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    Analyse

    Bio made in Morocco: Comment capter la frénésie mondiale

    Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5544 Le 27/06/2019 | Partager
    Coût des intrants, demande intérieure, semences, vides juridiques… les défis
    L’activité est 50, voire 100% plus chère que l’agriculture conventionnelle
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    Les superficies certifiées bio ont doublé, passant de 4.000 ha en 2010 à 9.600 ha en 2018. Cependant, la croissance du secteur est relativement lente par rapport à la Tunisie ou les pays européens

    Le marché mondial connaît un engouement sans précédent pour le bio. Depuis quelques décennies, les produits issus de l’agriculture biologique se sont frayé une place dans les rayons des supermarchés et dans nos assiettes à la faveur d’une prise de conscience écologique, mais aussi par effet de mode. Comment le made in Morocco peut-il tirer son épingle du jeu, grignoter des parts de marché importantes et conquérir son marché intérieur?

    Au Maroc, 9.600 hectares de terres arables sont dédiées au bio. La filière est répartie en sept sous-groupes de produits : fruits, légumes, plantes aromatiques, céréales, produits transformés comme les huiles, les produits d’élevage, l’argan et dérivés. En tout et pour tout, une centaine de produits sont écoulés sur le marché local et à l’export. La majorité est constituée de produits frais (fruits et légumes) ou à faible valeur ajoutée (huiles, fruits séchés ou mélangés). La production globale s’élève à 94.000 tonnes à l’échelle nationale, dont environ 17% (16.000 tonnes) destinées à l’export. Les principaux clients des produits marocains sont essentiellement les Européens. La France en tête (entre 3.500 et 4.000 tonnes), suivie de l’Allemagne (entre 3.000 et 3.500 tonnes), la Suisse (un peu plus de 500 tonnes), la Hollande. S’y ajoutent la Turquie, l’Espagne, la GrandeBretagne et les Etats-Unis.

    Au Maroc, les produits bio pourraient jouir d’un potentiel énorme. «D’abord, parce que le consommateur est sensible et familier à tout ce qui est naturel, beldi, halal. Ces critères sont encore encrés dans notre culture», fait valoir Slim Kabbaj, président de l’association CEBio, le club des entrepreneurs exerçant dans le secteur. Cependant, le prix relativement élevé des produits reste un frein à une forte pénétration sur le marché local. L’émergence d’un marché local est importante à plus d’un titre. Les enjeux sont nombreux, notamment «la baisse des coûts de production qui contribueraient à rendre les prix plus abordables, mais aussi de meilleures marges pour les cultivateurs locaux. Plus l’on en consomme, plus la base client s’agrandit et, par effet d’échelle, les prix baissent», explique le président de CEBio. En Europe, faire du bio revient 30% plus cher par rapport à l’agriculture conventionnelle. Au Maroc, CEBio estime le surcoût à 50 voire 100%, en fonction des produits et du producteur. 9 ans plus tôt, cela revenait environ trois fois plus cher. Pour l’heure, produire bio au Maroc exige d’être passionné et engagé. En effet, la consommation suit une courbe de progrès lente du fait d’un marché intérieur qui en est aux balbutiements. Ce dernier connaît depuis quelque temps un saut qualitatif et fait l’objet d’offensives tous azimuts avec le lancement d’opérateurs marocains: Distribio, Green Village, Les Domaines, Biodelis,... Les possibilités à l’export sont attractives avec des ouvertures pour certains produits, qu’il faudra constamment redéfinir. Cependant, le délai de grâce court à sa fin.

    Fin de la dérogation sur les semences en 2021

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    Pour sa première édition, le salon Bio Expo s’est tenu à Casablanca du 21 au 23 juin 2019. L’évènement, organisé par les associations «Agissons vert» et «Club des entrepreneurs bio» (CEBio), a eu pour thème: «Le Bio, un secteur national à fort potentiel» (Ph F. Alnasser)

    La chaîne de production du bio commence logiquement par des semences biologiques. Le marché européen n’autorisera plus l’importation d’agrumes, légumes ou produits transformés issus de graines conventionnelles sur son territoire, à compter de 2021. Pris de court, les opérateurs marocains abordent cette échéance avec un handicap de taille. En effet, les agriculteurs marocains utilisent surtout des semences hybrides ou conventionnelles. De petits fermiers recourent aux semences locales. Vu qu’ils ne sont toujours pas autosuffisants en semences biologiques, les Européens accordent quelques années supplémentaires à leurs cultivateurs, jusqu’à 2030, comme période de transition pour que l’offre et la demande en semences s’accordent. Pour éviter que les acteurs marocains soient pris dans un étau, il va falloir développer un marché local de semences biologiques.

     Verrouiller l’arsenal juridique

    LA mise en pratique de la réglementation (cf. loi 39-12 relative à la production biologique, adoptée en décembre 2012) a mis en relief des vides juridiques, notamment sur les compléments alimentaires, les cosmétiques, tissus, jouets bio. S’y ajoute la vente en vrac, que la réglementation n’a pas encore pris en compte. «L’amendement de l’arsenal juridique s’impose. Si la mise à niveau n’est pas faite, ce sera la porte ouverte aux faussaires», préviennent les opérateurs. L’enjeu est de préserver l’image, la réputation et la fiabilité de la filière bio marocaine. S’y ajoutent la sensibilisation et la formation du consommateur à reconnaître les produits certifiés, notamment à travers le logo. Selon la loi 39-12, tout opérateur qui tente d’apposer un logo bio sur un produit non certifié ou qui fait la publicité d’un produit conventionnel en le présentant comme étant bio est passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 50.000 DH.

    C’est dans ce contexte que le groupe Sementes Vivas, basé au Portugal et en Espagne, a officialisé une JV avec le marocain Agricold (Agricold Frigo Ouled Hriz). «La jointventure est en cours de développement. L’objectif est de produire des semences biologiques locales, mais aussi destinées à l’export vers les autres pays de la Méditerranée. Sauf que recréer des variétés biologiques prend du temps. En moyenne 10 ans par variété. «Pour gagner du temps, plusieurs intervenants seront associés afin de capitaliser sur le savoir», explique Stefan Doeblin, CEO de Sementes Vivas. Le programme développera des synergies entre plusieurs pays de la Méditerranée, des centres de recherche et des chercheurs travaillant déjà sur le projet. Mais aussi des fermiers certifiés et des universités. Le projet, qui va s’étendre de manière progressive, démarre à partir de juillet prochain. Le marché des semences dans la Méditerranée est estimé à 1 milliard d’euros. «D’ici 2035, 25% de ce marché sera bio», précise Stefan Doeblin.


    Un 1er salon pour donner de la visibilité à la filière

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    Slim Kabbaj est président de l’association CEBio, co-organisatrice du salon. Selon lui, «La priorité devrait être accordée aux opérateurs moyens!» (Ph. C.B.)

    - L’Economiste: Quels enjeux derrière l’organisation d’un salon dédié au bio?

    - Slim Kabbaj: La 1re édition du salon Bio Expo est un pas important dans la sensibilisation du consommateur. Le salon a réuni une quarantaine d’opérateurs à Casablanca. Selon les certificateurs, le secteur compte 400 opérateurs. L’objectif est de leur donner de la visibilité à plus grande échelle.

    - Le coût de la certification n’est-il pas un frein à la densification du tissu des opérateurs du secteur?

    - Le coût de la certification n’est pas un frein. Le ministère de l'Agriculture a décidé de subventionner la certification jusqu’à 80%. Mais cette décision ne changera pas grand-chose. Pour un petit agriculteur, respecter le cahier des charges est compliqué. Nous avons essayé avec des petits agriculteurs convertis au bio. Au bout de 3 ou 4 ans, ils sortent de l’activité. Parce qu’ils n’arrivent pas à suivre le cahier de charges. Plusieurs sont analphabètes. En plus de la complexité, il y a la passion et l’engagement de l’opérateur qui comptent. Pour rappel, le coût de la certification varie entre 4.000 et 5.000 DH l’hectare. La priorité devrait être accordée aux opérateurs moyens ou un peu plus grands, notamment ceux qui ont le savoir-faire, la connaissance, la créativité, qui ont le niveau intellectuel pour lire une règlementation, la respecter et ensuite se battre pour créer des produits et les vendre à l’export et sur le marché local. Après, on peut tirer les petits et les agréger. Mais il ne faut pas se tromper de priorités. Il faut surtout pousser les locomotives. C’est un débat que nous avons avec le ministère de l'Agriculture. Nous ne sommes pas contre la solidarité. Si vous voulez, la motivation, c’est d’abord la passion, l’engagement et la foi dans le bio. Et ça, vous l’imaginez, c’est une sélection à la base.

    - Le vrac reste un problème majeur pour la filière. Quelles alternatives pour le conditionnement?

    - Le consommateur marocain est réticent au plastique, qui pose un problème environnemental. Il préfère le vrac, surtout pour le conditionnement des fruits et légumes. Or, le vrac ne peut pas être bio au Maroc à cause de la réglementation, qui impose qu’il y ait un packaging pour garantir la traçabilité. Par contre, en Europe, le bio peut être vendu en vrac. La réglementation n’ayant pas pris en compte cet élément, un problème se pose, imposant du coup une double contrainte. A ce titre, le CEBio vient de lancer un programme de recherche avec Mascir pour avoir du plastique végétal.

     

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