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    Economie

    Sable des plages: Attention où vous mettez vraiment les pieds!

    Par Nadia DREF | Edition N°:5555 Le 12/07/2019 | Partager
    Un constat désolant sur la pollution relevée dans 45 sites du pays
    Plastique, carton et même de l’arsenic et du plomb
    Un plan d’action ciblant les déchets marins en cours d’élaboration
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    Une grande partie des plages du Maroc continuent à être de véritables nids à microbes. On y trouve de tout: plastique, carton, verre, déchets médicaux, caoutchouc, bois, matière fécale, métal,... de quoi donner la chair de poule et plein de champignons aussi

    Plastique/polystyrène, papier/carton, verre, déchets médicaux, caoutchouc, bois, céramique, matière fécale, tissu, métal, déchets sanitaires, paraffine… Ce sont les substances retrouvées dans les prélèvements effectués dans 45 plages en 2018 (20 sur la Méditerranée et 25 sur l’Atlantique). Un constat désolant des pratiques de nombreux usagers qui continuent à massacrer l’environnement et à mettre en péril leur sécurité sanitaire et celle des autres. 
    Selon le dernier rapport sur la qualité du sable des plages publié fin juin par le Secrétariat d’Etat chargé du Développement durable, deux catégories de déchets dominent. Le  plastique/polystyrène arrive en tête avec 50,92%, composé essentiellement de bouchons et couvercles en plastique et emballages de bonbons représentant respectivement 24,1% et 19,6%. Suit le papier/carton (34,44%) en majorité (80,2%) des mégots de cigarettes et filtres.
    Pour 39 sur 45 plages surveillées, le pourcentage le plus élevé des déchets marins collectés concerne la catégorie plastique/polystyrène. Au niveau des 6 plages restantes (Moulay Bousselham, Mehdia, Sablette, Mohammedia, Sidi Rahal et Taghazout), c’est le papier/carton qui domine. 
    Concernant les métaux lourds, une concentration a été décelée en arsenic, sans pour autant dépasser les seuils de référence (30 mg/100 m) au niveau de la plage Safi et Rabat et en plomb (moins de 100 mg/100 m),  dans la plage Isli (entre Oued Laou et Saïdia).

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    Pour les hydrocarbures, issus d’un éventuel déversement de rejet industriel ou trafic maritime, aucune contamination n’est à signaler, précise le rapport. En revanche, des traces ont été détectées, au niveau des plages Moulay Bousselham, Agadir, Ain Diab, sans pour autant dépasser le seuil de référence (100 mg/100 m), ajoutent les experts.
    Du côté de la qualité mycologique du sable, les résultats obtenus durant les campagnes de surveillance ont permis de déceler la présence de dermatophytes du type Trichophyton Rubum(1) au niveau des plages de Saïdia et Boujdour pendant la deuxième campagne ainsi que des champignons  (chrysosporium Keratinophylum, Alternaria Sp et Penicillium Sp) au niveau de 43% des stations surveillées durant les deux campagnes. 
    Quant aux déchets marins, une grande partie provient des navires, des promeneurs et des vacanciers. Ce qui dégrade la qualité des paysages et l’attractivité des zones balnéaires et de promenades. Selon les données du rapport, les analyses effectuées dans les 45 plages relèvent un grand nombre de résidus plastiques, soit environ 70 à 80% de la collecte. Sur la rive méditerranéenne, la plage contenant le nombre le plus élevé de déchets est Souani Driouch (province de Driouch) avec un total de 2.577 éléments/100 m pendant la  campagne printemps 2018. A contrario, la moins polluée est celle de Boussakour (province d’Al Hoceïma) avec un total de 13 éléments/100 m mesuré pendant la campagne automne 2018. Sur la rive atlantique, la plage contenant le nombre le plus élevé de déchets marins est celle de Mohammedia Centre avec un total de 4.511 éléments /100 m durant la campagne automne 2018. La plus propre est celle de Sidi Bouzid  (18 éléments /100 m). 
    Pour y remédier, un plan d’action relatif aux déchets marins sur les plages est en cours d’élaboration par le secrétariat d’Etat chargé du Développement durable.

    Méthode de travail

    En 2018, 180 analyses ont été effectuées. Le laboratoire national des études et de surveillance de la pollution a sélectionné 45 plages (20 sur la façade méditerranéenne et 25 sur la façade atlantique choisies selon des critères bien définis). Ce nombre sera porté à 60 en 2020.
    Les plages sont choisies en fonction de plusieurs critères: voisinage d’une destination touristique, d’un port, des embouchures de rivières, d’une zone urbaine côtière ou relativement éloignée, une longueur minimale de 100 m, un accès facile à la mer (non barré par des brise-lames ou des jetées), accessibilité aux équipes d’enquête tout au long de l’année. Les collecteurs ramassent les déchets trouvés dans le paramètre de recherche dans un sac en plastique.  Ils les trient selon 12 catégories, plastique/polystyrène, caoutchouc, tissu, papier/carton, bois, métal, verre, céramique, déchets sanitaires, résidus médicaux, matières fécales, paraffine/miettes ou morceaux de cire. Chaque catégorie contient un ensemble de sous-catégories (ou articles), soit un total de 116. Après le décompte, les collecteurs se débarrassent des déchets conformément aux procédures de collecte et de tri adoptées par les services concernés. L’unité de mesure permettant de quantifier les déchets collectés est exprimée en nombre d’éléments de déchets marins collectés par 100 mètres (éléments/100m).

    Pour mieux sensibiliser davantage sur la problématique des déchets marins, ce département  a conclu deux conventions de partenariat avec des associations opérant sur la Méditerranée visant la réalisation de projets pilotes. Des initiatives qui rentrent dans le cadre du programme Med-Pol issu de la Convention de Barcelone portant sur la surveillance et l’évaluation de la pollution sur  la côte méditerranéenne. Le premier projet intitulé «Adopter une plage» a été confié à l’Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre (AESVT/ section de Tanger-Tétouan). Il a concerné 4 plages (Merkala (Tanger), Amsa (Tétouan), Sabadia (Al Hoceima) et Miami (Nador). Les premiers résultats obtenus, sur une moyenne de 8 relevés, sont les suivants: plastique/polystyrène (58%), papier /carton (23%), métal (4%), bois (3,18%), tissu (3%), céramique (3%), déchets sanitaires (2,85%), verre (2,03%), caoutchouc (0,45%), déchets médicaux (0,43%), présence de goudrons à l’huile (0,09%) et paraffine (0,02%). L’AESVT organise régulièrement des campagnes de nettoyage, de sensibilisation sur la protection des plages. Les participants deviennent des «gardiens» de plages. 
     Le second projet, baptisé «Pêche aux déchets» au niveau du port de pêche de Fnideq, est pris en charge par l’association des plongeurs «Abtal Fnideq». Les premiers résultats, réalisés au niveau de 3 sites, pendant deux campagnes, ont relevé une prédominance du plastique (entre 75% et 97%), suivi du carton/papier. Le reste est ventilé entre les déchets médicaux ou sanitaires, le bois, le métal, le tissu / textile et le caoutchouc. 
    Aucune plage citée dans le rapport, n’a reçu le label «Pavillon bleu» délivré par la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement.

    Recommandations

    Le rapport sur la qualité du sable a présenté plusieurs recommandations, telles que:
    - Renforcement de la sensibilisation au niveau de toutes les plages afin d’impliquer les parties prenantes et les usagers dans la démarche de protection du milieu marin.
    - Sensibilisation des décideurs et des gestionnaires des plages sur la problématique des déchets marins.
    - Implication des associations locales dans la sensibilisation et la protection du milieu marin et côtier, par l’application du concept «adopter une plage» et l’organisation de campagnes périodiques de nettoyage des plages durant toute l’année.
    - Dotation des plages en quantité suffisante de poubelles en assurant le tri sélectif, notamment pour les deux familles de déchets prédominantes, en l’occurrence plastique et papier/carton.
    - Valorisation des déchets collectés en matière à valeur ajoutée (recyclage ou production d’énergie).
    - Assurer le nettoyage mécanique du sable d’une manière régulière et plus fréquente tout au long de l’année.
    - Eradication de tout rejet de déchets solides au niveau des oueds limitrophes des plages.
    - Equipement des exutoires pluviaux situés au niveau même des plages de dégrilleurs afin de retenir les macro-déchets.
    - Equipement des plages en cendriers de plage pour la récupération des mégots et filtres de cigarette.
    - Promotion de l’économie circulaire.

     

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    (1) Ce dermatophyte anthropophile (qui infecte l’homme) a une affinité marquée pour la kératine (protéine de la couche cornée de l’épiderme, et qui constitue les ongles, poils et cheveux). Il est le responsable principal des dermatophytoses des pieds (ou pieds d’athlète) et des ongles.


    Urbanisation, eaux usées... aussi

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    Dans son rapport sur la dégradation du coût de l’environnement au Maroc, la Banque mondiale a mis l’accent sur les principaux risques affectant le littoral, à savoir ceux liés à l’urbanisation à l’origine de rejets directs domestiques et industriels. Environ 70% des unités hôtelières et 90% des unités industrielles sont concentrées dans les communes jouxtant les côtes maritimes. 
    Les experts de la BM ont relevé également que «des efforts importants sont en cours pour protéger le littoral». Des stations d’épuration des eaux usées ont été mises en place dans plusieurs grandes villes (Rabat, Casablanca, Al Hoceïma), alors que d’autres se sont contentées de construire des émissaires déversant les eaux usées dans la mer après un traitement préliminaire (Tétouan, Tanger). Plusieurs unités industrielles déversent leurs effluents liquides porteurs de matières organiques et de matières chimiques polluantes dans les cours d’eaux et dans la mer (par exemple: le phosphogypse versé dans l’Atlantique à Jorf Lasfar et à Safi). Des déchets solides sont portés dans la mer avec les eaux usées. Les experts relèvent aussi que le nettoyage des plages est épisodique, alors qu’il n’existe pas de programme de collecte systématique de la mer et du littoral des déchets solides déversés à partir du littoral ou des navires.
    Certes un réel effort a été fourni pour aménager les plages, réduire la pollution des eaux et des sables et assurer un suivi de leur qualité, toutefois, la situation n’est pas satisfaisante partout au regard des données officielles, soutiennent les auteurs du rapport de la BM. Dans les grandes villes (Nador, Tanger, Rabat, Casablanca, Agadir) et dans certaines petites villes (Saïdia, en particulier), des programmes ont été engagés pour valoriser leur littoral (marinas, ensembles touristiques, ensembles immobiliers). Concernant le domaine public maritime (6 mètres après la limite maximale atteinte par les vagues), de nombreuses infractions sont répertoriées (occupations illégales, empiètement, construction en dur de logement ou d’établissements au lieu des matériaux légers prévus par la réglementation). Un programme de délimitation du domaine public maritime a été engagé. Une police du domaine publique maritime a été créée.
     

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