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    Vélo Tout Terrain: Les TME en tête du peloton

    Par L'Economiste | Edition N°:10 Le 02/01/1992 | Partager

    Un nouveau modèle de bicyclettes fait, depuis deux années, une apparition remarquée sur le marché marocain du cycle. Il s'agit du vélo tout terrain, connu sous le sigle VTT. Bicyclette destinée aux promenades et aux randonnées de montagne, le VTT conquiert une clientèle, composée essentiellement de jeunes qui l'utilisent comme moyen de déplacement en ville. Aujourd'hui, les milieux du cycle notent avec satisfaction ce regain d'intérêt, qui ne leur profite pas totalement. En effet, la commercialisation de VTT piétine dans les maisons du cycle. La cause serait dûe, selon des responsables, à la prolifération d'un réseau informel de commercialisation des VTT, alimenté par les résidents marocains à l'étranger, lors de leur retour pour les vacances.


    APPELES en Anglais, «mountain bikes», les VTT n'en demeurent pas moins des vélos comme les autres.
    M. Melhaoui, prestigieux coureur des années du protectorat et propriétaire d'un établissement de cycles et de cyclomoteurs à Casablanca, affirme qu'il faut «toujours pédaler pour avancer!». Et M. Chaoui Mohamed, de NSU-Maroc, grand distributeur à Casablanca, résume à sa manière, toute l'idée: «le VTT a deux roues, un cadre, un guidon et une selle, exactement comme un vélo ordinaire».
    Sur le plan du principe de fonctionnement, le VTT n'a donc rien d'orignal. Mais, au niveau de la conception et du montage, le VTT se distingue par un certain nombre de particularités.
    En effet, dans l'esprit de son concepteur, le «mountain bike» est destiné, en premier lieu, au cyclo-tourisme et aux randonnées dans les montagnes.
    Cette vocation du VTT se manifeste nettement au niveau du matériel qui entre dans sa composition mécanique.
    Les pneus larges et crampés permettent à l'engin de s'accrocher à une piste ou à un sol sablonneux.
    Le changement des vitesses est plus développé. Il permet ainsi aux «bikers» de rouler sur des pentes de 18° à 20° d'inclinaison.
    L'absence d'un éclairage et d'un porte-bagage s'inscrit dans le même ordre d'idées. M. Chaoui explique: «Un VTT n'a pas d'éclairage pour la bonne raison qu'on ne peut faire du tourisme dans la montagne que pendant le jour. Le porte-bagage n'existe pas car, en principe, un «biker» devrait avoir un sac à dos».
    En second lieu, le VTT, comme nouveau produit, est ciblé sur une catégorie d'usagers dont l'âge varie entre 14 et 27 ans. Il est clair qu'au-delà de cet âge, «il faut avoir quelque chose dans les jambes pour pédaler» note M. Chaoui.

    De ce fait, le choix des couleurs -vives et fluorescentes- et la finition du montage, reflètent l'esprit même de la nouvelle génération de jeunes et symbolisent énergie et vivacité. Un souci particulier est donc accordé à l'aspect esthétique du vélo tout terrain, «plus costaud et plus ramassé» qu'une bicyclette ordinaire.
    La dimension des roues détermine le groupe du VTT. Ainsi, il existe des VTT de 20 pouces, de 24 pouces et de 26 pouces.
    A chaque groupe correspond une catégorie d'âges. Comparé à un vélo de course, le «mountain bike» est plus lourd. Il pèse entre 18 et 22 kilogrammes alors que le poids d'un vélo de course ne dépasse pas 9 kilogrammes. Ceci montre que la composante vitesse importe peu dans la logique adoptée pour la conception du VTT.
    A côté de ce dernier, les maisons du cycles continuent de faire le montage et l'assemblage d'autres types de vélos, plus anciens, comme le vélo ordinaire ou le «demi-ballon», le vélo-cross et dans une moindre mesure le vélo de course. Par contre, le mini-vélo n'est plus monté car personne ne le demande. L'apparition du VTT aurait été le coup de grâce qui a précipité la disparition du mini-vélo.
    Globalement, il y a un regain d'intérêt pour la bicyclette. Et le VTT a largement contribué à cette relance.
    «C'est devenu beaucoup plus à la mode d'avoir actuellement une bicyclette ou un VTT qu'une moto» estime un responsable de la société des établissements A. Bertin.

    Une mode qui va passer...


    «Le VTT est une mode. Et chaque mode passe. Tel est le principe», affirme-t-on dans les milieux du cycle. M. Melhaoui a découvert le VTT à l'occasion du salon de Milan de la bicyclette et de la moto, qui constitue avec les salons de Cologne et de Paris, les trois traditionnelles expositions où les dernières innovations du cycle et du motocycle sont présentées en Europe.
    D'autres maisons locales de montage on reçu des catalogues et des brochures de leurs fournisseurs dans le monde, faisant état de l'apparition du VTT.
    Entre-temps, les magazines étrangers de jeunes, vendus au Maroc, ont fait le nécessaire en matière de publicité. Rapidement, une clientèle VTT se constitue.
    Sous la pression de la demande, les maisons du cycle mettent à profit leur longue expérience et montent des VTT marocains. Surtout qu'au début, l'importation des VTT n'était pas encore libre. A l'exception de certains articles dont notamment le dérailleur et le triple-plateau, les autres composantes du VTT sont fabriquées localement. Les pièces qui manquent sont importées soit des pays européens, dont la vocation au cyclisme est marquée, à savoir, l'Italie et la France, soit des pays asiatiques dont Taiwan et la Chine. Ces deux derniers pays proposent des pièces à des prix très compétitifs.

    L'industrie marocaine du cycle suit toutes les évolutions du monde. Elle satisfait largement le marché local, avec une production annuelle estimée entre 25.000 et 30.000 vélos par les professionnels. Elle exporte même vers les pays maghré-bins. Il y a, en revanche, un désaccord sur la part de l'intervention locale dans le montage. Chez la société des établissements A. Bertin, on estime qu'il y a un montage de VTT à 80% marocain alors que chez l'établissement Melhaoui et NSU-Maroc, on ramène ce taux à 50%. Le marché marocain n'est pas encore saturé. Il reste, en perspective, deux à trois ans pour que la fièvre des VTT retombe. Et il est probable que le «mountain bike» subisse le même sort que le mini-vélo. Les maisons du cycle, de leur part, ne doutent pas de la chute. M. Melhaoui explique: «Après deux ou trois ans, les constructeurs étrangers vont concevoir un nouveau modèle de vélos. Mais, en fait, c'est toujours pareil, si tu ne pédales pas, tu n'avances pas!».

    Des prix en fonction de la qualité des matériaux


    Les prix des bicyclettes sont très variés. Ils sont déterminés en fonction de la légèreté et la résistance des matériaux qui entrent dans le montage des vélos.
    Pour un VTT, le prix oscille entre 1.500 et 3.500 DH. Un vélo demi-course coûte entre 1.500 et 5.000 DH. Le prix le plus élevé est celui du vélo de course. Il atteint 10.000 DH en raison de la qualité de l'alliage. Sa commercialisation n'est pas très importante car le sport cycliste est peu développé dans le pays.
    Un système de sponsorisation des clubs du cyclisme permettra de relever le niveau de vente des vélos de course...
    Le vélo demi-ballon est le moins cher. Il coûte 1.000 DH. Et c'est ce type de vélo qui inspire confiance dans les maisons du cycle car il ne subit pas les humeurs de la mode et reste accessible à une large frange de la population la plus modeste. C'est pourquoi, M. Melhaoui, affirme: «Notre véritable client est le petit ouvrier qui peut acheter un vélo à 1.000 DH».

    Comparativement aux prix des motocyclettes qui oscillent entre 6.000 et 8.000 DH, les prix d'une bicyclette sont largement plus faibles. Les maisons du cycle observent une augmentation sensible des ventes des vélos par rapport aux motos. La commercialisation des bicyclettes s'active entre les mois de Mars et Décembre. Pendant cette période, il y a peu de pluie et de vent, et les gens ont tendance à pratiquer du cyclo-tourisme.
    Les VTT, au niveau des ventes, viennent en tête car ils sont à la mode. M. Chaoui explique: «Maintenant, on vend 90 VTT contre 10 demi-courses. Auparavant, on vendait 90 demi-courses contre seulement 10 vélos ordinaires».
    Mais, depuis une année, les ventes auraient manifestement chuté à cause du déploiement rapide d'un réseau informel, alimenté par les TME et qui auraient cassé le marché des VTT.

    Le réseau commercial informel


    En parallèle au développement de la commercialisation des VTT, un marché informel s'est rapidement implanté à Casablanca au marché de Derb Ghallef et de Kôrea.
    Les résidents marocains à l'étranger, qui bénéficient d'une tolérance douanière lors de leur retour en vacances, introduisent des dizaines de vélos et les revendent au marché informel.
    Dans les maisons du cycle, on s'indigne contre cette concurrence déloyale qui a pour conséquence de détourner la clientèle vers des réseaux informels proposant des prix plus bas.
    Un des responsables dans la société des établissements A. Bertin, explique le pourquoi de la différence des montants entre les deux marchés: «L'entrée d'un TME est accompagnée d'un certain nombre de facilités douanières. Lorsqu'il y a un article qui coûte 10 Francs en France, il nous revient à 30DH en raison des frais de douane, de transit et de transport. Tandis que pour un émigré, le même article de 10F ne revient qu'à 15 DH. S'il le revend à 20 DH, il est gagnant. Et c'est justement ce qui arrive au niveau des VTT!».

    Les maisons du cycle estiment que pour cette année, la moitié du marché est perdue au profit des TME et du secteur informel. Le chiffre d'affaires aurait même baissé de 30% à cause de l'action des TME et de la récession économique qui gagne tout le secteur, y compris les maisons de fabrication en Europe comme Mobylette et Peugeot.
    L'attitude sévère des maisons du cycle contre les TME peut paraître exagérée. Toutefois, elle reste justifiée surtout si l'on sait que certains établissements ont réduit de trois quart leur personnel, suite à cette concurrence déloyale, prétendent-ils. Ils souhaitent, tout au plus, que les TME n'abusent pas trop des faveurs qui leur sont accordées. M. Melhaoui évoque le cas d'un émigré, résident en France, et qui fait cinq voyages dans l'année pour amener 50 VTT!
    Il estime qu'à ce niveau, c'est un abus qu'il faut assimiler à la contrebande. Personne n'est contre l'émigré qui apporte un vélo pour son enfant. Mais «lorsqu'un TME introduit quarante ou cinquante vélos par an, il y a problème. Il n'a quand même pas quarante enfants!» proteste un distributeur.
    Les professionnels s'accordent pour affirmer que si les TME s'acquittaient des mêmes obligations qu'eux, les prix des vélos affichés dans les maisons du cycle, seraient inférieurs au moins de 10% de ceux pratiqués sur le marché informel.

    Abdelkhalek ZYNE

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