couple développement-immigration dans la grande région afro-sud-méditerranéenne. Avec l’Afrique et l’Europe, le Maroc doit participer à l’émergence d’un pôle attractif construit autour de la centralité de la Méditerranée pour contribuer à la dynamique d’une multipolarité équitable. C’est la voie à suivre pour participer à faire sortir le monde de sa sidération.

 

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