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Analyse

Migration: L’opportunité à ne pas brimer

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5671 Le 08/01/2020 | Partager
Le tropisme vers l’autre et la fascination pour le lointain sont innés
Une vision efficace, combinant développement et mobilité, est nécessaire
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Pour Abderrahman Tenkoul, doyen de la faculté Euromed des sciences humaines et sociales, « la migration qui est une réalité qui existe depuis toujours, ne devrait en aucun cas être présentée en tant que source de problèmes, mais en tant qu’opportunité pour les différents pays pour ouvrir de nouvelles perspectives» (Ph. YSA)

Que deviendrait le monde si l’on s’autorisait à multiplier les lois qui limitent les déplacements et les mobilités entre les pays? Cela ne conduirait-il pas sur le long terme à des formes de fermeture qui auraient pour conséquence l’élimination des différences et des richesses qu’elles apportent à la vie humaine au sein de chaque société? Les interrogations soulevées par les experts de l’UEMF ont enrichi le débat au sujet de l’immigration.

Pour Abderrahman Tenkoul, doyen de la faculté Euromed des sciences humaines et sociales (FESHS), «le phénomène des migrations a pour caractéristique d’engendrer des situations, des dynamiques et des réalités qui échappent souvent aux modèles d’analyse consacrés, surtout qu’il tend selon sa logique propre à produire ce que Michel Sicard appelle un «modèle de puissance» décalé par rapport au pouvoir et à ses référentiels de légitimation».

Ceci étant, et malgré ses inconvénients, la migration est indispensable à l’homme pour construire les conditions véritables de son développement durable. Et sans la migration, le monde n’aurait pas connu les mutations ayant permis aux populations des différents continents de se rapprocher, de se frayer par-delà les frontières des possibilités de passage et de brassage. Il suffit de regarder l’exemple de la ville de Fès, qui a été elle aussi, pendant le Moyen âge et au-delà, le point de départ pour des migrations tous azimuts vers l’Orient, l’Afrique et le nord de la Méditerranée.

Partout ailleurs, cette tendance historique à l’ouverture donne sens à la vie de l’homme habité par le désir d’extranéité. «D’un âge à l’autre et quels que soient les changements par lesquels il passe, ce qui reste constant chez l’homme c’est ce tropisme vers l’autre, cette fascination pour le lointain», estime Tenkoul. Cette constance illustre une évidence saisissante : c’est par la mobilité, hors des territoires d’attache, que les peuples construisent les richesses, les savoirs et les sciences nécessaires au développement de leurs civilisations, à l’affirmation de leurs valeurs et de leurs mémoires communes.

En revanche, cette réalité ne cesse hélas d’être remise en question et contestée, paradoxalement à l’ère de la mondialisation. Le phénomène des migrations, particulièrement dans sa manifestation du sud vers le nord, cristallise de plus en plus des réactions de stigmatisation et de rejet.

Dans de nombreux pays, à l’instar de ce qui se passe sur d’autres espaces frontaliers en Amérique, des murs visibles et invisibles sont érigés pour se protéger de la venue de l’intrus indésirable. Les explications ne manquent pas pour justifier ces murs sécuritaires. Les migrations, non choisies dit-on, amplifient les externalités négatives, accentuent la formation des communautarismes, favorisent la croissance de la délinquance et de la criminalité...etc.

«C’est oublier que, tout au contraire, les mobilités migratoires contribuent dans différents contextes à favoriser l’émergence d’économies d’accueil et à les internaliser», regrette le doyen de la FESHS. Pourtant, dans certains pays européens, beaucoup de métiers et d’activités génératrices de revenus sont exercés par les immigrés.

Aussi, une certaine migration est synonyme de fuite des cerveaux qui porte un coup dur à l’intelligence collective des pays d’origine et à leurs capacités dynamiques. Cet aspect, souvent négligé dans les études, invite à regarder la question de l’immigration autrement, en tenant compte des réalités complexes qu’elle recouvre lorsqu’elle est abordée tant à partir des lieux d’accueil qu’à partir des lieux de départ.

Par ailleurs, beaucoup de pays du sud sont devenus eux aussi des destinations privilégiées pour des flux migratoires qui progressivement ont tendance à s’y sédentariser. Comme c’est le cas du Maroc aujourd’hui, de la Tunisie et de l’Algérie. On en déduit qu’on ne peut stopper ou réduire les migrations, surtout lorsqu’on essaie d’y faire face par toutes sortes de contraintes et de mesures dissuasives.

«L’interdit, on ne le sait que trop, appelle la transgression», déplore le professeur. La logique des politiques publiques, bien évidemment, ne l’entend pas ainsi. Ceci, parce que les problèmes liés aux migrations sont nombreux (intégration sociale, citoyenneté, multiculturalisme, religions, relation entre les Etats en quête de modus vivendi...).

Idem, les défis sont multiples et ardus, et interpellent encore plus les riverains du bassin méditerranéen, qui ont toujours considéré la Méditerranée comme une passerelle naturelle entre leurs peuples. «Il s’agit là d’une réalité plus forte que ce que recèle la charge symbolique d’un mythe.

Plus précisément, il s’agit chez nos peuples d’une représentation qui participe d’un imaginaire partagé, pétrie d’une histoire profonde qui plonge ses racines dans la nuit des temps. Comme en témoignent pas loin de Fès, dans la plaine de Zerhoun, les empreintes et les ruines des Romains», conclut Tenkoul.

Manipulations

De l’avis de Abderrahman Tenkoul, «il est regrettable de voir actuellement la question de l’immigration faire l’objet de toutes sortes de manipulations répondant aux intérêts de divers agendas d’institutions politiques, médiatiques et doctrinaires». En revanche, si la thématique de la migration intéresse les chercheurs, c’est qu’elle est source de problématiques sans cesse renouvelées car résultant des enchevêtrements des rencontres, des chocs des ruptures par rapport à des ancrages d’origine ou par rapport à des structures d’accueil et d’insertion. «Considérée sous cet angle, la migration n’est pour nous ni un thème galvaudé ni un prétexte à un ressassement improductif. Bien au contraire, c’est parce qu’il règne un sentiment général que tout a été dit sur le thème, au vu des nombreux travaux réalisés à travers le monde, que nous pensons que tout reste à dire ou à redire. Cela est d’autant plus vrai que nous avons affaire à un phénomène qui n’arrête pas de prendre des configurations et des dimensions tout autant étonnantes qu’imprévues», explique le doyen de la FESHS. Et d’insister enfin «sur la nécessité d’ouvrir un débat sur la voie de l’élaboration d’une vision efficace combinant développement et mobilité».

Y.S.A.

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