Société

WIA/Femmes leaders: Ce sont les hommes qui en parlent le mieux!

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5362 Le 02/10/2018 | Partager
Women in Africa a montré ceux qui agissent pour la gouvernance des femmes
Le sommet a réuni 480 femmes et hommes, issus de 70 pays dont 52 africains
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Parmi les hommes invités au WIA pour leurs engagements, le dramaturge, poète et essayiste Nigérien, Prix Nobel de Littérature, Akinwande Oluwole Babatunde Soyinka, qui appelle «à ne rien lâcher face aux opposants à l’éducation des filles»  (Ph.WIA/R. Schapman)

Ils sont venus nous dire comment le manque d’équité les a eux aussi touchés, pénalisés, transformés. Il leur a fallu parfois déconstruire une éducation qui les imposait comme dominants. Des expériences et des parcours qui font d’eux aujourd’hui des hommes mobilisés aux côtés des femmes pour faire bouger les lignes et lever les obstacles persistants à l’égalité de genre.

Une génération engagée à faciliter l’intégration des femmes africaines dans leurs sociétés. «Je viens du sud du Sénégal et là-bas les pères ne sont jamais là. Nos réussites, nous les devons à nos mères». Hassan Ba, co-fondateur de Femmes Africa Solidarité et conseiller spécial Afrique du PDG du Groupe OCP, a appris de son parcours.

Ancien enseignant dans une école de village au Sénégal, où il a permis aux femmes d’apprendre à lire et à écrire, père d’une petite fille, il s’est confié sur le suicide de sa soeur, victime de mariage forcé. «Toutes ces expériences m’ont construit, mais si ces situations ne changent pas, nous ne pouvons pas parler d’humanité».

Pour lui, «ce sont les hommes qu’il faut éduquer». Alors «de quoi ont-ils peur? Du succès des femmes?» demande Lubomir Roglev en charge du département Afrique pour le cabinet parisien DS Avocats.

Le sommet mondial Women in Africa (WIA), qui vient de clôturer sa 2e édition à Marrakech, a fait parler ceux qui mettent en oeuvre des actions concrètes en faveur de la gouvernance des femmes. Car quand elles gouvernent, les affaires augmentent. Pour le prouver, le DG Moyen-Orient et Afrique chez DHL, Amadou Diallo, dresse un bilan incontestable. Le programme mené en France sur l’autonomisation des cadres féminins a vu une augmentation du volume des affaires de 800%.

Ce modèle, reproduit en Afrique, a les mêmes retombées. Au Nigéria, le groupe spécialisé en transport et logistique a enregistré une réduction des coûts de 30%, quand en Afrique subsaharienne, avec plus de femmes au management, les résultats ont été aussi bons que ceux enregistrés dans toute la région Mena.

«Pour nous, avoir des femmes aux commandes, c’est l’assurance d’affaires bien réglées, et au passage, elles s’inscrivent comme modèles pour nos filles et nos sœurs» continue Diallo. Même tendance chez Accor, qui au moment de démarrer ses engagements pour plus d’équité, comptait moins de 10% de femmes dans les services de gestion.

«Après avoir mis en place des formations pour nos employés en nous concentrant sur les femmes, leur nombre aux postes de general manager a augmenté de 200%» explique le vice-président marketing des ventes, Souleymane Khol. «Nous continuons sur cette lancée car le premier impact a été l’amélioration de la qualité du service» continue-t-il. Il y a ceux qui oeuvrent en entreprise et ceux qui réparent. Le danseur Bolewa Sabourin est né d’une mère française et d’un père congolais.

«A l’âge d’un an, j’ai été envoyé au Congo par mon père sans l’avis de ma mère que je n’ai pu revoir que 10 ans plus tard». Une situation compliquée avoue-t-il. La danse a alors été pour lui un outil de résilience. «Quand j’ai rencontré Denis Mukwege, le gynécologue congolais qui soigne les femmes victimes de violences sexuelles, j’ai pensé que cela pouvait marcher aussi pour elles. Danser dans un espace de sécurité leur permet de se réapproprier leur corps» explique-t-il.

Pour financer ses actions, il a développé un modèle reposant sur la danse et la psychologie, vendu en France, pour soutenir les femmes à l’est du Congo. 

Une chose est sûre pour le PDG de Roland Berger, Charles Edouard Bouée, «l’intelligence artificielle va changer la donne autant pour les femmes que pour les hommes». A condition que les infrastructures soient là. Le mathématicien français Cédric Villani se souvient d’un cours en ligne préparé avec un collègue basé à Dakar. «Tout un sport» qui n’a pas atteint autant de monde en Afrique qu’espéré.

«Le manque de réseau haut débit et le manque d’accompagnement local des jeunes font que l’expérience ne peut pas se faire efficacement. La formation des formateurs est un problème qui n’est pas spécifique à l’Afrique» explique Villani. «Mais la résistance au changement est un autre défi» appuie Béchir Allouch, professeur à l’Université virtuelle de Tunisie.

Si le pays a passé l’obstacle du manque d’infrastructures technologiques, il faut encore en faciliter l’accès aux jeunes et se concentrer sur la formation des enseignants, dont le rôle a changé. Mot de la fin au dramaturge, poète et essayiste nigérien, Prix Nobel de Littérature, Akinwande Oluwole Babatunde Soyinka, qui appelle «à ne rien lâcher face aux opposants à l’éducation des filles».

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