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    Tribune

    La démocratie, condition ou produit du développement?

    Par Pr. Hamid BOUCHIKHI | Edition N°:5655 Le 16/12/2019 | Partager

    Doyen de SolBridge International School of Business, Daejeon, Corée du Sud, membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement et membre de l’Institut marocain d’intelligence stratégique. (Ph. H.B.)

    « Nous attendons de cette commission qu’elle remplisse son mandat avec impartialité et objectivité, en portant à notre connaissance un constat exact de l’état des lieux, aussi douloureux et pénible puisse-t-il être. Elle devra aussi être dotée de l’audace et du génie nécessaires pour proposer des solutions adaptées». Discours du Trône, 31 juillet 2019.

    Cet essai fait écho à l’injonction royale et pose ouvertement, sans prétendre y répondre entièrement , la question du lien entre démocratie et développement.  Depuis que Sa Majesté a annoncé la mise en place de la Commission spéciale sur le modèle de développement, des voix s’élèvent pour questionner la légitimité politique de ladite commission et affirmer que le développement doit être pensé et débattu dans le cadre des institutions démocratiques du pays.

    Malgré l’insistance du Souverain sur la mission consultative et temporaire de la commission, d’aucuns y voient les prémices d’un «cabinet noir» appelé à se substituer aux instances démocratiques et aux institutions chargées de l’élaboration, la conduite ou l’évaluation des politiques publiques.

    Les tenants de cette thèse adhèrent à une vision du monde où la démocratisation politique est une condition du développement économique. Puisque la question est posée, on ne peut pas l’ignorer. Il faut y répondre.

    Contrairement aux affirmations catégoriques, souvent prononcées avec force conviction, il n’a pas été prouvé que la démocratisation est une condition nécessaire et un phénomène précurseur du développement économique. De nombreux pays doivent leur développement et l’amélioration du bien-être de leur population à un pilotage centralisé de l’économie. Inversement, plusieurs pays ont réalisé des progrès démocratiques et restent confrontés au sous-développement. Le lecteur désireux d’approfondir sa compréhension des liens complexes entre démocratie et développement est invité à lire l’excellente note de synthèse publiée par le politiste Philippe Marchesin et disponible en ligne.

    Revenons au cas particulier du Maroc pour observer que les progrès démocratiques accomplis sous les règnes de Feu Hassan II et de Sa Majeste Mohammed VI n’ont pas été accompagnés d’un développement économique en proportion. Pire encore, le taux de croissance de l’économie marocaine est en recul depuis 2011, année qui a marqué une nouvelle étape dans la démocratisation du pays.
    Quand on fait remarquer aux responsables politiques, de tous bords, leur maigre bilan, ils répondent en choeur que ce n’est pas de leur faute. Un ancien Premier ministre a même répété publiquement que le chef de gouvernement ne décide rien au Maroc. Pourtant, ce leader politique, dont je respecte la personne, n’a jamais remis sa démission au Roi. Il a, au contraire, tout fait pour se maintenir à la Primature après les élections de 2016.

    Le Roi l’a remercié après plusieurs mois de blocage et incapacité à former un gouvernement. Si le Premier ministre et le gouvernement n’ont aucun pouvoir, on ne comprend pas pourquoi tant de partis politiques continuent à faire partie d’une coalition gouvernementale hétéroclite, divisée et impuissante à sortir le pays de la trappe du sous-développement.

    Faut-il déduire du propos qui précède qu’il serait judicieux de suspendre le processus de démocratisation et adopter une conduite centralisée de l’économie, le temps nécessaire pour faire décoller durablement le pays?

    Dans notre architecture institutionnelle, le Roi seul peut répondre à cette question. Force est de constater que les principaux partis politiques ne sont pas de lieux de formation à la citoyenneté et ne jouent pas leur rôle d’écoles de formation de futurs leaders. Pire, beaucoup de ces partis ont dégénéré et ont vu la démocratie interne régresser ou ne jamais se mettre en place.

    L’absence de culture et de fonctionnement démocratiques dans les partis et autres «corps intermédiaires» est le reflet du déficit démocratique dans nos comportements quotidiens et dans nos relations aux niveaux les plus basiques de l’ordre social.

    Pour produire de la démocratie, il faut des démocrates. Or, nous savons que l’enracinement d’une culture démocratique au plus profond d’une société est une tâche de longue haleine. Pouvons-nous attendre de disposer d’institutions authentiquement démocratiques, à la Scandinave, avant d’oeuvrer au développement économique du pays? Poser la question, c’est suggérer la réponse.

    Pour le Maroc, le développement économique nécessite une vision à long terme, horizon trop éloigné pour des partis politiques occupés à mener la prochaine campagne électorale. Le développement nécessite aussi une capacité d’action alliant efficacité, cohérence et reddition des comptes à une autorité travaillant dans la durée et capable de suivre la mise en œuvre des projets et programmes de développement dans tous les domaines.

    Pour poursuivre le processus de démocratisation, à tous les étages de la société, et accélérer le mouvement de l’économie, le Maroc aura besoin d’inventer un modèle de développement alliant, ouvertement, les deux impératifs. Pour cela, une révision de la Constitution pourrait être nécessaire afin de trouver un autre équilibre entre les pouvoirs législatif et exécutif.

    Travaillons donc sur le développement et donnons à la société le temps de s’imprégner des valeurs démocratiques, à mesure que le bien-être augmente.

     

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