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    Tribune

    L’entrepreneuriat en Afrique est-il vraiment un espoir?

    Par Étienne GIROS | Edition N°:5649 Le 06/12/2019 | Partager

    Étienne Giros est président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique, le CIAN. Il a aussi succédé l’année dernière à Pierre Gattaz (ancien patron des patrons en France), à la tête du Conseil européen des Affaires pour l’Afrique et la Méditerranée. Il est aussi membre du CEPS, le Centre d’études et de prospectives stratégiques. Il s’agit d’un organisme indépendant qui a pour objectif de cerner, d’analyser et de mettre en perspective les facteurs d’évolution technologiques, économiques… (Ph. E.G.)

    Des idées reçues se délectent de la soi-disant préférence de la jeunesse africaine pour les emplois de fonctionnaires ou les activités de court terme ou spéculatives, mais ce sont là des idées fausses. Il n’y a pas de déterminisme culturel ou de fatalité qui ferait que la culture de l’entrepreneuriat serait absente en Afrique. C’est même tout l’inverse.

    L’esprit d’entreprise est africain. La pratique entrepreneuriale est une réalité, et pas seulement sur le mode de la transgression ou dans le champ de la délinquance comme certains se plaisent à l’affirmer. Oui, il existe des Steve Jobs africains, mais ils sont peu nombreux, isolés et font profil bas. Et c’est vrai, ils se réfugient dans l’informel, afin de fuir l’enfer réglementaire et fiscal. Le marteau aime bien le clou qui dépasse!

    Il y a loin entre les intentions entrepreneuriales très élevées en Afrique et le taux réel d’activité des entreprises, relativement modeste du fait d’une forte mortalité chez ces jeunes sociétés. Quand ils arrivent enfin à sortir de leur garage, ces entrepreneurs sont souvent récupérés par l’establishment désireux de redorer son image auprès des jeunes. Ce sont des héros, selon la formule de Jean-Michel Severino, le gérant d’Investisseurs et Partenaires (I&P), une «famille» de fonds éthiques consacrés aux PME d’Afrique subsaharienne.

    Même si elle est loin de constituer une masse critique suffisante pour se faire entendre, cette génération de nouveaux entrepreneurs africains est mieux formée, plus ouverte sur le monde, et éloignée de la culture de l’assistanat et des rentes de situation. La modernité citadine la pousse à bouger.

    Quand elle trouve les moyens de concrétiser ses aspirations, elle fait preuve de créativité, d’adaptation et d’aptitude au changement qui, aujourd’hui, s’expriment malheureusement mieux dans l’informel. Les gouvernements africains doivent entendre ce besoin d’idéal et de créativité que les jeunesses revendiquent. 

    Pour ouvrir ces portes, et éviter qu’elles ne se referment, il faut promouvoir l’entrepreneuriat collectif. En effet, il ne s’agit pas uniquement de fabriquer des aventures individuelles, mais pour l’État, de mettre en place un écosystème entrepreneurial qui appuie et accompagne les startups en leur apportant conseil, financement, support technique et coaching.

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    Un investissement particulièrement réussi dans le tissage artisanal décoratif, à Dakar. Oui, dit Etienne Giros, «il existe des Steve Jobs africains, mais ils sont peu nombreux, isolés et font profil bas. Et c’est vrai, ils se réfugient dans l’informel, afin de fuir l’enfer réglementaire et fiscal» (Ph. LPJ)

    Ce type d’écosystème facilite les synergies entre, d’un côté, les idées et les personnes de talent et, de l’autre, les moyens pour faire aboutir les projets. Chaque pays devrait ainsi adopter des règles de bonne conduite pour faciliter l’accès des PME aux marchés publics, et aussi aux grandes entreprises. Les PME ont besoin de volume d’affaires et doivent prendre part à la chaîne de valeur. Sans constituer des passe-droits, il convient de structurer l’émergence des PME.

    Cela ne se fera pas tout seul et prendra du temps. En effet, certaines contraintes qui régissent les relations entre l’État et le secteur privé sont à la fois difficiles à contourner et impossibles à réformer à court terme. La confiance sera encore longue à s’établir, et pourra disparaître très rapidement. Le comprendre permet de dessiner une politique en faveur de la compétitivité et d’une croissance créatrice d’emplois.

    L’essor de l’entrepreneuriat africain relève d’un équilibre délicat entre public et privé pour construire et entretenir une relation gagnante entre les deux parties, fondée sur la confiance et le dialogue. Il y va de l’avenir de l’Afrique.

    L’incontournable

    Seule l’entreprise est créatrice de richesses directes. S’ils rendent des services essentiels, les emplois publics ne créent pas de richesses primaires.
    En conséquence, tout doit être mis en œuvre pour favoriser les entreprises et leur multiplication. C’est pourquoi la question de l’entrepreneuriat est si cruciale en Afrique. Je parle ici de l’entrepreneuriat africain. Les sociétés étrangères sont déjà largement présentes sur le continent. Ce sont les entrepreneurs africains eux-mêmes qu’il faut maintenant encourager.
    Pour cela, il faut d’abord un climat des affaires encourageant et un État de droit stabilisé. C’est là un préalable incontournable, tout le monde en convient. Dès lors, les conditions d’éclosion de l’esprit d’entreprise africain seront réunies dans un cadre moderne et collectif.

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    Etienne Giros est impressionné par le travail du Maroc sur le continent. Ici, la responsable du Club Afrique Développement, Mouna Kadiri, présente le projet.  L’auteur du présent texte estime que «les Marocains ont une vision extrêmement claire de leur développement en Afrique qu’ils déroulent presque comme un bulldozer. Mais ils n’attendent pas les entreprises françaises pour s’implanter» (Ph. AWB)

                                                                                          

    L’informel est dangereux

    Depuis quinze ans, l’Afrique a le vent en poupe. Elle sera le relais de croissance de la planète pour plusieurs décennies. Grâce à la mondialisation et à la hausse du prix des matières premières, le continent a enregistré depuis 2000 un taux de croissance régulièrement supérieur à 5% par an.

    Il reste toutefois à transformer cet essor en «développement inclusif», c’est-à-dire un développement qui favorise l’émergence d’entreprises locales, créatrices de valeur.

    En effet, la croissance actuelle est trop dépendante des matières premières et de la variation de leurs cours. De ce fait, elle crée peu d’emplois et reste souvent inégalitaire. La promotion de l’entrepreneuriat, la création d’un tissu d’entreprises, l’éclosion d’une classe moyenne sont autant de facteurs sans lesquels il n’y aura pas de décollage de l’Afrique.

    Il faut regretter le poids excessif du secteur informel qui non seulement ne contribue pas aux recettes fiscales de l’État et donc obère ses possibilités d’investissement, mais constitue également une concurrence déloyale pour le secteur formel, qui de ce fait est d’autant plus ponctionné par un État à la recherche perpétuelle de recettes. Mais le fait est que si l’informel joue un rôle d’amortisseur social dans les sociétés africaines, il est aussi une antichambre à l’entrepreneuriat moderne.

    En effet, de nombreux entrepreneurs optent pour l’informel pour créer ou compléter une activité. C’est le garage cher à Steve Jobs, qui y a fondé Apple: l’informel comme amortisseur social et aussi comme incubateur pour de nombreux entrepreneurs.

    Pour vivre heureux, vivons cachés! La plupart des entreprises ainsi créées le sont plus par nécessité de survie ou d’autosuffisance au niveau de l’individu et de la famille. Elles n’ont pas pour but premier de grandir, et celles qui grandissent malgré tout le font dans un environnement hostile.

     

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