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Economie

L’Istiqlal pour un nouveau contrat social

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5778 Le 09/06/2020 | Partager
Plus de 10 millions de personnes dans la vulnérabilité pouvant basculer dans la pauvreté
Il préconise une contribution sociale de solidarité sur 3 ans
L’Istiqlal rejette l’idée d’un gouvernement de technocrates
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«Nous rejetons, avec force, toute tentative de confinement de la démocratie, sous n’importe quelle forme. Car, notre pays a déjà rompu avec les pratiques du siècle dernier. Le Souverain, depuis son avènement, a toujours appuyé l’accélération de la transition démocratique dans notre pays», a souligné Nizar Baraka, SG de l’Istiqlal (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Dans votre mémorandum, vous avez proposé la création d'une banque publique d'investissement. Comment financer ce projet?
- Nizar Baraka:
Nous avons en effet préconisé, dans le cadre de l’appui spécifique à la PME et à la TPE, la mise en place d’une Banque publique nationale d’investissement, avec des antennes régionales pour aider au financement et à la restructuration des PME. En fait, cette Banque, qui regrouperait la CCG, Maroc PME et la FINEA, agirait au niveau du financement des PME, en apportant la garantie nécessaire et en accordant des crédits en cofinancement avec les autres banques commerciales. Elle apporterait l’expertise et l’accompagnement technique développés par les experts de Maroc PME. Elle renforcerait les capitaux des entreprises dans le cadre de son activité de capital risque.

- Sur le plan social, la pandémie a montré la profondeur des fragilités et des disparités. Comment voyez-vous la redistribution des richesses dans notre pays?
- La pandémie aura malheureusement un coût social lourd, car cette crise agit comme un facteur aggravant d’une situation déjà précaire pour beaucoup de nos concitoyens. Nous risquons donc d’assister à une augmentation du chômage et de la pauvreté, avec 10 millions de personnes en situation de vulnérabilité pouvant basculer dans la pauvreté, avec un déclassement social d’une classe moyenne déjà sous pression. Or, une société n’est viable que si toutes ses composantes vivent dans la dignité, garante de la stabilité et de la cohésion dans notre pays. C’est pourquoi nous appelons au renforcement de la cohésion sociétale à travers la réduction des inégalités sociales et territoriales. Pour cela, il est impératif de repenser en profondeur la protection sociale, par une réforme globale des régimes de retraite et la mise en place d’un minimum vieillesse, et par l’élargissement de la couverture aux indépendants. Nous proposons également de procéder à un véritable reengineering des aides sociales pour les regrouper et mieux cibler les citoyens. Cela passera par l’accélération de la mise en place du registre social. L’objectif est d’instaurer, à terme, un revenu universel unifié comme filet de sécurité sociale, basé sur le ciblage des populations démunies pour leur fournir une aide directe conditionnelle.

- Comment les financer?
- Le financement sera assuré par une réforme de la fiscalité qui allègera la pression sur les revenus les plus modestes, tout en élargissant l’assiette fiscale via l’intégration du secteur informel. Il passerait également par la mise en œuvre d’une contribution sociale de solidarité sur 3 ans, et par l’instauration d’un taux d’IS pour les secteurs monopolistiques ou protégés de même niveau que celui des sociétés du secteur financier.
La réduction des inégalités régionales et particulièrement dans les zones rurales sera adressé par l’accélération du transfert des compétences, des moyens humains et matériels de l’Etat vers les régions. Cela se fera à travers l’activation du fonds de solidarité interrégionale et la création d’agences régionales de développement rural.  

- Vous appelez à un nouveau contrat politique. Qu'est-ce que cela implique concrètement?
-Bien avant la survenue de cette pandémie, le temps était venu de changer de paradigme et de rompre avec plusieurs pratiques qui entravaient l’avènement d’une société plus juste et plus égalitaire. Aujourd’hui, l’opportunité, certainement historique, nous est donnée de façonner les contours d’un Maroc nouveau, plus performant et plus juste. Le nouveau contrat social auquel nous appelons passe par une refondation du modèle de développement axé sur le renforcement de la souveraineté nationale, la justice sociale et la consolidation de la démocratie représentative et participative.
En outre, les politiques publiques ne doivent plus être inscrites dans la simple réaction, dans les mesures provisoires et temporaires, élaborées dans l’urgence d’une gestion de crise. Nous avons la capacité d’anticiper, de formuler une vision à long terme et d’agir de manière cohérente et coordonnée. Et, c’est ce qu’il faut faire pour protéger notre avenir et celui de nos enfants.   

- A un an des élections, certains responsables parlent de report. Les délais pourront-ils être tenus?
- Nous avons pris l’initiative ainsi que nos amis du PPS de demander au chef de gouvernement de lancer la discussion autour des lois électorales pour les adopter au cours de cette année. La discussion a démarré en mars dernier, mais malheureusement elle a été interrompue pour cause de pandémie. J’ai l’espoir que nous puissions reprendre la discussion pour pouvoir passer les lois électorales ainsi que la loi sur les partis au cours de la session d’automne du Parlement cette année.

- L’idée d’un gouvernement d’union nationale, ou de technocrates revient avec insistance. Selon vous, cela est-il souhaitable?
- Nous sommes dans une phase d’unité nationale autour du Souverain pour faire face à cette situation d’urgence et nous y contribuons fortement en tant que parti d’opposition. Cela, à travers notre soutien aux textes et mesures prises par les pouvoirs publics. Nous le faisons en interpelant le gouvernement sur les dysfonctionnements constatés comme ce fut le cas dans la gestion du soutien social dont plusieurs ménages ont été injustement exclus, ou dans la gestion du retour des marocains bloqués à l’étranger. Nous agissons en tant que force de proposition à travers le mémorandum adressé au chef du gouvernement pour sortir de la crise et relancer notre économie de manière responsable. Nous rejetons avec force toute tentative de confinement de la démocratie, sous n’importe quelle forme. Car, notre pays a déjà rompu avec ces pratiques du siècle dernier. Le Souverain, depuis son avènement, a toujours appuyé l’accélération de la transition démocratique dans notre pays.

- L’Istiqlal se sent-il prêt pour diriger le gouvernement?
- Il faut d’abord gagner la confiance des citoyens pour arriver en tête des prochaines élections législatives. C’est pourquoi, depuis le dernier congrès du parti, nous agissons dans ce sens en remobilisant nos militants et nos sympathisants, en nous ouvrant sur les jeunes et étant à l’écoute de la société. Nous présentons une alternative crédible aux politiques menées par ce gouvernement, qui génèrent le déclassement social, l’aggravation des inégalités et surtout le manque de confiance en l’avenir notamment parmi nos jeunes. Aujourd’hui, avec la crise mondiale liée au Covid-19 et ses effets sur notre pays, nous sommes face à une rupture historique qui implique un changement de paradigme, une vision claire, et de disposer des leviers et des compétences pour la réaliser. Nous pensons humblement qu’il est de notre devoir d’y contribuer en mobilisant nos compétences et notre savoir-faire.

Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

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Pour Nizar Baraka,  les politiques publiques ne doivent plus être inscrites dans la simple réaction, dans les mesures provisoires et temporaires, élaborées dans l’urgence d’une gestion de crise. «Nous avons la capacité d’anticiper, de formuler une vision à long terme et d’agir de manière cohérente et coordonnée. Et, c’est ce qu’il faut faire pour protéger notre avenir et celui de nos enfants» (Ph. Bziouat)

                                                                         

Nouvelle génération de la politique, d'alliances...

Avant l’avènement de la pandémie, l’Istiqlal a tenu des réunions avec le PJD, le PPS et l’USFP. Est-ce l’ébauche de rapprochements à venir? Le secrétaire général rappelle que son parti a historiquement privilégié les alliances politiques autour d’un projet pour le pays. C’est ce qu’il avait fait avec la création de la Koutla démocratique. «Ma conviction personnelle, c’est que pour faire face aux défis majeurs que rencontre notre pays ainsi qu’à la défiance des citoyens, notamment des jeunes vis-à-vis de la politique, nous avons besoin d’une nouvelle génération de la politique», note Nizar Baraka. Pour lui, «il faudra agir pour réhabiliter la politique et mettre en place une nouvelle génération d’alliances capable de fédérer, autour d’un projet à même de redonner espoir aux citoyens».

                                                                         

Un plan Marshall au profit des entreprises

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Au cours du confinement, l’Istiqlal a joué la carte de la visibilité, à travers ses organisations parallèles, notamment l’Alliance des économistes. Il a été le premier parti à réclamer une loi de finances rectificative. Au final, le parti a produit un mémorandum qu’il a remis au chef du gouvernement. Il  plaide pour un plan Marshall au profit des entreprises, avec le déploiement de leviers identifiés.  

■ Nécessité de renforcer la trésorerie des entreprises
Selon Nizar Baraka, pour permettre au tissu économique de maintenir et de créer de nouveaux emplois, il est essentiel de soutenir la PME et la TPE en adressant deux problématiques majeures: la sous-capitalisation de la PME et l’importance de ses besoins en fonds de roulement en raison notamment des problèmes de délais de paiement. Au sujet de l’appui à la trésorerie des entreprises, l’Istiqlal a proposé d’actionner plusieurs leviers, notamment l’accélération de la réduction des délais de paiement au niveau des entreprises publiques, de la mise en place d’une plateforme électronique de compensation des factures au niveau du secteur privé. Il s’agit aussi de dispenser les entreprises du paiement, au titre de l’année 2020, des acomptes provisionnels relatifs à l’IS et d’accélérer les différents remboursements d’impôts qui constituent un transfert de facilités de trésorerie de l’Etat aux entreprises, notamment le remboursement des crédits de TVA et des excédents de l’IS. Il faudra également mettre en place un fonds de défaisance dans le cas de certains secteurs pour alléger les banques des créances en souffrance et leur permettre d’accorder des crédits.  Le secrétaire général de l’Istiqlal donne l’exemple  du secteur touristique qui est particulièrement touché par la crise. «Nous avons également suggéré de lui permettre de reporter l’amortissement comptable des constructions et matériel  des hôtels pendant 3 ans», note-t-il.    

■ Intervention de l’Etat pour consolider les fonds propres
«Pour adresser la seconde problématique relative à la consolidation des fonds propres des entreprises, nous proposons que l’Etat puisse intervenir en octroyant des quasi fonds propres sur une période de 7 ans, sans intérêts aux entreprises solvables et accorder  une réduction d’impôt sur les sociétés si elles procèdent à une augmentation de capital au cours des exercices 2020 à 2022», souligne l’ancien ministre de l’Economie et des finances. Cette réduction serait égale à 20% de l’augmentation du capital réalisée. Autre proposition: accorder la possibilité aux dirigeants-salariés d’opérer le rachat d’une partie ou de la totalité des contrats d’assurance sur la vie ou de capitalisation en franchise d’impôt sur le revenu, souscrits depuis moins de 8 ans, sous condition que le montant total du rachat soit intégré au capital de leur société.

■  Activer la préférence nationale dans les marchés publics:
Nizar Baraka est formel «il est essentiel que l’Etat appuie l’activité économique en lançant un vaste programme d’investissements en phase avec les nouvelles priorités du pays. Il doit donc  orienter la commande publique en faveur des entreprises nationales, en activant la préférence nationale et en incitant à l’utilisation de l’expertise et des produits nationaux dans la réalisation des marchés publics ou pour bénéficier des avantages fiscaux», dit-il. Il recommande également de lancer une vaste campagne pour inciter les citoyens à consommer marocain. Le but est de développer le label «Made in Morocco» pour qu’il soit conforme aux normes sanitaires post pandémie Covid-19.
M.C.

 

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