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    Vingt ans de politique monétaire américaine sur la sellette
    Par J. Bradford DeLong

    Par L'Economiste | Edition N°:2669 Le 10/12/2007 | Partager

    J. Bradford DeLong enseigne aujourd’hui l’économie à l’université de Californie de Berkeley. Il coédite le “Journal of Economic Perspectives”, une revue de référence sur la nouvelle recherche économique mondiale. Il a été secrétaire d’Etat adjoint aux Finances sous la présidence de Bill Clinton, de 1993 à 1995. Il a enseigné à Harvard, au MIT et à l’université de Boston, universités qui figurent parmi les plus prestigieuses des Etats-Unis.Son dernier livre est “Speculative Microeconomics for Tomorow’s Economy” sur le rôle des décisions des acteurs. Ses recherches précédentes portaient sur les “mystères” qu’il y a à avoir en même temps de l’inflation, du chômage et de la croissance. L’auteur a un site web où l’on peut accéder gratuitement à ses plus importantes recherches, ainsi que discuter ses théories: www.j-bradford-delong.net(Ph. J.B.D.) Alan Greenspan, l’ancien patron de la FED américaine, (que l’on accuse aujourd’hui d’avoir laisser faire la crise des subprimes) a publié ses mémoires, traduites en français sous le titre «L’âge des turbulences». Notons que le livre a eu aussi du succès auprès des financiers marocains. Ces mémoires ont fait naître l’accusation qu’après tout, il n’a pas été un si bon banquier central que ça. Stan Collender, du National Journal, voit sur ces attaques la signature de la Maison blanche: en effet, Greenspan critique sévèrement l’administration de George W. Bush. Attaquer la crédibilité d’anciens responsables politiques critiquant Bush est un moyen de défense standard. Mais quid des critiques du mandat de Greenspan à la Fed?. Subprime: CoupableL’acte d’accusation comporte quatre points: Greenspan aurait accueilli favorablement, à tort, la croissance des prêts hypothécaires à taux variables à risque, qui ont alimenté la bulle immobilière; il aurait soutenu à tort les réductions fiscales de Bush, il aurait dû contenir la bulle financière des années 1990, et il aurait dû en faire autant avec la bulle immobilière des années 2000.Greenspan plaide coupable pour les deux premières accusations. Il dit n’avoir pas compris comment la hausse des prêts hypothécaires à risque a poussé les emprunteurs et les investisseurs à prendre des risques dangereux. Il était, dit-il maintenant, concentré sur le fait que les prêts hypothécaires à taux fixes sont des affaires relativement mauvaises pour les emprunteurs en période de basse inflation, ce qui était une erreur.Greenspan plaide aussi coupable de n’avoir pas compris le caractère de l’administration Bush. Il pensait que ses vieux amis empiristes de l’administration Ford étaient de retour aux rênes. Il pensait que lui, et le secrétaire d’État aux Finances Paul O’Neill, pouvaient remporter la tranquille “partie intérieure” visant une politique raisonnable sans avoir recours à une “partie extérieure” qui mettrait en péril sa re-nomination en 2004. Il se trompait.Ces erreurs de politiques, pour lesquelles Greenspan plaide coupable aujourd’hui, sont-elles vraiment graves? À mon sens, ce sont des écarts de conduite. On peut leur opposer ce que l’ancien secrétaire d’État aux Finances Larry Summers appelle la performance “golden glove” de Greenspan, capable d’éviter et de minimiser les récessions pendant ses années à la tête de la Fed.Les “crimes” pour lesquels Greenspan est inculpé sont les deux autres chefs d’accusation: il aurait dû en faire plus pour stopper la bulle financière de la fin des années 1990, et il aurait dû en faire plus pour arrêter la bulle immobilière du début des années 2000. Sur ce plan, Greenspan tient sa position, et plaide non coupable.La seule méthode possible, dit-il, si la Fed avait voulu garder les cours dans des variations d’équilibre raisonnable à la fin des années 1990, aurait consisté à tant relever les taux d’intérêt que l’économie réelle en aurait été assommée. Des taux d’intérêts assez élevés pour freiner la spéculation des marchés auraient aussi ralenti la construction et d’autres formes d’investissement, augmenté le chômage, et mis l’économie sur la voie de la récession. Provoquer un mal assez conséquent aujourd’hui afin d’éviter un danger potentiel futur quand nos connaissances sont limitées et nos jugements incertains n’est pas sage, d’après Greenspan. En cela, il suit une tradition de prudence qui s’étend d’Edmund Burke à John Maynard Keynes.Greenspan avance une défense similaire pour la bulle immobilière. Le taux d’emploi élevé dans le secteur de la construction a été bénéfique pour les travailleurs américains ces cinq dernières années, une période qui n’a pas été si positive pour eux. Des taux d’intérêts plus élevés visant à réduire l’explosion immobilière semblent, même rétrospectivement, mal avisé si le prix à payer est un chômage de masse. Et Greenspan s’abstient de tout paternalisme : il ne veut pas jouer le rôle d’un régulateur qui dit aux gens qu’ils ne peuvent pas s’acheter une maison alors qu’un prêteur s’offre à la financer.Mais Greenspan aurait mieux servi le pays et le monde s’il avait été un peu plus paternaliste en ralentissant la croissance des prêts hypothécaires à taux variables à risque. Il aurait mieux servi son pays et le monde s’il avait moins été un fidèle républicain jouant le jeu national en essayant de convaincre les conseillers politiques de Bush qu’une bonne politique est importante, et davantage un serviteur neutre de la stabilité fiscale à long terme des États-Unis. Naturellement, ce Green-span-là n’aurait jamais été renommé.Au final, Greenspan a bien servi les États-Unis et le monde par sa gestion de la politique monétaire, surtout par le biais de ce qu’il n’a pas fait: essayer d’arrêter la spéculation boursière et immobilière en arrêtant l’économie dans son élan.


    Reproche budgétaire

    Greenspan plaide aussi coupable pour une erreur commise début 2001. Il pensait fournir un témoignage mesuré au Congrès sur les problèmes budgétaires du gouvernement. Il affirmait qu’il est important de gérer des excédents pour financer la dette, mais que les excédents ne doivent pas être d’une ampleur telle que le gouvernement finisse par posséder toute l’industrie américaine. Il affirmait aussi que les réductions fiscales sont préférables aux augmentations des dépenses afin d’empêcher les excédents de prendre trop d’ampleur, mais que l’incertitude est énorme, et que par conséquent, toute réduction fiscale devrait être annulée si elle menace de nous ramener à l’âge des déficits.Robert Rubin et Kent Conrad l’ont prévenu que la presse ne jugerait pas son témoignage mesuré, et que le Congrès l’utiliserait comme une excuse pour abandonner la discipline fiscale. Ils avaient raison.Copyright: Project Syndicate, 2007. Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot

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