Analyse

PSA: «Nous devons aller plus loin en matière d’intégration locale»

Par Moulay Ahmed BELGHITI | Edition N°:5328 Le 03/08/2018 | Partager
Les équipes au Maroc challengées pour renforcer le sourcing sur place
Le groupe va continuer d’investir et d’attirer ses partenaires traditionnels
La production en série sera lancée début 2019
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Jean-Christophe Quemard, directeur de la zone Afrique-Moyen-Orient de PSA: «En visite de deux jours au Maroc, début juillet, Carlos Tavares nous a challengés sur le taux d’intégration locale ainsi que sur son niveau de performance» (Ph. PSA)

- L’Economiste: A quelques mois du lancement de la production à Kenitra, quel est l’avancement du projet?   

- Jean-Christophe Quemard: Carlos Tavares (président du Groupe PSA) a fait un tour de piste de deux jours début juillet. Nous lui avons présenté en avant-première la première voiture assemblée à Kenitra. C’est dire que nous sommes parfaitement en ligne avec nos objectifs et notre programme. Il y a en cela la confirmation de l’intérêt de la base industrielle au Maroc. Ceci dit, nous avons été challengés sur deux sujets: Le premier concerne le taux d’intégration locale. Même si notre pourcentage de localisation est conforme à notre objectif de départ (ndlr: 60%), Carlos Tavares veut qu’on aille plus loin. Le second sujet, et peut-être le plus important, est que le niveau de performance de l’intégration locale n’est pas au niveau attendu. Il y a plusieurs raisons pour cela. Parmi celles-ci, nous n’avons pas réussi à localiser en profondeur. Nous sommes en retard sur ce point. Nous sommes parvenus à attirer de grands noms de l’équipement automobile. Sauf que ces équipementiers de premier ordre doivent s’appuyer sur un tissu de fournisseurs de second niveau qui font de la sous-traitance. Aujourd’hui, ce deuxième niveau dans lequel on s’attendait à voir un tissu de fournisseurs marocains est quasi inexistant. Il y a quelques entreprises maroco-marocaines qui sont dans l’automobile, mais elles ne sont pas nombreuses. En réalité, c’est le tissu des entreprises industrielles de taille intermédiaire qui est insuffisant au Maroc. 

- Comment comptez-vous y remédier?
- Nous avons l’intention d’attirer de nouveaux acteurs. Il s’agira certainement de nos partenaires traditionnels avec lesquels nous travaillons régulièrement. Nous allons continuer à faire venir des acteurs qui ne sont pas déjà implantés au Maroc. A ce titre, nous envisageons d’effectuer une mission en Chine pour faire venir des fournisseurs chinois qui sont plus décomplexés pour venir au Maroc que peuvent l’être les acteurs européens.    
Il est donc évident que nous allons continuer à investir dans l’approfondissement de la base fournisseurs. C’est un challenge à la fois pour nous, constructeur, mais aussi pour le Maroc. L’approfondissement de l’industrie est l’un des axes forts pour le pays. Il lui permettra de pérenniser son avantage compétitif.     Une chose est sûre: nous allons continuer à investir au Maroc. Il est un peu prématuré de faire des annonces à l’heure actuelle mais il y aura des choses qui vont sortir prochainement dans cette direction.

- Qu’en est-il du centre R&D?
- Sur ce point également, il y a la confirmation de la pertinence de ce que nous sommes en train de mettre en place et la volonté de renforcer le développement du centre R&D. Il faut savoir que nous sommes en avance sur nos objectifs. Aujourd’hui, nous sommes déjà à 350 personnes installées dans ce centre, et au global, ce sont plus de 1.500 personnes qui travaillent pour la R&D du groupe au Maroc. L’idée est de poursuivre les recrutements et d’augmenter la capacité de recherche et développement au Maroc. Nous envisageons d’atteindre 500 personnes avant la fin de l’année. L’idée est que nous puissions aller au-delà de ça à la fois directement et en sous-traitance avec nos partenaires qui sont déjà nombreux aujourd’hui (ndlr: Altran, Alten, Magna…). L’écosystème de la R&D automobile est en train de se construire. Notre centre R&D au Maroc a deux activités. Une activité principale qui le conduit à travailler pour les besoins de la région. Il est également amené à travailler pour le groupe. Nous travaillons à partir du Maroc sur des sujets qui peuvent concerner une voiture produite dans une de nos usines en France. Il est donc clair que nous allons également continuer à investir dans la R&D au Maroc.

- A aujourd’hui, combien avez-vous investi au Maroc?
- En termes d’engagements, nous nous sommes engagés sur un investissement de 550 millions d’euros. Nous avons aujourd’hui déboursé quelque 110 millions d’euros sur le capacitaire mais nous allons continuer à investir, comme je vous l’ai dit, à la fois dans l’industriel et dans la R&D.  

- Où en êtes-vous du centre d’essai automobile dont vous avez annoncé la création il y a quelques mois?
- Nous sommes aujourd’hui en phase finale de discussion. Je pense que le ministère de l’Industrie ne va pas tarder à annoncer la création de ce centre d’essai qui sera situé à Khouribga. Ce centre d’essai automobile ne sera pas exclusif à PSA, il aura vocation à être partagé avec d’autres constructeurs même si la charge sera apportée principalement par PSA, en tout cas pour les premières années. Nous nous sommes engagés à affecter à ce centre d’essai un certain nombre d’activités qui seront représentées en heures d’essai, en nombre de kilomètres parcourus… Aujourd’hui, le foncier est disponible (ndlr: porté par l’Etat) et l’exploitant a été ciblé de manière assez claire. Nous sommes actuellement dans la phase finale de contractualisation. Il restera à installer les moyens d’essais qui seront à la charge probablement du privé.

Propos recueillis par Moulay Ahmed BELGHITI

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