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Tribune

Etablissements de crédit: Nouveau paradigme à l’horizon

Par Yacine FAQIR | Edition N°:5780 Le 11/06/2020 | Partager

Yacine Faqir est directeur général de Quantik DBCB Credit Bureau. Il milite activement dans l’écosystème financier marocain pour la construction d’une «data-sphère» génératrice de valeur et de progrès (Ph. Privée)

Les banques sont à l’économie ce que les hôpitaux sont aux patients du Covid-19. Tout comme le système de santé, les banques elles aussi ont été prises de court par l’envergure et l’impact de la pandémie. Non seulement sur un plan structurel mais aussi sur un plan opérationnel. Elles aussi se sont retrouvées face une déferlante de malades «économiques» et de demandes de rééchelonnement en masse. Quelques 400.000 cas pour le seul mois de mars 2020. Un traitement qui fonctionne pour les gens qui peuvent prouver l’impact du Covid-19 sur leurs revenus. Laissant en marge tous les autres pour qui les effets se font sentir indirectement. Finalement, le demi-million directement impacté ne représente que la partie submergée de l’iceberg, les premières victimes du secteur bancaire. Du simple consommateur à l’industriel, c’est tout un tissu économique qui est profondément touché et dont les conséquences se font à peine sentir. Comme pour le coronavirus, le taux de contagion est beaucoup plus important que le nombre de malades qui doivent être hospitalisés.

Les directives des différents organes officiels ont certes pavé le chemin à des procédures à suivre pour aider les établissements bancaires à opérer. Mais, force est de constater que malgré ces dispositions, une certaine incertitude plane sur l’opérabilité des rééchelonnements et les consommateurs demeurent dans un flou persistant. Avec cette crise, les établissements de crédit marocains rentrent au pas forcé dans une mutation nécessaire pour se préparer à un nouveau monde.

A la lumière et à la mesure de la pandémie, ils devront faire des changements d’une envergure proportionnelle. Réorganisation du travail, digitalisation de toute la verticale, hyper-automatisation des process, intégration de nouveaux outils analytiques et une mise en place accélérée de technologies innovantes… Tout ceci pour apporter des réponses réelles aux obstacles systémiques qui s’annoncent et pour capter des parts de marché d’une industrie du crédit doublement anéantie par un arrêt brutal de l’activité économique et une crise de la demande.

Les établissements qui profiteront de cette crise pour se repenser, ceux qui opteront pour une approche proactive et non réactive optimiseront leur chance de réussite dans ce nouveau paradigme. Le corollaire et le catalyseur de cette révolution est sans contexte le digital. Des banques qui offrent tous leurs services en ligne, y compris le crédit et l’ouverture de compte dématérialisés; des établissements capables d’anticiper le besoin de leurs clients mieux que les clients eux-mêmes grâce à la data, des organismes dont l’agilité est inscrite dans leur ADN… voilà à quoi devrait ressembler la nouvelle norme des acteurs du crédit marocain de demain.

Les banques face à un choix cornélien

Les banques sont aux avant-postes de cette guerre économique. Tels les services de réanimation, ils doivent être aux chevets de ceux dont la situation se détériore ou risque de se détériorer. Malgré les caisses de garantie et les initiatives mises en place par notre gouvernement, les banques seront dans un horizon de quelques mois face à un choix cornélien: continuer à financer leurs clients en espérant que la demande reprenne (et vite) ou couper court aux nouvelles lignes de financement. Cornélien car elles aussi doivent garantir leur pérennité et continuer à aider les plus solvables pour permettre à la courroie de distribution qu’est le crédit de tourner à plein régime. Que ce soit en stimulant la demande des ménages avec les crédits consommation/habitat ou en catalysant les investissements des agents économiques, les établissements de crédit sont le noyau dur de tout écosystème financier.

 

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