×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

Post-Covid: Comment «réanimer» la machine économique

Par Amin RBOUB | Edition N°:5754 Le 05/05/2020 | Partager
Des scénarios de sortie de crise, au-delà des sentiers battus
Relocalisations, ruptures des chaînes de valeur, protectionnisme… Les défis de l’industrie
L’Association des économistes d’entreprise et le Centre Aziz Belal analysent toutes les options

La reprise de l’économie risque d’être aussi difficile que la crise! Tout comme la pandémie, la période Post Covid suscite de l’appréhension, des craintes, des attentes, des espoirs mais aussi de nombreuses interrogations tant sur les plans économique, social, sanitaire ou encore d’ordre géopolitique et stratégique. Sur le prisme géostratégique, des voix s’élèvent et réclament un nouvel ordre mondial, collectivement piloté et non sous le contrôle d’un ou deux pôles.

D’autres encore parlent de «dé-mondialisation». C’est dire que les relations internationales devront changer de manière significative. Sur le plan sanitaire, le monde entier attend impatiemment la validation d’un vaccin. «Or, même avec la validation du vaccin, il faudra beaucoup de temps, voire des années,  avant qu’il ne soit produit en grandes quantités, distribué et administré à plus grande échelle, un peu partout dans les quatre coins du monde», tient à préciser Pr Ahmed Azirar, économiste.

automobile-054.jpg

Le contexte industriel mondial Post-Covid annonce plein de ruptures. L’Europe tente déjà de mettre en place des mesures de relocalisations/nationalisations voire une nouvelle génération d’exigence et de normes. Parmi les secteurs les plus exposés à ces ruptures, figure l’automobile (Ph. L’Economiste)

Plus encore, nombreux sont ceux qui redoutent d’autres manifestations du Coronavirus sous d’autres formes dès les prochaines années. Sur le registre économique et social, le confinement a été traumatisant et laissera des séquelles (en termes de décès, de défaillances d’entreprises, de pertes d’emplois, de précarisation des ménages...). C’est dire que le monde entier traverse une crise sans précédent, avec des effets systémiques lourds de conséquences.

L’après Covid devra aussi redessiner les chaînes de valeur mondiales. Certaines chaînes devront se raccourcir, d’autres vont se développer davantage. Quoi qu’il en soit, le Maroc est appelé à monter en valeur technologique avec une forte mobilisation de la R&D et ce, dans un contexte industriel mondial qui devra évoluer dans le sens des relocalisations/nationalisations voire une nouvelle génération d’exigence et de normes.

Ce sera notamment le cas dans le textile-habillement, l’agro-alimentaire, l’automobile, l’aéronautique, le tourisme... Autant de secteurs stratégiques sur lesquels parie le Maroc et qui feront l’objet de relance sur de nouvelles bases avec des ruptures dans les chaînes de valeur. Ces secteurs en particulier seront confrontés à de nouvelles formes de concurrence, feront face à des politiques de relocalisations ou encore des raccourcissements des chaînes logistiques. L’industrie marocaine est directement concernée par ces chamboulements post-Covid. 

Dans ce contexte précis, experts, analystes et  chercheurs de l’Association marocaine des économistes d’entreprise (AMEEN) ont tenu une visio-conférence, en partenariat avec le Centre de recherche Aziz Belal (Cerab), pour débattre des voies de reprise économique et scénarios de relance au Maroc. Il s’agit d’une réflexion sur les mesures d’urgence ou encore les politiques publiques à adopter à moyen et long termes pour assurer une relance rapide et proactive. « Tout le défi est d’anticiper l’après-Covid-19. Faudra agir et non pas réagir», soutient Pr Ahmed Azirar, économiste et fondateur de l’Association Ameen.

Mais quelles sont donc les pistes de relance ? A court terme, les urgences ne manquent pas. La priorité, selon Pr Azirar, est de remettre en marche les entreprises, les marchés mais aussi et surtout les salariés.  Pour rappel, plus de 57% des entreprises sont à l’arrêt durant cette crise Covid-19, selon le HCP. Tout le défi est là ! Il va donc falloir remettre dans le circuit du travail plus de 800.000 salariés ainsi que des centaines de milliers d’entrepreneurs individuels et autres actifs dans l’informel. Il va sans dire, «le redémarrage des secteurs d’activités devra relancer la demande du marché, les paiements et le pouvoir d’achat des ménages», insiste Pr Ahmed Azirar.

Au lieu de se résigner dans la fatalité, le challenge est de tirer des enseignements de la crise Covid-19 pour pouvoir se projeter à moyen et long termes et surtout « réanimer » la machine avec un nouveau modèle de développement. Justement, les leçons de cette crise nous apprennent à être plus prudents et vigilants à l’avenir.

«Le Maroc devra devenir plus indépendant sur le plan industriel et sanitaire, notamment dans la production de soins et d’équipements médicaux, ou encore l’autonomie dans les produits alimentaires de base tout en renforçant la contribution à la chaîne de valeurs mondiale », préconise l’économiste Azirar. Autre enseignement, celui qui consiste à déployer plus de cohérence et de synergies entre le secteur public et le privé avec des PPP plus novateurs et orientés par l’Etat stratège.

Les activités industrielles seront aussi appelées à vivre plein de chamboulements et de ruptures lors de la reprise de l’économie mondiale. Il s’agit de ruptures totales dans plusieurs secteurs tels que l’agroalimentaire, le textile-habillement, l’automobile, l’aéronautique, le tourisme… Des secteurs plus exposés que d’autres puisqu’ils devront vivre des mutations dans les chaînes de valeur mondiales.

Ce sont là autant d’activités et de secteurs appelés à  faire face à de nouvelles formes de concurrence. Les grandes puissances industrielles sont déterminées à imposer de nouvelles règles de jeu. Les partenaires industriels, notamment européens et les donneurs d’ordre, vont changer de comportement vis-à-vis de la sous-traitance… (avec des produits biologiques, respect de l’environnement, de nouvelles exigences normatives, la préférence nationale, plus d’exigences techniques…)  Extraits de mesures et de pistes de relance.

■ Chaînes de valeur mondiales
 Désormais, «la tendance est à la plus grande souveraineté nationale», résume l’économiste Azirar. Ce sont là autant de manœuvres et de stratagèmes pour redessiner les chaînes de valeur mondiales (CVM). Justement, sur les chaînes de valeur, il y a trois options qui se profilent : Des chaînes sans grands changements où le Maroc sera appelé à apporter plus de valeur ajoutée, plus de technologie et de R&D. D’autres chaînes de valeur devront connaître un raccourcissement. Dans ce cas de figure, le Maroc devra grappiller les chaînons disponibles. Enfin, des CVM qui vont subir des orientations allant dans le sens de relocalisations/nationalisations. Ce qui requiert, pour un pays comme le Maroc, de mettre en œuvre d’ores et déjà «des stratégies de redéploiement», recommande l’économiste Azirar qui insiste sur la notion « d’agir au lieu de réagir».

■ «Nouveau désordre mondial!»
De l’avis de Taha Oudghiri, financier et vice-président de l’AMEEN, dans le contexte actuel, « personne ne peut apporter des réponses rapides pour le redémarrage de l’économie». Mais il va sans dire, le monde ne changera plus comme avant. D’aucuns estiment que le multilatéralisme reculera à l’avenir. D’autres adoptent des idées hâtives sur un nouvel ordre mondial moins asymétrique et plus équilibré.  «Faut pas s’attendre à un nouvel ordre mondial, ce sera plutôt un nouveau désordre mondial », estime Taha Oudghiri.

■ Crise sanitaire doublée de crise agricole
Pour le cas du Maroc, la crise sanitaire intervient en pleine crise agricole. Mais il ne faut pas oublier que la situation de l’économie marocaine n’était guère florissante en 2018 et 2019. La mauvaise campagne agricole de cette année touche de plein fouet 49% de la population rurale (quelque 18 millions de personnes). L’agriculture est aussi le principal secteur pourvoyeur d’emplois (8% de la population active). C’est dire que la situation économique est très compliquée cette année. «Ni le confinement, ni l’enthousiasme de la population ne vont résoudre les problèmes économiques de fond», soutient Taha Oudghiri.

■ «Un dosage entre les idéologies de droite et celles de gauche»
Selon le financier Taha Oudghiri, le salut viendra inéluctablement d’une «réforme fiscale avec davantage de pédagogie».  Parmi les pistes avancées, «l’impôt sur les successions, revisiter l’IR, mais pas question de toucher à l’IS…» Le salut viendra aussi, selon Taha Oudghiri, d’un bon dosage «entre les bonnes idées des idéologies de gauche et celles de la droite» de façon à ce que l’Etat puisse mettre en place les conditions propres à la création de richesses, l’inclusion sociale, le développement humain, la lutte contre la pauvreté, les filets sociaux… Cette crise appelle aussi au renforcement des institutions et de l’Etat de droit afin de rassurer les capitaux internationaux, attirer les IDE… «Le Maroc est appelé à optimiser son attractivité  en revisitant ses bases juridiques et fiscales». La logique  ira aussi dans le sens de la suppression des importations destinées à des besoins ostentatoires.

Un tableau sombre et sans perspectives

Avec la crise Covid-19, la situation se complique davantage dans le secteur tertiaire (commerce, services, tourisme…), le transport aérien traverse une crise sans précédent… Voilà donc le tableau sombre d’un environnement défavorable où l’ensemble des partenaires traditionnels du Maroc, notamment européens, sont aussi fortement impactés. Il va sans dire, les pays  européens vont s’en sortir puisqu’ils s’appuieront sur les principales ressources de leurs  Etats: les impôts ainsi que les aides de l’UE. Mais pour le Maroc, les marges de manœuvre sont très limitées. D’autant plus que les principales spécificités de l’économie sont impactées: la pluviométrie, les transferts des MRE, le tourisme, les relocalisations industrielles, la désindustrialisation, la chute des IDE… Du coup, «le Maroc subira plus qu’il n’agira», résume Taha Oudghiri.

Commerce extérieur

«Le libre échange n’a jamais été une loi scientifique, ni un dogme», soutient Ahmed Azirar, fondateur de l’AMEEN. Selon l’économiste Azirar, «l’on parle partout de reconfiguration de la mondialisation, de protectionnisme et de précautionnisme. Le pays doit utiliser le libre échange à bon escient, en user lorsqu’il va dans le sens de l’intérêt national et le diriger dans le cas contraire en renforçant son pouvoir de négociation. Il est temps de revoir nos relations commerciales et économiques internationales de sorte à développer un axe vertical win-win Euro Med Afrique dans lequel le Maroc devra jouer le rôle de pivot». Pour l’économiste, le contexte actuel se prête à la relance du grand Maghreb.

                                                              

Plan de relance

L’expert financier Abdelouahed El Jai apporte des esquisses de solutions et des éléments de réponses. D’emblée, ce chercheur du Centre Aziz Belal rappelle que l’on est dans une double crise: économique  et sanitaire. D’autant plus que la production sera en baisse dans tous les secteurs de l’économie. S’y ajoutent les effets particulièrement sévères de la sécheresse et de la mauvaise campagne agricole. Ce qui suppose «des efforts inédits en matière de conception dans la mise en œuvre des politiques publiques ».

Autrement dit, une politique conjoncturelle salutaire s’impose pour la « réanimation de l’économie et de l’appareil productif ».  Cette situation inédite sollicite la  mobilisation de trois types d’acteurs: l’Etat, la banque centrale et le secteur bancaire dans son ensemble.

« Le rôle de l’Etat sera capital en termes de choix et de mise en œuvre des politiques publiques. Le défi cette fois-ci est de sortir des sentiers battus en prodiguant un soutien colossal aux entreprises et aux ménages (l’offre et la demande) », préconise le chercheur et financier El Jai. Selon cet ex-haut cadre de Bank Al Maghrib, «le soutien de l’Etat peut se décliner sous différentes formes: soit des subventions, soit des exonérations fiscales ou encore la prise en charge de certaines dépenses, voire des prises de participations dans le capital de certaines entreprises stratégiques menacées de faillite… »

Autres formes de soutien, l’Etat pourrait aussi prêter avec différents types de financement. L’expert du Cerab préconise aussi la possibilité de recourir au Fonds  Hassan II ou  encore la mobilisation  de bons du Trésor. «Sauf que cette politique de soutien tous azimuts creusera davantage le déficit qui pourra aller presque à 10%!».  Mais comment financer donc le déficit? Sur cette question, les experts avancent plusieurs pistes et sources de financement.

A titre d’exemples, le marché financier, l’emprunt intérieur ou encore la reconduction des montants qui arrivent à échéance… Il y a aussi la possibilité de recourir à l’emprunt extérieur qui est incontournable compte tenu de la faiblesse du marché intérieur. D’autant plus que l’équilibre des comptes l’exige. L’enjeu est de maintenir les réserves de changes à un niveau soutenable, tient à préciser Abdelouahed El Jai.

Le rôle des banques est tout aussi crucial en ce moment. Il va aussi falloir prévoir un certain nombre de mesures de garantie telles que la CCG pour les prêts des entreprises ou encore le financement de crédits immobiliers et à la consommation pour relancer le pouvoir d’achat des ménages et maintenir une demande solvable.

Selon des experts financiers, la banque centrale pourrait mettre en veilleuse ses règles d’orthodoxie ou encore réactiver le système des facilités de caisse en élargissant son utilisation. Autre solution,  la possibilité d’acquérir des bons du Trésor sans aucune limite…

Quatre types de problèmes!

«La reprise sera beaucoup plus difficile que la reconstruction ». Avant de repartir sur de nouvelles bases, l’Etat devra faire face à quatre types de problèmes : Primo, il s’agit d’emblée de mettre en place des mesures pour atténuer les effets du confinement et de la sécheresse à travers un accompagnement des entreprises et du monde rural tout en incitant l’Etat à investir davantage.  Deusio, veiller à sauvegarder les emplois et les salaires, surtout dans des secteurs fortement impactés tels que le tourisme ou encore le transport aérien. Tercio, maintenir les réserves de devises dans des proportions acceptables. Enfin: soutenir les couches sociales les plus défavorisées. Pour rappel, les aides Covid-19 accordées par l’Etat ont bénéficié à quelque 5,1 millions de familles, soit quelque 20 millions de personnes.

Amin RBOUB

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc