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    Economie

    Cour des comptes: Le bakchich des rendez-vous dans les hôpitaux publics

    Par Amine SAHRANE | Edition N°:5013 Le 28/04/2017 | Partager
    Des délais de rendez-vous monnayés avec des attentes de 4 à 10 mois
    Réanimation, chirurgie, et pédiatrie absents dans plusieurs centres
    De grandes insuffisances chez le personnel paramédical
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    Au CHP de Fès, le rapport parle d’un infirmier pour 20 à 60 malades le soir (Ph. Jarfi)

    La Cour des comptes  passe au peigne fin les prestations des hôpitaux publics.  Pour rappel, la santé et la justice sont les systèmes les plus touchés par le phénomène de la corruption, selon Transparency. Les magistrats relèvent plusieurs insuffisances dans la gestion des hôpitaux provinciaux et régionaux. A leur tête, l’absence de spécialités médicales pourtant définies par le décret relatif à l’organisation hospitalière (1).

    En témoignent le CHP de Hay Hassani qui ne dispense pas de prestations en matière de santé mentale, celui de Khemisset qui ne propose aucun service de chirurgie ou de pédiatrie. Ou encore le CHP de Ben Msik, dont le service de réanimation n’est pas opérationnel, bien qu’il ne manque pas d’équipements.

    Les magistrats ont cette fois-ci poussé plus loin l’analyse en décortiquant même les procédures de prise de rendez-vous. Le diagnostic est sans appel: «des opérations de modification des listes de rendez-vous par retrait des noms de certains patients et leurs remplacements par d’autres»! Ce constat s’est dégagé lors de l’examen du logiciel de gestion des rendez-vous (Mawiidi) de l’hôpital Ibn Al Khatib de Fès.

    Très étonnant, les délais des rendez-vous peuvent aller de 4 à 7 mois à l’hôpital Ibn Al Khatib, pour des spécialités et des pathologies lourdes telles que la chirurgie générale, l’endocrinologie ou encore la dermatologie. Pire encore, à l’hôpital Ibn Al Baïtar (Fès-Boulemane), la Cour des comptes a enregistré «l’absence» de base de données des rendez-vous tout au long de la période 2010-2014. «Cette base n’a été constituée qu’en juin 2015», précise le rapport.

    Là encore, les rendez-vous peuvent aller jusqu’à 6 mois pour des consultations ou actes en rhumatologie et 4 mois pour la neurologie à l’hôpital Ibn Al Baïtar. Le rapport signale qu’il faut en moyenne 5 mois pour pouvoir effectuer une simple échographie au CHP de Ben Msik.

    Dans les hôpitaux locaux de Tiflet et de Roumani, la gestion des rendez-vous est curieusement confiée «aux agents de sécurité en lieu et place du service d’accueil et d’admission», dénonce la Cour des comptes. Les magistrats relèvent aussi que «les listes des rendez-vous des consultations externes ne sont pas respectées au niveau de l’hôpital de Roumani».

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    La Cour des Comptes constate des opérations de modification des listes de rendez-vous par retrait des noms de certains patients et leurs remplacements par d’autres (Ph. Bziouat)

    En revanche,  le CHP de Hay Hassani organise quant à lui ses rendez-vous directement par le biais de ses services médicaux, pour l’imagerie et les consultations externes. Le rapport souligne que cette pratique est contraire à l’article 35 du régime interne des hôpitaux (2). Les rendez-vous au niveau de cet hôpital peuvent s’étaler jusqu’à… 10 mois pour les consultations d’ophtalmologie!

    Parmi les explications avancées, les magistrats retiennent que certaines spécialités ne programment qu’une plage horaire par semaine pour la consultation. C’est le cas notamment de la dermatologie, la gastro-entérologie, ou encore la cardiologie.
    Les insuffisances de la santé publique ne se limitent pas uniquement aux modalités de prise de rendez-vous et aux délais d’attente qui se rallongent de plus en plus. La gestion des ressources humaines interpelle plus d’un. En effet, les juges signalent de grands déficits auprès du personnel paramédical. La comparaison est faite par rapport à la norme du ministère de la Santé.

    La logique veut qu’un infirmier diplômé d’Etat, doublé d’un assistant, doivent être présents pour chaque dizaine de patients hospitalisés. Or, la Cour des comptes relève que ce taux varie  entre 10 et 20 patients par jour et par infirmier au CHP de Fès. Pis encore, les paramédicaux se font rares la nuit. Le rapport parle d’un infirmier pour 20 à 60 malades le soir. Cette non-conformité au cahier des charges de la tutelle est attribuée aux départs à la retraite et au changement de statut des infirmiers qui deviennent administrateurs.  

    Bien évidemment, la productivité et la qualité des services médicaux pâtissent de ces  insuffisances en termes de personnel. Les 3 blocs opératoires de l’hôpital de Khemisset sont sous-exploités. C’est aussi le cas du bloc de l’hôpital de Ben Msik ainsi que ses services de pédiatrie et de médecine. Les services d’accueil de l’hôpital de Khmisset et de l’hôpital local de Roumani fonctionnent bizarrement sans médecin responsable. Ce qui est contraire à l’esprit «des dispositions du régime interne des hôpitaux», indique le rapport.   

    Ce n’est pas tout! De nombreux dysfonctionnements ont également été constatés dans la facturation et le recouvrement des recettes. Dans le cas du CHP de Hay Hassani, la différence entre les déclarations à la régie et les recettes est estimée à «près de 18,5 millions de DH», pour la période comprise entre 2008 et  2014. Le CHP de Ben Msik n’a commencé à facturer qu’au mois d’avril 2011, alors qu’il a démarré ses activités en 2009. «Le manque à gagner pour cet hôpital, uniquement sur cette période, a atteint 2,4 millions de DH», relève la Cour des comptes.

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    (1) Décret n°2.06.656 du 13 avril 2007 relatif à l’organisation hospitalière.
    (2) Le service d’accueil et d’admission est chargé des activités suivantes : 1- Gérer l’accueil et l’orientation des patients ; 2- Organiser les admissions et les sorties des malades ainsi que la gestion des rendez vous…

     

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