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    Société

    Le monde en 2019 vu par Pascal Boniface

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5480 Le 25/03/2019 | Partager
    Il était invité de l’APD
    Une analyse fine et complexe du monde
    L’économie, la nouvelle arme des puissances
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    Pour Pascal Boniface, la situation chaotique du monde d’aujourd’hui vient du fait que les grandes puissances ont mal géré la fin de la guerre froide (Ph. Dr)

    «Le monde d’aujourd’hui est chaotique! Chaotique parce qu’il n’y a pas une véritable gestion de la sécurité et de l’économie. Nous avons l’impression que chaque puissance tire la couverture vers elle, et dans cette situation, personne ne dort très bien».

    C’est le diagnostic assez alarmiste du  géopolitologue Pascal Boniface. Le fondateur et directeur de l'Institut de relations internationales (IRIS) était l’invité de l’Association pour le progrès des dirigeants (APD) pour deux conférences destinées aux publics casablancais et rbati les 19 et 20 mars.

    Avec sa verve habituelle, Boniface a fait une lecture de la situation mondiale en 2019: Crise du Moyen-Orient, Brexit, confrontation sino-américaine, provocation nord-coréenne, réveil de l’Afrique… Une analyse fine et complexe d’un monde en constante ébullition et où se confrontent les puissances avec des armes redoutables: celles de l’économie.

    La raison de cette situation confuse et presque anarchique revient au fait, selon Boniface, que les puissances ont manqué la sortie de la guerre froide, «la dernière fois  où il y a eu une véritable recomposition du monde». Une période symbolisée, d’une manière assez anecdotique, par la chute du mur de Berlin, mais qui est bien antérieure à cette date.

    L’un des tournants les plus méconnus de la guerre froide, selon Boniface, reste celui de la guerre  contre l’Irak. A partir du moment où l’Union soviétique, celle de Gorbatchev, avait accepté de signer la convention 678 du Conseil de sécurité, prévoyant l’usage de la force contre Sadam Hussein si ce dernier ne se retirait pas du Koweit.

    Une guerre «légale», contrairement à celles qui vont suivre, souligne Boniface, et un précédent historique, qui voyait le Conseil de sécurité appliquer les modalités prévues par les rédacteurs de la charte sans intervention de veto des grandes puissances. Gorbatchev a abandonné son allié, Sadam Hussein, parce qu’il se projetait (à tord?) dans «un nouvel ordre mondial» voulant que la sécurité mondiale soit assurée par la loi et non par la force.

    Ce même Gorbatchev, ayant malheureusement les poches vides, était venu, quelques mois plus tard, plaider sa cause devant le G7 et demander des crédits pour assurer la pérestroïka.  Un refus catégorique des USA, de la Grande-Bretagne et du Japon a donc précipité la chute de l’URSS et son éclatement en 15 Etats.

    Tragique erreur des Américains, selon le patron de l’IRIS,  qui ont pensé triompher dans un monde unipolaire: «Les Etats-Unis ont préféré être les vainqueurs de la guerre froide que les bâtisseurs d’un ordre mondial nouveau, qu’ils célébraient par ailleurs d’une façon purement théorique», précise le géopolitologue.

    Résultat: de multiples guerres, Kossovo, invasion de l’Irak (2003), intervention franco-britannique en Libye, guerre civile en Syrie… Preuve s’il en est, selon Boniface, que le monde n’est pas devenu bipolaire, comme l’auraient souhaité les Bush, père et fils.

    «Le monde est trop complexe, trop globalisé, les puissances trop fragmentées pour cela», explique-t-il. Même s’il n’existe pas aujourd’hui d’équivalent à la puissance américaine, celle-ci ne peut plus imposer sa volonté. Si c’était le cas, «la Russie quitterait la Crimée, Kim Jong Hun ne jouerait pas au chat et à la souris avec Donald Trump, les Mollahs seraient déjà renversés et les Chinois seraient obligés de remonter le cours de leur monnaie», ironise Pascal Boniface.

    «Make América great again»

    «Trump aujourd’hui pose problème!», constat tout aussi alarmant de Pascal Boniface. Loin d’être un mauvais moment à passer, le «phénomène Trump» risque d’être durable et le président américain pourrait bien être réélu en 2020, car il jouit d’une grande popularité aux Etats-Unis. «Trump ne fait que pousser au maximum les tendances lourdes de la politique américaine, particulièrement d’unilatéralisme qui est profondément inscrit dans leur politique en général», précise-t-il. Trump est loin d’être un sujet de plaisanterie, il est tout de même président du pays le plus puissant du monde, même si ça l’arrange quelque part qu’on se moque de lui», analyse Boniface. Pendant ce temps-là, il poursuit son agenda. Car s’il est admis aujourd’hui que les Etats-Unis ne veulent ou ne peuvent plus être le gendarme du monde, c’est par la force économique qu’ils veulent reconstruire un monde unipolaire. «Make America great again» (rendre à l’Amérique sa puissance), c’est tout le programme de Donald Trump par le biais duquel il veut que l’ensemble des pays obéissent à ses injonctions. Ses armes pour le faire sont l’extraterritorialité de la législation américaine, les sanctions contre les pays récalcitrants et la stimulation du complexe militaro-industriel américain. Ce dernier est, selon Pascal Boniface, le premier bénéficiaire du conflit Nord/Sud Coréen, des atermoiements de l’Otan ou encore le gel des relations entre l’Arabie saoudite et le Qatar.

    A.Bo

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