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    Chronique

    La COP25 et après? de l’impuissance climatique dénoncée!

    Par Robert LANQUAR | Edition N°:5675 Le 14/01/2020 | Partager

    Robert Lanquar, après une expérience de journaliste, a été chargé du marketing et des recherches sur les entreprises touristiques à l’Organisation mondiale du tourisme. Il a été aussi expert auprès de la Banque mondiale et a participé à l’élaboration de nombreux plans de développement touristiques dont ceux du Sénégal et des Seychelles. Depuis 2000, il assure la coordination du Forum euroméditerranéen de FITUR – Madrid. Il est aussi professeur invité à l’Université de Cracovie (Ph. Privée)

    L’Espagne a certes sauvé la tenue de la COP25 rejetée par le Brésil, renvoyée au Chili qui n’a pas pu l’organiser en raison d’une situation intérieure chaotique. Mais la COP25 s’est terminée sans accord sur un point essentiel: la fixation du prix carbone.

    Comme résultat, les critiques se sont multipliées et les écologistes se mobilisent dans le monde entier comme jamais auparavant, avec des mouvements parfois violents, par exemple Extinction Rébellion, pour que les gouvernements agissent. La justice de son côté, aux Pays-Bas, vient de sommer le gouvernement de ce pays de lutter davantage contre le changement climatique: sa jurisprudence pourrait bien s’étendre.

    Plus encore que les précédentes, la conférence de Madrid aurait été sponsorisée par les pollueurs comme les deux grands groupes énergétiques espagnols, Iberdrola et Endesa, et des journaux économiques espagnols très liés à ces entreprises se posaient même la question «et si le changement climatique était positif?». 

    Madrid a joué son va-tout et a pu en quelques semaines organiser la COP25. On doit la féliciter avec son secteur touristique. Malgré cela, ce furent deux semaines amères, nonobstant la présence d’icônes comme l’adolescente Greta Thunberg ou l’ancien vice-président des Etats-Unis Al Gore, prix Nobel de la paix. La plupart des médias ont demandé que l’on montre un esprit plus responsable et proactif pour que les discours et des déclarations comme l’Accord de Paris servent vraiment l’action environnementale.

    Le déni des plus pollueurs

    Des pays du G20 - en particulier avec les Etats-Unis, le Brésil, l'Australie, l'Arabie saoudite - et les grandes compagnies pétrolières, gazières et charbonnières, ont sapé l'ambition climatique et bloqué les progrès durant la COP25. D’autres comme le Canada, le Japon, la Chine et l'Inde ont été blâmés pour leur complaisance, et pour ne pas faire pression en faveur d'une réponse collective plus vigoureuse. L'UE a tenté de jouer son rôle de pont entre les pays en développement et les pays développés.

    Néanmoins sa nouvelle présidente, Ursula von der Leyen, aurait annoncé trop tôt son grand projet de Green Deal, car elle n’aurait pas pu faire ainsi pression sur les autres membres du G20. Et que se passera-t-il à Glasgow pour la COP26 de 2020 avec le Premier ministre Boris Johnson? Partout fut dénoncée la géopolitique de l’impuissance climatique!

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    Le communiqué final souligne que les négociateurs ont échoué sur les marchés du carbone alors que l'article 6 de l'Accord de Paris de 2015 était censé clarifier le fonctionnement d'un système mondial d'échange de quotas d'émission. Aucun accord n’a été trouvé sur la manière de le mettre en œuvre. Un marché équitable du carbone empêcherait le double comptage des émissions et pourrait contribuer à stimuler l'action climatique à l'échelle mondiale.

    Au dernier moment, plus de 30 gouvernements se sont cependant joints aux Principes de San José dans le but de préserver l'intégrité des règles du marché du carbone. Si en matière de financement, la COP25 a «exhorté» ses participants à renforcer le soutien des pays développés et d'autres Parties en mesure de le faire, ainsi que des organisations privées et non gouvernementales; elle a aussi invité le conseil d'administration du Fonds vert pour le climat (FMC) à continuer à fournir des ressources pour les pertes et les dommages du changement climatique.

    Une avancée aurait cependant été trouvée sur les océans, principaux puits de carbone, dont les ressources halieutiques s’épuisent: une prise de conscience et des moyens pour réduire les innombrables continents de plastique qui les couvrent. Des exhortations se sont fait entendre comme celle du président de la Banque européenne d’investissement (BEI) critiquant la lenteur des entreprises industrielles à réagir au changement climatique et estimant que certains patrons ne se rendent compte de rien.

    Et le tourisme?

    De son côté, comme pour le surtourisme(1), l’Organisation mondiale du tourisme, dont le siège est à Madrid, s’est positionnée très, sinon trop prudemment, lors d'un événement parallèle officiel du Programme de tourisme durable One Planet lors de la COP25. Son communiqué de presse commun avec le Forum international des transports insiste sur le fait que le tourisme et les transports de personnes ne représenterait que 5,3% des émissions de gaz à effet de serre en 2030 contre 5% en 2016.

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    Ces chiffres sont largement contestés par la communauté scientifique qui montre que l’empreinte carbone du tourisme serait au moins trois fois plus importante que ce que disent les autorités touristiques et le secteur commercial. Cette communauté souligne que les spécialistes du marketing touristique ont reçu principalement l'attention des médias sur la croissance résiliente du tourisme créant une confusion parmi le grand public ainsi qu'entre les politiques et conduisant à un ralentissement des efforts visant à promouvoir un tourisme responsable.

      Diverses études ont montré par exemple qu’entre 2009 et 2013, l'empreinte carbone du tourisme est passée de 3,9 à 4,5 GtCO2e, quatre fois plus qu'auparavant environ 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le transport touristique, le shopping et la nourriture seraient les contributeurs les plus importants.

    On peut alors se poser la question de savoir si l’OMT suit réellement la position des Nations unies ou si elle ne cède pas à la pression des lobbies, tout en saluant le greenwashing touristique avec le concept de tourisme durable et malgré ses chaleureux applaudissements à de multiples initiatives de la société civile et des collectivités territoriales locales ou régionales.

    Diverses formes de tourisme sont gravement menacées en raison des inondations, des sécheresses, de trop hautes températures. Pourra-t-on observer la biodiversité de la nature quand un rapport des Nations affirme qu’entre 500.000 et un million d'espèces végétales et animales seraient menacées d'extinction dans les décennies à venir. Sauf pour les méduses: de nombreuses plages seraient infréquentables en raison de l’explosion de leurs populations, certaines devront fermer en pleine saison.

    Des poissons côtiers pourraient disparaître comme à Murcie, en octobre 2019, dans la grande lagune de Mar Menor. L'explosion démographique des 4.000 populations de méduses serait liée à l’augmentation des gaz à effet de serre et au réchauffement des océans, qui absorbent 93% de cet excès de chaleur. 

    Alors que la biodiversité marine se dégrade excessivement, des floraisons de méduses prospèrent dans des eaux plus chaudes avec moins d'oxygène, supportant même certains polluants chimiques. Leurs prédateurs naturels, comme les tortues et les requins, sont eux surpêchés.

                                                                                     

    Vers des bateaux de croisières propres?

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    Le marché des croisières est l’un des segments du tourisme qui connaît une forte croissance. Le Maroc va en bénéficier de plus en plus en Méditerranée et en Atlantique.

    Cependant les ports d’escale, dans le monde entier, se plaignent des grands paquebots ayant un impact environnemental très négatif, pas seulement comme à Venise où ils accélèrent l’affaissement de la lagune, mais ailleurs comme à Marseille, Toulon, Nice ou Cannes où ils pollueraient l’air autant, sinon plus que la circulation automobile, avec des émissions de dioxyde d’azote très élevées, ainsi que du soufre et des particules fines. C’est pourquoi les municipalités et la région Provence-Côte d’Azur vont y déployer un plan de 30 millions d’euros pour améliorer la qualité de l’air.

    Ce plan prévoit en outre un raccordement terrestre pour que ces bateaux utilisent seulement à quai une électricité qui sera alimentée de plus en plus par des énergies renouvelables. Les compagnies réagissent de leur côté et se veulent socialement responsables. Les nouveaux bateaux comme l’Aida Nova ou le géant Costa Smeralda de 2.600 cabines (le 5e paquebot de croisières le plus grand), lancé en octobre 2019, seront beaucoup plus propres. Ils seront propulsés au gaz, le GNL, avec une empreinte carbone très faible, évitant presque entièrement l’émission de particules fines et d’oxydes de soufre.

    La compagnie MSC Croisières vient même d’annoncer sa volonté de devenir la première compagnie au monde neutre en carbone pour ses opérations maritimes au 1er janvier 2020 par la pose de filtres très efficaces et un achat d´émissions sur le marché du carbone.

                                                                                     

    Faut-il avoir honte de prendre l’avion?

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    Face à la montée du mouvement «Flygskam» (nouveau mot suédois qui signifie littéralement «honte de prendre l’avion»), la ligne à grande vitesse, le Boraq, est une grande chance pour le Maroc et un exemple pour toute la Méditerranée (Ph. Bziouat)

    Face à l’urgence climatique, des voix se lèvent contre l’aviation. En Suède, le mouvement  «Flygskam» (nouveau mot suédois qui signifie littéralement «honte de prendre l’avion») créé fin 2018 plombe le trafic aérien, avec en 2019 un recul plus marqué sur les vols intérieurs (-6% sur un an) que sur les vols internationaux (-2%).

    Le train serait le grand gagnant. Ce mouvement va-t-il s’accélérer après 2020? Les scientifiques font remarquer que l’avion émet en CO2 entre 10 et 14 fois plus que le train et que l’aviation compterait pour plus de 4% des émissions de gaz à effet de serre.

    Ainsi pour le trajet Paris-Casablanca qui est de 1.889 km par avion, l’empreinte carbone par voyageur serait environ 155 kg CO2 contre moins de 15 kg CO2 par train (plus le bilan carbone du ferry entre Algesiras et Tanger) pour 2.334 km. La ligne à grande vitesse, le Boraq, est une grande chance pour le Maroc et un exemple pour toute la Méditerranée. 

    L’occurrence du «Flygskam» ne cesse de se multiplier: lors de la COP25, bien des participants européens de la société civile ont pris le train ou des véhicules électriques. Ainsi on constate que derrière le buzz des réseaux sociaux, un changement de comportement de la demande s’opère qu’il s’agira de suivre de près. Les avionneurs tentent de réagir et proposent pour la décennie 2040-2050 un avion électrique. Dès les années 2020, devraient décoller des prototypes de petits avions électriques.

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    (1) Cf. Robert Lanquar, Chapitre sur «Overtourism, How the international organisations are seeing it?» in Overtourism, MacMillan Ed., December 2019.

     

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