Economie

Exportations françaises: Le Made in Maroc continue de séduire

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5276 Le 21/05/2018 | Partager
Proximité géographique, croissance plutôt stable… les atouts du Royaume
Les craintes et les espoirs des firmes françaises
L’analyse d’Euler Hermes
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Les poids lourds au rang des priorités (Etats-Unis, Chine, Allemagne). L’Afrique francophone suscite l’intérêt (Maroc, Côte d’Ivoire)

Croissance du commerce mondial tant en valeur (+8,4%) qu’en volume (+4,4%) en 2018, ralentissement du nombre de nouvelles mesures protectionnistes (489 nouvelles mesures adoptées en 2017), malgré les menaces du président américain Donald Trump… Ce dynamisme renouvelé laisse augurer de belles opportunités à saisir pour les entreprises françaises à l’export.

n Les débouchés: Dans son Baromètre Export 2018, Euler Hermes estime que la demande additionnelle de biens adressée à la France devrait croître de 21,5 milliards d’euros en 2018 et de 18,2 milliards d’euros en 2019 (après 20,3 milliards d’euros en 2017).

Cette année, les débouchés supplémentaires à capter à l’export pour les entreprises françaises proviendront en grande partie de l’Union Européenne (Allemagne, Italie, Espagne et Belgique). La Chine et les Etats-Unis feront également partie des destinations à privilégier pour les entreprises tricolores. Certains secteurs bénéficieront plus directement de cette nouvelle demande, dont les machines et équipements, l’agroalimentaire et la chimie.

■ La route de la soie: Pour les deux premiers cités, un tiers de la demande additionnelle proviendra d’Asie. «Fait important, l’Asie représentera une proportion croissante de la demande additionnelle adressée à la France, de l’ordre de 6 milliards de dollars en 2018. La route de la soie, ça marche dans les deux sens! Par ailleurs, le dynamisme des exportations pourrait favoriser une réduction du déficit commercial français, qui devrait passer de 63 milliards d’euros l’an passé à 52 milliards d’euros en 2018», explique Stéphane Colliac, économiste en charge de la France chez Euler Hermes. «En ce sens, la croissance anémiée de la consommation des ménages attendue en 2018 a du bon car elle freine la hausse des importations, estimée à 3% seulement cette année (4,1% en 2017)», dit-il.

■ Résurgence du risque d’impayé: Ces perspectives prometteuses ne doivent toutefois pas occulter la résurgence du risque d’impayé à l’échelle mondiale. Après -8% en 2016 et -1% en 2017, l’indice propriétaire d’Euler Hermes qui synthétise l’évolution des faillites dans les pays partenaires devrait se stabiliser en 2018 (0%). L’accélération du nombre de défaillances en Asie (+31% en 2017 et +33% en 2018) et notamment en Chine (+70% et +50% respectivement) explique en grande partie ce chiffre.

■ L’effet international: La première conclusion du Baromètre Export 2018 est que les entreprises françaises s’intéressent encore plus à l’international. En effet, 84% des entreprises interrogées affirment vouloir augmenter leur chiffre d’affaires à l’export, contre 79% en 2016. Les intentions fermes progressent sensiblement: 53% des répondants déclarent envisager avec certitude un accroissement de leur chiffre d’affaires à l’export cette année, contre 49% en 2016. Les intentions fermes sont en outre plus élevées dans les secteurs des biens de consommation (68%) et de l’agroalimentaire (62%). Ceux-ci bénéficieront d’une demande extérieure significative, avec le développement des nouvelles destinations en Asie, et un appel d’air créé par les accords commerciaux adoptés ou en cours de négociation (Canada, Japon, Mercosur).

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Le Maroc figure parmi les grands. Le CETA* et l’accord de libre-échange avec le Japon éveillent la curiosité. Les débouchés croissants avec la Chine aussi, et même l’Allemagne

*Le traité de libre échange entre l’UE et le Canada

■ Le Maroc figure en bonne place: «Les Etats-Unis et la Chine sont les deux premières destinations vers lesquelles les entreprises françaises souhaitent accroître leurs exportations. Ces deux pays offrent des perspectives de croissance solides cette année et une demande potentielle conséquente. Vient ensuite le Maroc, qui a l’avantage de la proximité géographique et d’une croissance plutôt stable. Enfin, l’Allemagne et l’Espagne clôturent le top 5, signe que les exportateurs français souhaitent continuer à renforcer leurs points forts», ajoute Stéphane Colliac.

■ Les réformes ont donné leurs fruits: Si les entreprises françaises souhaitent exporter plus, elles veulent surtout consolider leur position sur les marchés qu’elles connaissent. En effet, seuls 39% des répondants affirment vouloir conquérir des nouveaux marchés en 2018, contre 50% en 2016. Les entreprises françaises misent sur la continuité et la stabilité. Chez les plus prudents, le secteur de l’industrie des biens d’équipements est numéro 1, avec seulement 34% des entreprises prêtes à se lancer à l’assaut d’un nouveau pays cette année. «Le Baromètre réserve une surprise de taille: 72% des entreprises interrogées privilégient l’export à l’implantation locale. Elles étaient 64% en 2016 et surtout c’est la première fois que le Site France est autant mis en avant dans la stratégie d’internationalisation des entreprises», pointe Ludovic Subran, Chef économiste d’Euler Hermes. «Les réformes mises en œuvre et annoncées sur la compétitivité et l’emploi semblent aller dans le bon sens, et redonnent envie de produire en France pour exporter. Quelle surprise dans un climat de protectionnisme décomplexé!», ajoute-t-il.

■ Comment financer les exportations: Les entreprises françaises sont prêtes à puiser dans leur cash. La trésorerie est citée comme principal mode de financement de l’internationalisation (48%). Pour comparaison, elle était citée par 38% des répondants en 2016, signe que la confiance des exportateurs français est optimale. Cette progression se fait au détriment de l’endettement bancaire (cité par 28% des répondants en 2018 contre 29% en 2016), mais surtout des dispositifs d’aides publiques (17% en 2018 contre 22% en 2016). L’administration française met des moyens en œuvre pour soutenir les entreprises qui souhaitent se développer à l’export, mais ces dernières préfèrent jouer la carte de l’indépendance.

Les risques

Le risque d’impayé est cité comme principale menace à l’export par 58% des entreprises interrogées. Leurs craintes se concentrent également autour du risque de change (52%), des risques liés aux transports (42%) et du risque politique (41%). Parmi les freins au développement international d’une entreprise, sont particulièrement cités les coûts liés au transport (49%), le manque d’information sur les entreprises (47%) et le manque de collaborateurs dédiés au sujet (44%), des éléments concordant avec la volonté des entreprises françaises d’exporter plus loin, notamment en Asie. «Les entreprises françaises sont de plus en plus volontaires à l’export et elles veulent se développer par leurs propres moyens. Mais elles doivent garder en mémoire que l’aventure internationale est mouvementée, et qu’elle ne se joue pas en solo. A l’heure où le risque d’impayé s’accroît dans le monde, protéger sa trésorerie est un impératif pour réussir son développement à l’export sereinement», conclut Hubert Leman, Directeur des engagements d’Euler Hermes France.

                                                                  

Méthodologie

Grâce à l’appui de ses 23 délégations régionales, réparties sur l’ensemble du territoire français, Euler Hermes, spécialiste mondial de l’assurance-crédit, a interrogé plus de 800 exportateurs français sur leurs intentions de développement et leur fonctionnement à l’international. En résulte la sixième édition de ce Baromètre qui, au regard du contexte macroéconomique international, apporte une analyse des velléités, stratégies et craintes des entreprises françaises face à l’export.

 

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