Tribune

Afrique: Pourquoi il faut créer des Zones d’excellence économique

Par Mounir ROCHDI | Edition N°:5282 Le 29/05/2018 | Partager

Consultant International senior en Market Intelligence et Innovation. Président de ThinkTankers. Docteur en Veille et Intelligence Compétitive

L’Afrique détient 97% des ressources naturelles de cuivre par rapport à celles du monde, 50% des ressources d’or, 60% des ressources de diamant et 33% des ressources d’uranium.

Pourquoi une Afrique aussi riche n’avance-t-elle pas assez vite? Pourquoi la jeunesse africaine souffre de chômage chronique alors que certains pays pourraient être considérés comme riches? Quels sont les leviers de développement nécessaires pour l’Afrique? Et comment lutter contre la fuite des cerveaux ?

L’Afrique a besoin de développer trois axes majeurs: le commerce intra-africain, le transfert des connaissances et le développement des industries de transformation. Plusieurs pays souffrent de pertes post-récoltes et n’exportent leurs produits que dans leur format brut. Les infrastructures disponibles compliquent le commerce interrégional et international.

Les différents efforts d’aide au développement et d’assistance technique sont dispersés par zone économique ou linguistique. Enfin, le contexte géopolitique, social et sécuritaire complique considérablement la tâche. C’est pour cela que l’Afrique a besoin d’une approche globale et unifiée. Cette approche pourrait se traduire par la mise en place de Zones d’excellence économique (ZEE).

Une Zone d’excellence économique permettra à un pays africain ou une région d’être reconnu par ses «pairs» pour son expertise dans des produits ou dans des services. Prenons l’exemple du Maroc et de son secteur automobile. Une ZEE automobile au Maroc signifiera que tous les pays africains considèrent que le Royaume a développé une forte expertise dans ce secteur.

A ce titre, la ZEE permettra au pays de devenir un hub qui concentrera les investissements directs étrangers (IDE) dans l’automobile, d’innover, de recevoir des informations et des analyses réalisées par les autres pays africains dans le domaine et de renforcer sa position dans ce secteur.

En contrepartie, le Maroc aura des responsabilités. Il devra, par exemple, favoriser la formation et le recrutement africain dans le secteur automobile, accompagner et coacher d’autres pays à mettre en place leur ZEE, devenir un centre africain de connaissances pour le secteur automobile, d’inclure dans son portefeuille commercial d’autres pays africains dotés d’un grand potentiel de développement automobile.

Les Zones d’excellence économique participeront à la mise en œuvre des trois axes majeurs de développement. Par exemple, si le Kenya obtient une ZEE sur la mangue, il pourra mieux développer ce secteur par la lutte contre les pertes post-récoltes, la création d’unités de transformation de la mangue en jus de fruit, la mise en place d’unité de stockage adaptée, le développement des infrastructures et le renforcement des capacités.

Il en sera de même pour la gomme arabique au Tchad, le cacao en Côte d’Ivoire, le coton au Burkina Faso, l’huile d’olive en Tunisie, la tanzanite en Tanzanie, le café en Ouganda, les services informatiques en île Maurice ou encore les dattes en Algérie à condition que ces pays obtiennent leur ZEE dans le secteur concerné.

Un pays ou une région peuvent avoir une ou plusieurs Zones d’excellence économique à condition qu’ils répondent à des critères précis. Une ZEE sera définie suivant des indices tels que les capacités de production, le potentiel export, l’impact socioéconomique et social du secteur concerné, le développement humain, les capacités de formation et les compétences disponibles, l’infrastructure, etc. Ces indices sont nécessaires pour qu’une ZEE dans un pays ne puisse pas avoir un impact négatif sur un autre qui n’a pas les capacités suffisantes, mais dont l’économie dépend fortement du secteur concerné.

Les Zones d’excellence économique vont permettre de considérer l’Afrique comme une seule entité et non plus comme des zones virtuellement détachées. Elles permettront aussi de développer l’unité africaine et le développement inclusif.

L’Union africaine devra assurer un rôle de coordonnateur des ZEE et devra mettre en place une task force dédiée à l’intelligence stratégique. Cette équipe sera élargie à travers des référents dans chaque institution sous régionale : UEMOA, COMESA, CEMAC, SADEC, etc.).

Le but étant de développer une intelligence collective africaine pour mieux se positionner, d’identifier les potentiels et d’accompagner chaque pays dans son développement qu’il dispose ou non d’une ZEE. Cette task force jouera aussi un rôle préventif pour lutter contre les tentatives de déstabilisation des Zones d’excellence économique; offensif pour placer ces ZEE dans les marchés internationaux.

 D’une richesse sous-sol vers une richesse «sur-sol»

Avec 1,2 milliard d’individus répartis sur 54 pays et des Africains de plus en plus connectés, la population du continent est la plus jeune au monde avec un âge médian de 19,7 ans alors que la moyenne mondiale est de 30,4 ans. Pour profiter d’un tel potentiel humain, il faut former et développer les capacités. En effet, la compétitivité se base d’abord sur la connaissance et le savoir-faire des individus. Il faut innover pour se positionner. Former et transférer les connaissances nord-sud et sud-sud est un élément décisif pour le développement inclusif. Les agences de coopération internationales doivent jouer un rôle de facilitateur de transfert des connaissances et s’assurer que les experts impliqués dans les projets partagent réellement leur savoir-faire. Lorsque deux forces sont jointes, leur efficacité est double (Isaac Newton).

                                                                

Les ZEE et la Zone de libre-échange continentale

Parfaitement compatibles, les Zones d’excellence économique et la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) en Afrique permettront d’accélérer le développement du commerce interrégional avec la libre circulation des marchandises, d’améliorer le transfert des connaissances avec la libre circulation des hommes d’affaires et de développer les investissements avec un meilleur accès aux financements.

Par ailleurs, la Zone d’excellence économique permettra de développer aussi les PME et TPE qui représentent la majorité du tissu économique africain et qui n’ont pas assez de moyens financiers, humains et techniques pour se positionner sur les marchés.

 

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