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Lehman Brothers: Dix ans après, quelles leçons retenir?

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5350 Le 14/09/2018 | Partager
La faillite de la banque américaine avait déclenché la crise
Pour le FMI, le système est plus sûr, mais pas assez
L’analyse de Natixis
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Où en sommes-nous à l'occasion du dixième anniversaire de l'effondrement de Lehman Brothers? Presque toutes les institutions internationales se sont penchées sur ce sujet en organisant des conférences et en analysant les retombées. Alors, sommes-nous à l’abri d’une nouvelle crise financière?

«En fin de compte, nous avons fait un long parcours, mais nous ne sommes pas allés assez loin. Le système est plus sûr, mais pas assez. La croissance a rebondi mais n'est pas suffisamment partagée», indique Christine Lagarde, la DG du FMI.

Pour elle, le monde demeure confronté à de nouvelles lignes de faille post-crise: «du recul potentiel de la réglementation financière aux retombées de l'inégalité excessive, au protectionnisme et aux politiques nombrilistes, en passant par l'aggravation des déséquilibres mondiaux…».

C’est la façon dont seront surmontés ces obstacles qui déterminera si les leçons ont été tirées de la faillite de Lehman. Sa chute précipitée a entraîné un assaut général contre le système financier, conduisant à une crise systémique. Au total, vingt-quatre pays ont été victimes de crises bancaires et, dans la plupart d'entre eux, l'activité économique n'est pas encore revenue à la normale. Selon une étude, l'Américain moyen perdra 70.000 dollars de son revenu sur la durée de sa vie à cause de la crise. Les pouvoirs publics continuent de s’en ressentir aussi.

Dans les pays avancés, la dette publique a augmenté de plus de 30 points de pourcentage du PIB, à cause de la faiblesse d'une économie qu'il fallait stimuler et du sauvetage des banques en difficulté.

«Si la réaction à ces risques antérieurs à la crise a été inadéquate, je dirais que la réponse immédiate à la crise fut impressionnante», note Lagarde. Les gouvernements des principaux pays du G20 ont coordonné leurs politiques à l'échelle mondiale. Les pays souffrant de problèmes bancaires ont limité le frein exercé par leur secteur financier sur l'économie réelle, grâce notamment à des apports de capitaux, à des garanties de dette et à des achats d'actifs.

Les banques centrales ont réduit les taux directeurs et se sont ensuite aventurées en dehors des sentiers battus en adoptant des politiques monétaires non conventionnelles. Les gouvernements ont soutenu la demande au moyen de vastes programmes de relance budgétaire. Le FMI a joué son rôle aussi, en demandant à ses pays membres d’accroître considérablement ses ressources financières.

«C'est très bien, mais ce n'est pas assez», renchérit la DG du FMI tout en étalant la situation de certaines banques européennes qui restent affaiblies. Les fonds propres devraient probablement augmenter davantage.

Le slogan «trop grande pour faire faillite» reste problématique car la taille et la complexité des banques augmentent. Le redressement de celles en difficulté n'a pas encore assez progressé, particulièrement au niveau international. De nombreuses activités opaques se réfugient dans le secteur bancaire parallèle.

En outre, la poursuite de l'innovation financière, notamment par les transactions à haute fréquence et la technologie financière, rend la stabilité financière plus délicate. D'autre part, et c'est peut-être le facteur le plus inquiétant (selon la patronne du FMI): «Les dirigeants sont confrontés à de fortes pressions de la part du secteur financier pour détricoter les réglementations mises en place après la crise…».

Changements de comportement

Pour l’équipe de Natixis (1), la crise de 2008-2009 semble avoir profondément modifié les comportements: «de formation des salaires, des banques centrales, des investisseurs en actions et en immobilier ou encore d’endettement du secteur privé».
Les pays de l’OCDE aujourd’hui sont donc caractérisés: par l’absence d’inflation d’origine salariale, des politiques monétaires qui assurent la solvabilité des emprunteurs, l’absence de bulle majeure sur les actions et l’immobilier et par le désendettement des ménages et des entreprises. Si ces changements de comportement persistent, le risque de crise dans les pays de l’OCDE est donc réduit.
«Ce qui renforce la probabilité du scénario où la croissance revient au niveau de la croissance potentielle mais ne devient pas inférieure à la croissance potentielle», est-il indiqué.

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(1) Flash Economie du 13 septembre 2018: «La crise de 2008-2009 a modifié beaucoup de comportements: ces changements de comportement peuvent-ils avoir fait disparaître le risque de crise?»

 

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