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Tribune

Remettre à plat la politique anti-drogue

Par Helen CLARK - Ruth DREIFUSS - Olusegun OBASANJO | Edition N°:5785 Le 18/06/2020
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Pour endiguer la propagation de la coronavirus dans les lieux de détention, le Maroc, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Niger ont décidé de libérer des dizaines de milliers de détenus, en particulier celles et ceux qui, condamnés pour des actes exempts de violence, ne représentaient pas de danger pour la collectivité.

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Il faut savoir que l'explosion de la population carcérale dans le monde, au cours des trente dernières années, doit beaucoup à la criminalisation de la consommation et de la possession de drogues. Aujourd'hui, un détenu sur six est en prison pour une telle infraction non violente aux lois sur les stupéfiants!

Leur libération est un aveu de notre incapacité à les protéger derrière les murs où ils sont enfermés, voire que leur incarcération n'était ni utile, ni justifiée.

 Les vulnérabilités multiples

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Créée en 2011, la Global Commission on Drug Policy est une réunion d’intellectuels et dirigeants qui se sont donné pour but de réduire efficacement les effets des drogues. Un rapport sort chaque année à la fin juin

La responsabilité de protéger la santé et la dignité des détenus – qui incombe à l'Etat qui les a enfermés – ne cesse d’ailleurs pas à leur sortie.  Ces personnes ne peuvent pas être simplement renvoyées à la rue, au double risque de la pandémie du coronavirus et de la consommation de drogues, à l'absence de prise en charge sociale et médicale, en un mot à leurs multiples vulnérabilités.

Car l’état d’urgence rend la situation des populations marginalisées ou stigmatisées encore plus difficile. Le confinement de la population, le ralentissement de la vie économique, la réorientation des dépenses publiques vers la lutte contre la pandémie menacent les organisations et les institutions qui ont démontré qu'il était possible, et nécessaire, d'offrir des services de traitement et de réduction des risques aux personnes qui consomment des drogues, et en particulier celles qui ont développé une dépendance à ces substances.

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Si quatre lycéens marocains sur cinq sont opposés à toute prise de drogues, les relations influencent fortement le comportement des jeunes, lesquels s’approvisionnent dans leur environnement éducatif. Enquête auprès de 7.500 jeunes de 11 à 17 ans, tous scolarisés
MEN et Union européenne 2013

Les populations «à risque» ne sont pas vulnérables par nature, ni ne représentent par elles-mêmes un risque pour la société. Elles le deviennent lorsqu’elles sont livrées à la vindicte populaire par intérêt politicien, harcelées par des interventions policières discriminatoires et stigmatisantes, empêchées d'accéder aux soins et à d'autres services publics lorsque ces derniers existent, privées de logements et de perspectives économiques.

La pandémie du coronavirus est une occasion de remettre les choses à plat, de renouer le lien et le dialogue avec nos jeunes générations. Ne la manquons pas.

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La Covid-19 a révélé une réalité occultée, celle de la surpopulation carcérale et ses corollaires: la promiscuité, le manque d’infrastructures médicales capables de prodiguer des soins adéquats, une proportion importante de personnes à la santé compromise. Tout concourt à faire des prisons et des pénitenciers des foyers de contamination pour les détenus comme pour le personnel, et finalement pour la société dans son ensemble. C’est vrai depuis longtemps pour la tuberculose, les hépatites, le VIH. Et maintenant, pour la Covid-19. Ici, la surpopulation de Oukacha à Casablanca (Ph. DR)

Les vrais outils de lutte

L’addiction est elle aussi une maladie: une maladie chronique, selon la définition de l’OMS. Elle est donc sujette à des rechutes, et exige non seulement des traitements adaptés à chaque situation individuelle, mais des soutiens en termes d’intégration sociale.
Ni la lutte contre le coronavirus, ni celle contre la surpopulation carcérale, urgentes l’une et l’autre, ne doivent limiter l’attention et les moyens accordés aux services sociaux, aux lieux d’accueil à bas seuil, aux traitements de substitution, aux mesures de réduction des risques comme l’accès à du matériel d’injection propre, aux antagonistes aux opiacées pour prévenir la mort par overdose, entre autres.
C’est au contraire dans cette période tendue que ces dispositifs sont particulièrement nécessaires. Ils ont démontré, face à d’autres épidémies, leur efficacité en matière de santé publique, tant pour les personnes directement concernées que pour la collectivité.

 

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