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    Chronique

    Paris et Moscou au bord de la crise de nerfs

    Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4875 Le 13/10/2016 | Partager

    Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

    La diplomatie française s'est encore faite distinguée dans la crise syrienne. Sa tentative de faire adopter une résolution aux Nations unies imposant une trêve dans la ville martyre d'Alep l'a encore fait briller de mille feux.
    Il est vrai que la tentative a été «couronnée» d'échec à cause du veto russe, mais cela donne encore plus de tonus au sillon que la France essaie d'apporter à cet insoluble conflit. Il est tout aussi vrai que la France avait, dès le début des hostilités entre le régime syrien et son opposition, adopté une posture particulière. Elle était la plus enthousiaste pour traiter militairement cette crise, prête à engager ses forces dans la bataille, n'était-ce la reculade de dernière minute de Barack Obama.
    Aujourd'hui, devant la permanence de ce conflit et l'introuvable solution politique qu'a  révélée la chute de la récente trêve, la diplomatie française a pris une grande initiative  politique et diplomatique. Paris est parti de ce constat que la thérapie proposée par l'entente entre Américains et Russes est parvenue à une impasse et que le temps est venu de mettre des mots sur des attitudes et des responsabilités sur des décisions.
    Dans le viseur de Paris, l'attitude de Moscou et son indéfectible soutien au régime de Bachar Al Assad. Avant de lancer le projet de résolution, Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères, avait effectué sa tournée de persuasion. Sans succès, puisque quelques heures plus tôt, François Hollande décochait une des critiques les plus violentes contre les Russes, affirmant qu'un pays qui utiliserait son veto subirait l'effet d'un grand discrédit. Les mots du président français étaient bien pesés: «Un pays qui mettrait le veto à cette résolution serait discrédité aux yeux du monde. Il serait responsable de la poursuite des exactions".
     Le Conseil de sécurité a donc voté. Les Russes ont spectaculairement bloqué l'initiative de la France qui voulait épargner à une ville comme Alep le destin de Guernica, Srebrenica ou Grozny pour reprendre les comparaisons historiques en cours. Le réalisme russe a donc triomphé de l'activisme francais. Les uns ont peut-être perdu le peu de crédit qui restait à leur ingérence dans la crise syrienne. Les autres ont  sans doute gagné en reconnaissance et en aura internationale. Mais la ville d'Alep en particulier et les civils syriens en général doivent continuer à supporter l'impuissance et les intérêts contradictoires des grands de ce monde. L'épreuve dans laquelle la grande dispute du pouvoir à Damas les a plongés risque de connaître des

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    La ville d’Alep est devenue un des symboles de la guerre qui déchire la Syrie depuis mars 2011. Des bombardements sur les quartiers rebelles, les plus violents depuis plusieurs jours, ont tué mardi au moins 25 civils. Sur le plan diplomatique, la communauté internationale se montre toujours incapable de s’entendre pour faire cesser le bain de sang dans les quartiers rebelles d’Alep (Ph. AFP)

    profondeurs encore plus ravageuses.   
    Cette situation a provoqué une tension inédite dans la relation entre Paris et Moscou au point où Hollande s'est interrogé  à haute voix s'il était politiquement pertinent de recevoir Vladimir Poutine lors de sa prochaine visite en France.
    La simple interrogation révèle l'ampleur de la frustration française à l'égard de la diplomatie russe. Commentant les enjeux de cette visite, le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault n'y va pas par le dos de la cuillère: «Si le président de la République décide que le président russe vient, ça ne sera pas pour des mondanités, ce sera pour dire des vérités, pour sortir de ce qui est en train de se passer là-bas (en Syrie) et pour faire prendre conscience à la Russie qu'elle est en train de s'engager sur une route dangereuse».
    Cette mise au point intervient alors que des voix françaises s'étaient  élevées pour demander à Hollande d'annuler cette visite de Poutine. Une de ces voix est le vert Yannick Jadot qui estime que «François Hollande dénonce les bombardements à Alep, critique et dit à quel point Vladimir Poutine est le boucher d'Alep aujourd'hui. Il ne peut pas être dans une absolue contradiction avec les valeurs démocratiques que défend la France sur la scène internationale (...) On ne va pas aller faire la guerre à Alep à la Russie et à Bachar Al Assad. Mais nous devons au moins marquer politiquement, diplomatiquement, économiquement notre désaccord avec Poutine. Ça commence en ne le recevant pas».
    Devant ce qui apparaît comme une attitude inédite dans la relation France-Russie, Vladimir Poutine a décidé d'annuler simplement sa prochaine visite à Paris plongeant l'axe Paris-Moscou dans un tourbillon glacial qui vient compliquer davantage cette relation après l'épineux épisode de la crise du contrat Mistral.

    Enjeu politique domestique

    Pour François Hollande, la tension avec Moscou n’est pas qu’un enjeu de posture internationale face à l’inacceptable évolution de la crise syrienne. Elle est aussi un enjeu de politique domestique. C’est ce que révèle en tout cas l’attitude de l’opposition de droite et d’extrême droite. Ces principaux leaders ont violemment chargé le président de la République, lui reprochant de se comporter avec légèreté et improvisation face un pays du poids de la Russie. Ils demandent à Hollande de maintenir le dialogue et la coopération avec Vladimir Poutine partant du principe que la rupture ne fait pas avancer les tentatives de solution de la crise syrienne qui ont inévitablement besoin de l’implication russe.
    L’angle d’attaque de l’opposition contre François Hollande est aussi celui de participer à affaiblir la parole de la France à l’international et isoler son rôle en amoindrissant son influence. Sans doute, ces divisions n’ont-elles pas échappé au maître de Moscou qui, froidement, doit miser sur une alternance du pouvoir à Paris avant de ranimer la relation France-Russie devenue aussi glaciale que du temps de la guerre froide.

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