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    Culture

    Expo: Hamidi, un artiste affranchi

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5670 Le 07/01/2020 | Partager
    Une rétrospective à l’Espace Expression CDG de Rabat
    Un artiste ayant marqué l’histoire de l’art au Maroc
    Deux de ses œuvres intègrent la collection Pompidou
    expo-hamidi-070.jpg

    L’artiste qui se distingue par l’audace de ses compositions durant les années 70 connaîtra une reconnaissance internationale assez tardive (Ph. A.Bo)

    Il y a assurément une charge érotique intense dans l’œuvre de Mohamed Hamidi, du moins  dans ses compositions des années 70, d’une  abstraction  «hard-edge» caractéristique de l’École de Casablanca dont il est l’un des fondateurs.

    Le mouvement ayant fortement marqué les origines de l’art moderne marocain a rassemblé, en 1969, une poignée d’artistes dont Mohamed Ataallah, Mohamed Chebaa, Mohamed Melihi  et Farid Belkahia autour d’une exposition manifeste à Jamaâ El Fna, intitulée «Présence plastique»,  désormais considérée comme l’acte fondateur de la modernité marocaine de l’ère post-coloniale.

    C’est dire que l’artiste, à qui l’Espace Expression CDG de Rabat consacre une exposition rétrospective jusqu’au 29 février 2020, est l’un des acteurs clés de cette période d’ébullition créative qui coïncide avec la constitution d’une alter-modernité africaine et arabe.

    «Assurément, la symbolique sexuelle n’est pas absente de la poétique de Belkahia et de Melehi, mais, dans la peinture que produit Hamidi durant ces années-là, elle prend une flagrance et un tour étonnants», commente Michel Gauthier, conservateur du patrimoine au Centre Pompidou.

    La prestigieuse institution muséale, le deuxième musée d’art moderne et contemporain le plus important au monde, après le MoMA (Museum of Modern Art) de New York, vient de faire l’acquisition de deux œuvres majeures de l’artiste,  qui rejoint ses frères d’armes: Mohamed Melihi et Farid Belkahia, 2011 pour le premier et 2013 pour le second, dans le panthéon parisien.

    Les deux œuvres, dénommées «Harmonie» et «Marie», malgré leur facture résolument abstraite, révèlent, à l’évidence, une consonance extrêmement érotique. «Ce qui est un trait d’audace rare dans le Maroc de ces années-là», déclare Hicham Daoudi, conseillé artistique pour l’exposition.

    «…Une infinité de compositions d’un érotisme réduit à sa dimension la plus épurée, qui déjoue les schémas de perception habituels. Dans les parallélogrammes et les rosaces que Hamidi invente, une dialectique du masculin et du féminin naît du voisinage des formes phalliques et des ondoiements que le peintre, à l’instar des praticiens du Anatomy Art, fait subir au sexe féminin», analyse de son côté  le critique et artiste Youssef Wahboun. C’est d’une abstraction presque figurative qu’il s’agit, «suggérer sans nommer, indiquer sans décrire», décrypte Wahboun. 

    expo-hamidi-2-070.jpg

     En 2019, Hamidi fait une entrée remarquée avec deux œuvres majeures dans la collection permanente du Centre Pompidou. La même année, le célèbre musée Mathaf de Doha  au Qatar fera également une acquisition de l’une de ses œuvres (Ph. A.Bo)

    Le dessin et les couleurs ne sont-ils que les simples véhicules de la figuration sexuelle?, se demande Michel Gauthier, qui fait un rapprochement entre la peinture de Hamidi et le «Transcendental Painting Group» créé à la fin des années 1930 à Santa Fe aux Etats-Unis ou encore certains courants artistiques portés par des revendications féministes à l’instar de  l’artiste californienne Judy Chicago. D’autres rapprochements sont à faire avec les diagrammes anatomiques à l’abstraction poussée proposés par Birth Hood (1965) ou l’imagerie «génitale» de la série Great Ladies de 1973 qui partagent de nombreux aspects avec la peinture de Hamidi.

    Il n’est bien sûr pas question de résumer l’œuvre de Hamidi, du haut de ses 60 ans de carrière, à ce seul moment de sa production. Dans les années 1980,  poussé par un tropisme africain, il réalisera une série de masques, le rapprochant de Belkahia. Elève de Jean Aujame en 1963, célèbre fresquiste, il s’essaya à la monumentalité car, malgré les apparences d’un art farouchement fidèle à lui-même, l’œuvre de l’artiste fait preuve d’une considérable diversité de techniques et de factures.

    Né le 7 août 1941 à Casablanca, Mohamed Hamidi suit ses études à l’École supérieure des Beaux-Arts de Casablanca. Il part ensuite en France pour suivre une formation à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts et à l’École des métiers d’art de Paris.

    De retour au Maroc, il rejoint le collectif composé des peintres Mohamed Melehi, Farid Belkahia, Mohammed Chabâa, Mohamed Hafid et Mohamed Ataallah dans l’exposition manifeste de la place Jamaâ El-Fna, tenue en mars 1969. De 1967 à 1975, Mohamed Hamidi est professeur à l’École des Beaux-Arts de Casablanca.

    Artiste engagé, il est à l’origine d’une initiative qui vise le développement d’Azemmour par l’art. Il invite, en 2005, une vingtaine de peintres à réaliser des peintures murales dans la médina d’Azemmour. Il est aussi membre fondateur de l’Association marocaine des arts plastiques.

    Aujourd’hui, Mohamed Hamidi partage son temps entre Azemmour et Casablanca, effectuant également de fréquents séjours à Grasse en France. Depuis 1958, Mohamed Hamidi participe régulièrement à des expositions individuelles ou collectives, au Maroc et à l’étranger.

    Amine BOUSHABA

     

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