Economie

L’industrie crée-t-elle des emplois? Elalamy-HCP: Deux façons de compter

Par Nadia DREF | Edition N°:5237 Le 26/03/2018 | Partager
46.036 emplois nets créés en 2017, selon lui
Elalamy compte les emplois formels, le HCP compte tout
Conférence de presse du HCP prévue cette semaine
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Le ministre a qualifié ce bilan «d’objectif» qu’il faut améliorer. Dans les créations d’emplois, l’automobile arrive en tête, suivie de l’offshoring, l’agroalimentaire et le textile

Entrant dans la polémique sur l’emploi dans l’industrie, Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique, a présenté des statistiques, «certifiées» cette fois-ci, et basées sur les chiffres de la CNSS et de la Direction générale des Impôts (DGI). «Je défie quiconque de contredire ces chiffres.

C’est normal de faire des sondages, mais ces derniers sont approximatifs». En fait Elalamy compte les emplois formels et le HCP compte tout. C’est en ces termes que My Hafid Elalamy a défendu les indicateurs sur les créations d’emplois industriels.

Le ministre Rniste remet en cause les informations publiées par le HCP indiquant que le secteur de l’industrie, y compris l’artisanat, a créé 7.000 emplois (2.000 en milieu urbain et 5.000 en milieu rural), contre une création annuelle moyenne de 10.000 postes au cours des années 2015 et 2016. D’après le Haut Commissariat, ces nouveaux postes ont été créés principalement par la branche des industries alimentaires et de boissons (5.000 postes). Visé, le HCP tiendra cette semaine une autre conférence de presse pour défendre ses chiffres.

Selon les nouveaux chiffres dévoilés par la tutelle, ce secteur a créé 288.126 emplois entre 2014 et 2017. Il se positionne en pourvoyeur majeur d’emplois. En 2017, 89.884 nouveaux postes ont été répertoriés contre 76.227 en 2016 et 52.376 postes en 2015. Après déduction des emplois perdus, la création nette d’emplois industriels a augmenté, passant de 3.738 postes en 2015 à 32.962 en 2016 avant d’atteindre 46.036 en 2017. Ces chiffres sont calculés sur la base de la liste exhaustive des entreprises industrielles formelles, déclinée par secteur, par écosystème, par ville et par région, dont les données ont été recueillies auprès de la CNSS, tient à préciser la tutelle.

Indétrônable depuis 2016, l’automobile arrive en tête cumulant 29% des créations d’emplois. Grâce à l’implantation des équipementiers et des constructeurs autour des écosystèmes automobiles, l’année 2017 a connu la création de 39.554 nouveaux postes contre 23.597 un an auparavant. Le plus avancé des secteurs industriels est suivi par l’offshoring dont la part totale s’élève à 18% grâce au recrutement de 15.653 profils, soit plus de 1.105 emplois par rapport aux postes créés en 2016. L’agroalimentaire se place en troisième rang avec 16% de part. Ce secteur a vu le nombre des recrutements fléchir passant de 12.968 en 2015 à 9.689 en 2016 et à 9.047 en 2017.

En revanche, le textile reprend du poil de la bête après la relance du secteur grâce au PAI. En 2017, 9.407 nouveaux postes contre 7.906 en 2016 et 7.838 emplois en 2015. Les industries métalliques et métallurgiques (IMME), en crise, enregistrent encore des déperditions d’emplois. Les postes créés en 2017 s’élèvent uniquement à 2.681 contre 7.747 un an auparavant. Ce secteur représente, à peine, 6% des créations d’emplois, suivi des industries de la construction (4%). L’aéronautique accapare seulement 3% des créations d’emplois en 2017. Toutefois, la progression des effectifs augure d’une dynamique de développement qui est enclenchée.

L’an dernier, les postes créés s’élèvent à 3.266 contre 2.828 en 2016 et 2.409 en 2015. «Ces résultats attestent de la pertinence du partenariat public-privé, ainsi que de l’efficacité des écosystèmes, véritables leviers de création d’emplois et de l’émergence industrielle», précise le ministre.
Ce dynamisme s’est reflété, également, sur la valeur ajoutée du secteur qui s’est appréciée de 17% entre 2014 et 2016. Elle est passée de 99 en 2014 à 104 en 2015 avant de s’établir à 116 en 2016 (+12%).

Par ailleurs, les exportations industrielles se sont établies en 2017 à plus de 149,4 milliards de DH, enregistrant une progression annuelle moyenne de 10,3% par an, depuis 2014. Selon la tutelle, ces performances sont imputables à la transformation progressive du tissu industriel qui s’est fortement densifié et qui s’est aussi enrichi de nouveaux métiers, particulièrement dynamiques à l’export. Autre fait marquant: la montée en puissance du sourcing dans l’automobile. C’est le fait de l’accroissement de l’approvisionnement de constructeurs mondiaux en composants «Made in Morocco». Rappelons que l’écosystème Renault a drainé 1 milliard d’euros de sourcing en 2017 (cf. L’Economiste du 12 mars 2018).

En matière de prévisions, la tutelle table sur le maintien du même niveau de création d’emplois, soit 89.884 annuellement, d’ici 2020. A ce rythme, l’objectif de création de 500.000 emplois d’ici 2020, fixé dans le cadre du Plan d’accélération industrielle (PAI) serait largement dépassé. Le ministre prévoit la création de 557.778 postes à fin 2020.

«Le PAI répond à ses promesses et apporte une contribution tangible à la problématique de l’emploi. Nous avons réalisé près de 58% de l’objectif fixé à l’horizon 2020 et, en maintenant cette cadence durant les prochaines années, nous allons le dépasser», a-t-il ajouté. La tutelle, dans ses projections, s’appuie sur les besoins des entreprises industrielles en ressources humaines par profil, par région et par année.

La qualité des RH bien cotée

Les entreprises industrielles implantées au Maroc ne cessent de louer la qualité et la qualification des ressources humaines locales. A titre d’exemple, PSA: une grande partie des voitures qui sortiront de l’usine de Kénitra sera designée au Maroc, suite à l’implantation à Casablanca d’un centre de R&D du groupe français. Le constructeur automobile, qui devrait recruter 1.500 ingénieurs d’ici 2019, en a déjà embauché 1.300. «La qualité de nos ressources humaines est extrêmement appréciée. Il faut juste leur donner les formations complémentaires», souligne Elalamy. Même son de cloche auprès du top management du géant américain Hexcel qui vient d’inaugurer sa première plateforme industrielle à la zone franche de Midparc. Siemens Gamesa, pour le démarrage de son usine de pales éoliennes à Tanger, s’appuie sur des ouvriers qualifiés, des ingénieurs hautement qualifiés ainsi que sur un personnel spécialisé dans la logistique et la planification. 200 ingénieurs recrutés ont reçu une formation dans une usine du groupe au Danemark pour compléter leur apprentissage avec plus de 300.000 heures d’entraînement. L’enjeu est de taille: les pales «Made in Morocco» seront parmi les plus grandes pièces composites monoblocs au monde. D’ailleurs, le groupe planche déjà sur une future extension d’usine à Tanger. 

 

 

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