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Chronique

Quelle Afrique dans l'ère Trump?

Par Robert LANQUAR | Edition N°:4997 Le 06/04/2017 | Partager

Robert Lanquar, après une expérience de journaliste, a été chargé du marketing et des recherches sur les entreprises touristiques à l’Organisation mondiale du tourisme. Il a été aussi expert auprès de la Banque mondiale et a participé à l’élaboration de nombreux plans de développement touristiques dont ceux du Sénégal et des Seychelles. Depuis 2000, il assure la coordination du Forum euroméditerranéen de FITUR – Madrid. Il est aussi professeur invité à l’Université de Cracovie (Ph. Privée)

L’Afrique a peut-être sauvé le G20 de Baden-Baden (17-18 mars), du cinglant échec du multilatéralisme commercial et environnemental, quand la nouvelle administration américaine s’est mise sous la bannière du protectionnisme refusant également de faire référence à l’accord de Paris et à la proclamation de Marrakech sur le climat.

A Baden-Baden, ville d’eaux de Forêt Noire, non loin de la frontière française, près de Strasbourg, les ministres des finances et les banquiers centraux du G20 ont reçu, sous la présidence allemande, cinq pays africains: le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Rwanda pour organiser le lancement de «Compact with Africa». Ce projet devrait soutenir l’investissement en réduisant les barrières à l’investissement institutionnel privé. Cette priorité pour la présidence allemande du G20 a été acceptée par le président Trump qui y voit du business pour les entreprises américaines. Très en retard, l’Afrique subsaharienne nécessiterait, selon la Banque mondiale, près de 50 milliards de dollars, outre ce qui est déjà couvert, pour financer ses besoins réels en infrastructures et équipements. Pas question pour l’administration américaine que l’aide publique y mette un sou.

Ce seront les investissements directs étrangers institutionnels qui le réaliseront, fonds de pension et compagnies d’assurance. Cependant, le ministre allemand Wolfgang Schäuble veut faire de Compact with Africa un projet pilote contre le protectionnisme, car réduisant les multiples risques que les investisseurs rencontrent en Afrique. De nombreuses ONG, surtout allemandes, ont néanmoins recommandé que ce ne soit pas prêcher dans le désert, mais que Compact with Africa soit directement lié à des initiatives concrètes. De conception surtout européenne, Compact with Africa devrait booster la croissance et l’emploi et favoriser les opportunités économiques qui réduiront les volontés de nombreux africains d’émigrer.  

Tout comme le souhaitent Jean-Louis Guigou de l’Ipemed et l’ancien ministre espagnol des affaires étrangères Miguel-Angel Moratinos dans l’euobserver.com(1), pour assurer la co-production et le co-développement de l’Afrique, et non pour augmenter les parts de marché de l’Europe: «les parts de marché seront des conséquences plutôt que des objectifs», soulignent-ils. Serait-ce le départ d’un New Deal pour le sud et l’est de la Méditerranée et l’Afrique? Les deux auteurs demandent finalement que la société civile africaine se prenne en main et renforce ses pouvoirs, son émancipation et autonomisation économique: «l’Europe ne peut plus imposer sa vision, cette vision doit être partagée». Elle doit favoriser des investissements durables et la coproduction, c’est-à-dire où les Africains seraient des fournisseurs partenaires. Des projets de co-construction commencent à émerger, basés sur des partenariats et des réseaux, assurant des transferts de technologie et partageant les moyens pour créer une valeur ajoutée commune.

Mais quelle Afrique serait celle avec qui le président Trump voudrait voir les Etats-Unis travailler? L’Afrique reste un continent convoité par ceux-ci, malgré les difficultés qu’elle connaît depuis 2014 avec la chute des cours des matières premières et les instabilités liées aux insatisfactions populaires. Les premiers appels téléphoniques du président Trump avec l’Afrique, après son élection, furent avec les présidents Muhamma du Buhari du Nigeria et  Jacob Zuma de la République sud-africaine, les deux principales économies du continent, celles avec qui les Etats-Unis de Trump veulent coopérer en priorité. Elles n’étaient pas invitées au G20 de Baden-Baden. Certains observateurs comme la CNN pensent que le président Trump, tout en défendant le protectionnisme, pourrait inverser  la politique minimaliste suivie en Afrique durant les mandats de Barack Obama, malgré les belles déclarations de ce dernier et des projets comme Africa Power, initiative présidentielle de 7 milliards de dollars lancée en 2013, visant à doubler le réseau électrique africain à l’horizon 2030.

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Pourquoi? La chaîne de télévision CNN nous donne la réponse: la Chine, celle qui s’est servie de l’Afrique comme rampe de lancement économique depuis le début des années 1990: «l’Afrique a alimenté et continuera d’alimenter les industries en plein essor du Dragon rouge pour plusieurs décennies à venir». D’autant que la Chine aura de plus en plus besoin de l’Afrique pour se nourrir. Sa population consomme de plus en plus des produits agricoles carnés, avicoles et laitiers qu’elle ne peut produire; l’Afrique si! Ces 25 dernières années, la Chine a mis hors d’Afrique de très nombreuses entreprises européennes et nord-américaines. Elle a construit à un rythme surprenant, infrastructures et équipements, bien qu’on les considère de mauvaise qualité, érigés à la va-vite. La Chine s’installe à Djibouti avec des chemins de fer vers l’Ethiopie, des ports minéraliers et un centre de ravitaillement et de maintenance technique pour ses navires, qui est considérée aujourd’hui la première base militaire chinoise à l'étranger. Dans la baie de Tanger, Aïn Dalia pourrait devenir la «future Shanghai marocaine», une cité industrielle de 300.000 postes de travail. La Chine est maintenant propriétaire d’immenses terres agricoles de l’Atlantique à l’océan Indien. Elle joue un rôle énorme dans la production extractive et les industries de l’Afrique. Elle s’intéresse même au tourisme.

L’Afrique saura-t-elle bénéficier du nouveau contexte géopolitique avec la présidence Trump? Ne devrait-elle pas aussi se tourner vers l’Amérique latine qui n’a pas les faveurs de l’administration Trump? Avant leur dérive, il y a plus de 200 millions d’années, l’Afrique et l’Amérique latine ne formaient qu’un seul continent. La coopération internationale, le co-développement et la multiplication des accords commerciaux pourraient les réunir autrement. Déjà le Mexique souhaite faire du Maroc sa porte d’entrée vers l’Afrique. Quant à l’OCDE, dont le Secrétaire général, Anger Gurria, est d’origine mexicaine, elle estime que le temps est arrivé pour que l’Afrique fasse un meilleur usage de ses ressources naturelles et parvienne à une croissance plus inclusive.

Quelques mesures politiques du Compact with Africa

Assurer la stabilité macroéconomique et politique. Qualité de la réglementation et environnement institutionnel global positif pour attirer non seulement les investissements directs étrangers institutionnels, mais encore stimuler les entreprises nationales.
■ Faire bénéficier les économies africaines d’une spécialisation sur des chaînes de valeur spécifiques. Les gouvernements pourraient favoriser des entreprises étrangères capables de créer des liens avec des fournisseurs nationaux grâce à des incitations fiscales et des exigences de contenu local.
Favoriser les économies d’échelle et d’agglomération dans les villes et les clusters. Les groupements et réseaux entre les entreprises ont une importance particulière pour le décollage industriel.
Mettre l’accent sur l’intégration économique régionale africaine; ce qui rendra les marchés africains plus attrayants pour les investisseurs, car plus importants.

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(1) Contribution to a vision of Europe in the world, 17 mars 2017

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