Analyse

Pénurie d’eau: Zagora réclame son droit à boire

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5219 Le 28/02/2018 | Partager
La baisse de la nappe phréatique entraîne une pénurie d’eau dans la province et ses environs
Contestations, pétitions, implication de la société civile... les solutions peinent à se concrétiser
L’agriculture rivalise avec la consommation domestique
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L’attente. C’est le mot qui décrit la situation actuelle à Zagora. Pour le périmètre rural, et comme l’eau des puits n’est pas potable non plus, toujours à cause de la salinité, les habitants consomment l’eau des citernes ambulantes qu’ils achètent à 1 DH la bouteille de 5 litres. Ici, et malgré la présence d’un robinet qui achemine l’eau du puits, les villageois du douar Aït Khaddou, à une vingtaine de km de la ville de Zagora, attendent l’arrivée de la citerne (Ph. S.B.)

Zagora, la troisième plus grande ville de la Région Drâa-Tafilalet en nombre d’habitants, est en train de vivre un épisode difficile de son histoire. Une pénurie d’eau sévère dure depuis plusieurs années et privent les habitants de leur droit le plus fondamental: l’eau pour boire. La raréfaction de l’eau potable et de l’eau de manière générale, aussi bien en ville que dans le milieu rural, devient insupportable et la population n’en peut plus.

La nappe phréatique qui alimente cette région oasienne est en train de se réduire comme peau de chagrin à cause des sècheresses successives et de la surconsommation due à l’agriculture, en particulier la culture de la pastèque. Les conséquences environnementales et sociales sont sans appel: soif, hygiène publique, et le sentiment d’être laissés pour compte qui ronge beaucoup d’habitants de cette ville.

Cette situation est la résultante de plusieurs paramètres naturels et structurels qui caractérisent la province de Zagora. Première contrainte: les ressources limitées en eau. En effet, les nappes phréatiques se trouvant dans cette zone sont connues pour un taux de salinité très élevé qui rend l’eau impropre à la consommation. Seule la nappe de Faija au taux de salinité de 1g/l est potable, alors que les 6 autres nappes dépassent pour la plupart 4 g/l.

«L’eau qui alimente la ville de Zagora est en partie issue de la nappe phréatique de Faija, l’autre partie provenant de la nappe de Ennebch, dont la salinité est de 4g/litre, ce qui reste relativement élevée. Les habitants utilisent cette eau surtout pour les besoins ménagers quotidiens», explique Lahcen Ouaara, président du Conseil communal de Zagora.

Il en résulte une grande pression sur les deux seules nappes qui fournissent actuellement la ville en eau. La deuxième contrainte est qu’en période de sécheresse, il n’y a pas suffisamment d’eau pour répondre à toute la demande. Dans le périmètre urbain raccordé au réseau de l’Office national de l’eau et de l’électricité, géré par son département eau (ONEP), l’Office coupe l’eau dans le réseau pour en rationaliser la consommation.

Ainsi, en été principalement, l’Office ferme les vannes tout au long de la journée et de la nuit, et ne lâche l’eau que durant une heure afin d’alimenter les habitations raccordées au réseau.

Les clients doivent composer avec ce rythme et sont obligés de disposer de réservoirs pour emmagasiner l’eau, surtout au niveau des établissements stratégiques comme l’hôpital ou les hôtels. La deuxième mesure de l’ONEP consiste à maintenir le débit de l’eau en alimentant la nappe phréatiques source, en collaboration avec l’Agence du bassin hydraulique à travers les lâchers d’eau à partir du barrage de Mansour Eddahbi. Si les ressources hydriques ne répondent plus à la demande, c’est que la population n’est pas la seule consommatrice de l’eau.

En effet, l’agriculture lui fait de la concurrence et en particulier dans la zone de Faija. La société civile ne cesse de tirer la sonnette d’alarme sur la rivalité de l’agriculture sur les ressources d’eau disponibles actuellement, et sa contribution à cette situation de pénurie. Principal accusé: la pastèque (L’Economiste N°4661: Crise de l’eau: Zagora, victime du succès de ses pastèques).

Non qu’elle soit nocive pour la nature où qu’elle consomme plus d’eau comparée aux autres cultures locales, mais parce que sa culture a depuis quelques années échappé au contrôle. Les surfaces cultivées se multiplient à une vitesse vertigineuse ainsi que les puits illicites, alors même que la sécheresse continue dans cette région.

La zone de Faija, où le déficit en eau enregistré est de 5,23 millions de m3, est particulièrement concernée. Aux dires de la société civile, l’agriculture dans la province de Zagora est tout sauf durable! Pour l’Association des Amis de l’environnement Zagora, AAEZ: «Il faut mettre en place une réglementation plus stricte des cultures consommatrices d’eau et encourager des projets de cultures alternatives plus adaptées à la situation climatique actuelle, à l’image des légumineuses et des plantes aromatiques et médicinales comme le cumin et  le safran».

En plus de la disponibilité, la qualité de l’eau est sujette également aux critiques. L’emploi excessif des pesticides dans le milieu oasien durant la dernière décennie est décrié par la société civile qui demande à le réglementer davantage.

Afin de remédier à cette problématique récurrente, plusieurs mesures sont prises pour atténuer la pénurie. Sur le long terme, c’est la réalisation du complexe hydrique du Moyen Drâa composé de trois barrages qui est considéré comme la solution ultime à la demande en eau à Zagora. En attendant, les solutions proposées sur le court et moyen terme n’ont pas l’air d’avoir beaucoup d’effet.

Un déficit hydrique accentué par l’agriculture

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Une évolution très importante du besoin en eau est enregistrée dans le bassin du Moyen Drâa, où se situe Zagora. Le besoin de l’eau pour l’irrigation a presque triplé. La nappe phréatique de Faija étant la moins salée dans cette zone, est la principale ressource en eau qui alimente le pôle urbain de Zagora, mais aussi l’agriculture dans cette région. Selon une étude effectuée en 2014 par l’Agence du bassin hydraulique du Moyen Drâa, la nappe enregistre un déficit de 5 millions de mètres cubes en eau par an. L’eau consommée équivaut à 15,57 m3/s alors que l’eau qui alimente la nappe ne dépasse pas 10,34 m3/s. Le volume d’eau utilisée dans l’agriculture est le plus important et représente 11,93 m3/s comparé à celui de l’eau potable qui est de seulement 0,8 m3/s. Ce déséquilibre est le résultat de la surexploitation des eaux superficielles, particulièrement suite à la culture intensive de la pastèque dans cette région.

Une pénurie systématique

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Maroc est classé dans la catégorie des pays ayant une pénurie d’eau dite «physique». Celle-ci a lieu lorsqu’il n’y a pas assez d’eau pour faire face à toutes les demandes.
Les régions arides sont plus souvent associées à la pénurie physique d’eau, mais la pénurie d’eau existe aussi là où l’eau est apparemment abondante, lorsque les ressources en eau sont surexploitées par divers usagers à cause du surdéveloppement des infrastructures hydrauliques, souvent pour l’irrigation. Dans de pareilles situations, il n’existe tout simplement pas assez d’eau pour satisfaire à la fois les demandes humaines et les besoins environnementaux des écoulements des rivières.
En d’autres termes, le développement des ressources en eau approche ou a excédé les limites de durabilité. Plus de 75% des écoulements des rivières sont prélevés à des fins agricoles, industrielles et domestiques (comprend les réutilisations des rejets).
Les symptômes de la pénurie physique d’eau sont une extrême dégradation de l’environnement, l’épuisement de la nappe souterraine et les distributions d’eau qui favorisent certains groupes au détriment d’autres.

 

 

 

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