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Chronique

L’histoire et les épidémies du Maroc

Par Mohammed GERMOUNI | Edition N°:5735 Le 07/04/2020 | Partager

Le Pr. Mohammed Germouni est économiste et politologue, qui a exercé dans le secteur de la Banque, de la haute administration et enseigné dans plusieurs établissements universitaires au Maroc et à l’étranger. Il a publié quelques ouvrages dont notamment «Le protectorat français au Maroc, un nouveau regard» éditions L’Harmattan, Paris, 2015, et récemment, «Economies et Sociétés du XXIe siècle, en forme de chroniques», édition Maroc Livres, Casablanca, 2019. Ce livre regroupe les chroniques publiées dans le journal L’Economiste. Dans le contexte actuel, on se reportera spécialement à la chronique du 4 octobre 2006, qui traitait (déjà!) de la difficulté d’être le patron des patrons (Ph. MG)

Assurément, on datera les évènements selon qu’ils se seront produits avant ou après la pandémie Covid-19: elle modifie nos repères. Il n’est pas inutile de relever que jusqu’au début des années 1970 la structure sanitaire marocaine, installée au début du protectorat, résistait encore, ayant affronté même avec quelques succès, certaines épidémies du début de l’indépendance.

Gros moyens de prophylaxie

Toutes les questions concernant la santé des diverses populations au Maroc allaient être du ressort de la Direction de la santé publique et de la famille, ancêtre de l’actuel ministère de la Santé. Elle devint le siège du Conseil central et de la Commission permanente d’hygiène et de salubrité publiques ainsi que du Conseil de santé.

Deux établissements généraux, la Pharmacie centrale et l’Institut d’hygiène du Maroc ont été rattachés au service central dont ils étaient des annexes techniques. Outre le service central à Rabat, groupant les organismes de direction, il y eut sept services situés aux chefs-lieux des régions administratives et dirigés par un médecin-chef de région. Il coiffait tous les services extérieurs.

Les services régionaux d’hygiène et d’épidémiologie étaient chargés, sous l’autorité d’un médecin-chef, de diriger la lutte contre les maladies épidémiques et endémiques, sans omettre les groupes sanitaires mobiles chargés de la prophylaxie régulière alors en milieu tribal.

On est passé de 38 médecins fonctionnaires au début du protectorat à 276, à la veille de l’indépendance. Ils sont assistés de 1.000 infirmiers et aides-soignants dont déjà plusieurs dizaines de Marocains, sans oublier la place spéciale occupée par les respectables sœurs-infirmières bénévoles efficaces appartenant à divers ordres chrétiens, présentes en divers coins du pays même jusqu’après l’indépendance.

Médecine sociale

 L’assistance médicale a orienté son action vers une médecine dite «sociale» initiant davantage aux règles de la simple hygiène élémentaires et tendant à sensibiliser quelque peu les individus à mieux se préserver des fléaux de cette époque, la misère et les épidémies qu’endurait une large partie de la population marocaine.

Associant  médecine individuelle et médecine dite de masse, elle a été assurée par vingt-trois hôpitaux couvrant des chefs-lieux de Région ou de territoire, et parmi lesquels se détachaient des établissements qui rendront des services fort appréciés notamment par des populations souvent indigentes, tels les services des  hôpitaux «Cocard» et «Mural» de Fès, de ceux de l’hôpital «Mauchamp» de Marrakech,  des hôpitaux  «Colombani» de Casablanca,  celui du «Souissi» à Rabat, ainsi que

ceux de Mogador, de Mazagan, «Marie» de Safi et de Meknès.

Quelque 59 infirmeries sont ouvertes dans des petites villes ou dans les centres de colonisation. Le protectorat avait aménagé dans de petites bourgades des infirmeries, mis en place des groupes sanitaires mobiles et des dispensaires spécialisés ainsi qu’un ensemble ophtalmologique mobile.

Cette réorganisation des moyens devait permettre de contenir les grandes épidémies sévissant au pays de façon cyclique comme la lèpre, la syphilis, la tuberculose et le trachome, avec le souci constant de préserver en premier la santé des populations françaises du Maroc.

Apprendre les gestes élémentaires

Ce fut une véritable initiation à des gestes élémentaires d’hygiène publique dans les villes avec des  actions ciblées contre les mouches, les rats, les moustiques et contre les poux. Des cordons sanitaires furent dressés, des déplacements forcés de

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Un livre tout à fait remarquable du Pr. Germouni, où il trie le bon et le mauvais du protectorat. Du côté du bon, l’arrivée des pratiques médicales qui  perdront pieds dans les années 1970-80

populations rurales et des enfermements dans des camps ont été effectués.

Le typhus avait de tout temps sévi sous une forme endémique avec des poussées épidémiques au moment des  sécheresses, disettes, famines et surtout le grave déficit d’hygiène. La succession du déploiement de nombreuses troupes lors de l’occupation du territoire, puis de la Première Guerre, ensuite celle du Rif, la poursuite de la «pacification militaire» et les retours des troupes entraînaient l’expansion des germes de typhus parmi des civils.

Dans les secteurs dits de modernisation rurale, la cellule de l’action médicale et sociale était le centre de santé. Un bureau d’hygiène rural, chargé de la surveillance des eaux potables était construit dans chaque secteur. La lutte contre les insectes vecteurs du paludisme, des maladies oculaires, des maladies intestinales, des maladies épidémiques genre typhus et peste (puces, poux) était encore menée avec des moyens insuffisants, et passait surtout par une épuration des eaux usées.

Il y a lieu de rappeler le fonctionnement efficace et rigoureux des laboratoires de l’Institut d’hygiène, orienté vers un début d’enseignement et d’analyses sur le terrain. En plus du laboratoire de microbiologie générale existaient des structures de parasitologie, d’hématologie, d’histopathologie et de chimie. Avec la Direction de la santé publique puis du ministère, l’Institut Pasteur allait apporter une solution aux épidémies. En 1929, l’Institut entra en fonction rendant des services pratiques nécessaires aux organismes d’hygiène et vétérinaires, comme la préparation du vaccin antivariolique, du traitement antirabique,  de la fourniture des vaccins, sérums et produits biologiques préparés par les services de la métropole.

Pour conclure, les campagnes et actions des services sanitaires et d’hygiène eurent des effets positifs incontestables bien que non planifiés, favorisant une forte croissance démographique de la population marocaine et un allongement certain de l’espérance moyenne de vie.

Syphilis, peste, tuberculose…

De 1926 à 1946, il y eu cinq poussées épidémiques.
La plus grave survint durant la 2e Guerre. 38.000 morts furent décomptés. La période fut celle de la pénurie de personnel de santé et de moyens de transport. La lutte était menée par les moyens ordinaires prenant la forme de dépistage, d’isolement des malades, de désinsectisation par l’ébouillantage ou l’étuvage des effets, auxquels s’ajoutaient les mesures de quarantaines.
La peste fut plus meurtrière que le typhus, et les mesures de prophylaxie ne suffisaient pas à juguler les poussées importantes. L’exécution des mesures d’ordre sanitaire relevait des sections antipaludiques des services régionaux d’hygiène et d’épidémiologie. Enfin, la variole fut une autre maladie qui avait fait des ravages à travers le pays. Les vaccinations touchaient 2 millions de personnes par an.
  Malgré leur caractère souvent vexatoire, les populations urbaines finirent par comprendre l’utilité des campagnes d’hygiène et de vaccination adoptées et mises en œuvre de façon autoritaire par les services médicaux en les considérant comme un mal nécessaire. Six dispensaires antituberculeux purent à leur tour fonctionner à Casablanca, Rabat, Fès, Marrakech, Meknès et Mogador, et des sanatoriums furent construits à Casablanca et dans la région d’Azrou, car la tuberculose a pu affecter parfois près d’un Marocain sur six, en moyenne, en raison de l’extrême pauvreté des populations au sortir de la guerre. La régression notable de la syphilis, et des lésions mutilantes qu’elle entraînait à la veille du protectorat, était un des apports probants de la médecine moderne, car les maladies vénériennes représentaient près du cinquième des patients en consultation encore au lendemain de l’indépendance.
 Le manque de propreté et la rareté du savon sur les champs de bataille ont rendu ceux-ci propices à l’apparition et à la propagation de l’épidémie vers les populations les plus démunies.
La mortalité infantile régressa en même temps que le paludisme, des complications oculaires, une baisse des maladies cutanées, parasitaires ou infectieuses telle la teigne.

                                                                    

Premières campagnes d’hygiène

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Avant même l’occupation du Royaume, les consuls de Tanger organisèrent des services de santé, que Moulay Abderrahmane conserva (Port de Tanger)

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, le Maroc fut périodiquement la proie d’épidémies dévastatrices. La peste, le choléra, la typhoïde et la syphilis en particulier régnaient à l’état endémique. Progressivement s’impose, depuis Tanger alors capitale diplomatique, un conseil sanitaire sous la supervision des consuls pour coordonner la distribution des patentes de santé aux navires.

Cette structure étrangère informelle se voit confier, par Moulay Abderrahmane (suite à la meurtrière épidémie du choléra de 1834-35), le maintien de la santé publique dans les ports.

Des bateaux transportant des pèlerins de retour de La Mecque furent fréquemment assignés à des quarantaines au port de Tanger, et l’action de ce conseil sanitaire s’exerça même à l’intérieur des villes portuaires, réduisant la suspicion envers les navires marocains dans les ports européens.

Ce réseau de soins médicaux publics modernes, progressivement accessibles aux Marocains (en parallèle aux opérations de «pacification»), fut combiné à des campagnes d’hygiène souvent autoritaires. Ceci fit partie des réalisations évidentes et paradoxales du régime du protectorat français.

Les nouvelles autorités souhaitaient disposer d’une «surveillance médicale intégrale du pays» pour prévenir les propagations aux Européens des épidémies endémiques. Ce qui sous-entendait un quadrillage et un organisme de surveillance/suivi selon des méthodes empruntées aux armées.

                                                                    

Peu ou pas de formations locales

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En 1915, des infirmiers militaires de Kenitra. Il n’existait encore aucune école de médecine, et les premiers médecins recrutés étaient diplômés d’une faculté de médecine de la métropole ou de celle d’Alger (DR)

Seul un cours pour l’obtention du certificat d’études physiques, chimiques, biologiques (PCB) était préparé à Rabat. Une école d’infirmiers marocains a été ouverte à l’hôpital Moulay Youssef de Rabat, de même qu’une école d’infirmières à Casa.

Les services techniques relevant de la Direction de la santé publique furent assurés par un personnel comprenant des médecins et des pharmaciens fonctionnaires ou conventionnés, des internes, des infirmiers français et quelques marocains, des assistantes sociales, des officiers de la santé maritime provenant de l’armée pour l’essentiel.

Les médecins-militaires étaient alors plus facilement recrutés que leurs confrères civils, qui cherchaient des avantages matériels. Les médecins fonctionnaires ne pouvaient avoir une clientèle privée que dans les centres où n’existaient pas de médecin privé et en milieu musulman.

On était passé par exemple de 38 médecins fonctionnaires au début du protectorat à 276, à la veille de l’indépendance. Ils sont assistés de 1.000 infirmiers et aides-soignants dont déjà plusieurs dizaines de Marocains, sans oublier la place spéciale occupée par les sœurs-infirmières bénévoles efficaces appartenant à divers ordres chrétiens, présentes en divers coins du pays même jusqu’après l’indépendance.

 

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