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L'Edito

Marché de la misère

Par L'Economiste| Edition N°:4280 Le 21/05/2014 | Partager

Les Britanniques ne sont pas assez critiques vis-à-vis de l’Union européenne, sa bureaucratie et de son détournement des pouvoirs démocratiques. Le Maroc vient d’en avoir la preuve avec l’insurmontable problème de «l’acte délégué». Par une contorsion des procédures et sous prétexte de simplification, la Commission s’est donné là le pouvoir d’exclure les exportations de fruits et légumes marocains.
Pour calmer le jeu, elle a envoyé en visite officielle à Rabat, Stefan Füle, le Commissaire à la politique de voisinage (c’est nous) et à l’élargissement (c’est les pays ex-communistes). Il s’est aussi donné la tâche de produire le plus de langue de bois à la minute. Pour l’instant, il mérite largement le premier prix. C’est un grand talent cultivé dans les couloirs de la Commission de Bruxelles pour surpasser l’ancien Kremlin. A côté, les diplomates marocains sont des amateurs.
Il y a plus intrigant: par deux fois les journalistes ont été chassés des réunions auxquelles la partie marocaine les avait invités. L’incident a été mis sur le compte d’une «erreur de cabinard». Admettons.
Il n’en reste pas moins que les pressions restent très dures pour obliger le Maroc à faire les sales besognes de l’Europe, au nom de ce que Bruxelles appelle «le partenariat sur la réadmission». En un mot comme en cent, il s’agit d’obliger le Maroc à faire police des frontières pour le compte de l’Union et de l’obliger à récupérer, nourrir, soigner, entretenir… tous les «clandestins» dont elle voudra se débarrasser, soit des dizaines de milliers de personnes.
Le Maroc résiste depuis dix ans à ce scandaleux marché de la misère. Il doit continuer.
Mais les rétorsions sont là: retards dans les accords financiers, chicanes sur les normes, procédures lentes…
C’est cette face sombre que la Commission veut à tout prix cacher. Pour préserver ses pouvoirs, dans l’Union et hors de l’Union.

Nadia SALAH

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