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Attentat de Charlie

«Ce qui nous somme»
La France retrouve ses Sarrasins

Par L'Economiste | Edition N°:4595 Le 27/08/2015 | Partager

Mouna Hachim, ici lors des la signature de son livre «Histoire des noms de familles du Maroc», est une historienne passionnée. Les auditeurs d’Atlantic Radio connaissent ses chroniques «Secrets de noms de famille». Les lecteurs de l’Economiste ont fréquenté plusieurs années sa plume, regardant le présent avec l’œil du passé et inversement. Faux roman-vraie vie, son livre,   Les Enfants de la Chaouia, devrait être enseigné dans les cours de droit et devenir l’emblème de la lutte pour l’égalité. Il est malheureusement trop peu connu.

L'islam n’a jamais manqué de s’inviter dans le débat en France, soit ouvertement, soit à travers l’immigration, l’intégration, l’insécurité, la laïcité, l’identité nationale...  Et c’est ainsi que nous, de l’autre rive de la Méditerranée, nourris de culture française, de sa langue… sommes à chaque épisode blessés par autant de stigmatisation qui dépasse le cadre du débat franco-français (…)

«Je suis Charlie» s’est imposé comme emblème de la liberté d’expression quand d’aucuns ont préféré la liberté d’une dénonciation sans aucune équivoque, d’une profonde compassion avec les victimes, mais avec une distanciation critique avec l’«être Charlie», chaque mot ayant un sens. 
 
Paradoxaux paradoxes
 
Il devient alors étonnant d’énumérer les paradoxes: atteinte à la liberté d’expression au nom de cette même liberté d’expression; lutte contre la discrimination, l’antisémitisme et le racisme, installant d’office une discrimination (…) Chut!! Le politiquement correct devient un diktat en démocratie équivalant à la censure sous d’autres cieux et la sentence manichéenne d’un Georges Bush encore résonnante dans notre esprit est bien galopante: «Vous êtes avec nous ou contre nous» (…)
Notre devoir est d’investir les canaux médiatiques pour rétablir (notre) image en exprimant notre condamnation de cette violence aveugle en contradiction avec les préceptes de notre religion, qu’aucune idéologie ni aucune croyance ne sauraient justifier (…)
Cette image détestable du musulman est-elle le fruit de notre époque ou devrait-elle trouver son explication dans les premiers contacts avec l’Islam? 
Reconnaissons-le d’emblée, les musulmans ont marqué leur entrée dans l’histoire de l’Europe en tant qu’envahisseurs. Avant les invasions islamiques en Ibérie et dans le Midi de la France, les musulmans étaient inconnus en Occident médiéval, sauf pour quelques initiés ou quelques voyageurs (…)
 
Jusqu'à la désintégration
 

La mort du chevalier Roland, compagnon de Charlemagne, telle qu’elle a été représentée pendant plus d’un siècle, en France. La légende a construit des mythes durables: le courageux chevalier est tué par traîtrise et par toute une armée de Sarrasins. L’Histoire, elle, n’a enregistré qu’une escarmouche avec des Basques, furieux de la destruction de Saragosse par Charlemagne.

Évoquons l’une des premières chansons de geste connues, La Chanson de Roland, datant de la fin du XIe siècle, dépeignant l’attaque de l’arrière-garde de Charlemagne en 778 à Roncevaux dans les Pyrénées (par des montagnards basques, confondus dans l’histoire avec les Arabes) ainsi que l’expédition de l’empereur franc en Espagne. Les musulmans y sont désignés par le terme «Sarrasin» qui vient du latin «Saraceni», lui-même dérivé de l’arabe «Cherqui», oriental (…) 

Parallèlement à ce glissement de l’histoire vers la fable et à cette répulsion envers un monde redouté et méconnu, se décèle une fascination certaine pour ce qui est désigné comme un «réservoir inépuisable de produits fabuleux». (…) L’armée sarrasine est impressionnante par son nombre et par la qualité de ses guerriers. Farouches et hardis à la bataille, les chevaliers sarrasins ont des montures légères, «plus rapides que le vol du faucon». La flotte n’est pas en reste avec «ses grands bateaux de guerre, ses esquifs, ses barges, ses vaisseaux rapides et ses navires de transport» 
Aujourd’hui, on n’en est plus complètement là... quoique cette hantise d’intégration, soutenue par leurs trouvères médiatiques des temps modernes, cache un désir d’anéantir les différences culturelles, sociales et religieuses, poussant l’individu jusqu’aux limites de la désintégration et de la fracture identitaire.
Terrorisme, arme répandue
Plusieurs cas de terrorisme ont parsemé le monde: chez quelques anarchistes français, nihilistes russes, organisations d’extrême gauche, mouvements de libération ou partisans.  Le terrorisme fut aussi l’arme de l’Irgoun, organisation armée nationaliste juive en Palestine mandataire, née en 1931, qui perpétra de nombreux attentats contre les civils. Il fallut attendre les années 1990 pour que le terrorisme porte le label «islamiste», voire «islamique». Ancien conseiller à l’Unesco et sociologue iranien, Ehsan Naraghi, discerne quatre facteurs: l’humiliation et la réaction à la violence subie; la solidarité entre musulmans; le goût du martyre et l’injustice sociale. Il décortique des cas provoqués par ce qu’il appelle des «maladresses de forces extérieures»: le cas de la Palestine; l’occupation soviétique en Afghanistan; celle de l’armée en Algérie et l’occupation américaine en Irak…
On peut y ajouter les misères intellectuelles, comblées par des lectures de plus en plus obscurantistes de la religion et diffusées avec grands moyens souvent par des chaînes satellitaires ayant pignon sur rue… Mais re-chut! On ne désigne pas ainsi ses partenaires et alliés!!

 

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