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    Economie

    Unicef: Le scandale des petits forçats du travail

    Par L'Economiste | Edition N°:259 Le 19/12/1996 | Partager

    Le travail des enfants est dévastateur et ravageur. Le rapport de l'Unicef sur leur situation dans le monde est bien sombre. Si des progrès ont été constatés, il reste encore beaucoup à faire. L'organisation réclame une action urgente pour mettre fin à leur travail dans des conditions dangereuses.


    EN Malaisie les enfants peinent parfois 17 heures par jour dans les plantations d'hévéas, exposés aux piqûres des insectes et aux morsures de serpents. En Tanzanie, ils ramassent le café, inhalant les pesticides. Au Maroc, ils se penchent sur les métiers à tisser pendant de longues heures et pour un salaire de misère, nouant les fils de tapis luxueux qui seront exportés. Aux quatre coins du monde des témoignages similaires sont recueillis.
    Tout en examinant la portée de la convention relative aux droits de l'enfant, le rapport 1997 de l'Unicef sur «la situation des enfants dans le monde» s'intéresse ici à un sujet poignant, le travail des enfants. «De même qu'aucun enfant ne devrait plus mourir d'une maladie évitable, aucun enfant ne devrait plus travailler dans des conditions dangereuses ou d'exploitation».

    Combien sont-ils aujourd'hui au travail? Personne ne le sait avec certitude. Beaucoup de pays n'ont tout simplement pas de statistiques. Mais même les pays qui tentent de les recenser sont confrontés à de grosses difficultés, car une très grande partie de ce travail est «invisible», caché dans le secteur non structuré, à l'intérieur des maisons, au foyer même de l'enfant, dans les champs. La seule chose qui est aujourd'hui sûre est que le nombre des enfants travailleurs dans le monde se chiffre en centaines de millions. Pour l'Organisation, il faut d'urgence réunir davantage de données afin de mieux contrôler et prévenir les violations des règles sur le travail des enfants, «étant donné surtout que la grande majorité travaille dans l'ombre de la domesticité ou de l'agriculture».

    Pas de choix libre


    A l'échelle mondiale, il apparaît que la majorité des enfants qui travaillent se trouvent en Asie, en Afrique et en Amérique latine. L'Asie, à elle seule, en regroupe la moitié, bien que leur proportion semble diminuer en Asie du Sud-Est en raison de l'augmentation du revenu par habitant, de la généralisation de l'éducation de base et de la diminution de la taille de la famille. En Afrique, un enfant sur trois exerce une activité, un sur cinq en Amérique latine.
    Sur ces continents, précise le rapport, seul un très faible pourcentage de la main-d'oeuvre enfantine est employé dans le secteur structuré. Dans les pays d'Europe centrale et orientale, le travail des enfants a sensiblement augmenté après la transition brusque d'une économie planifiée à une économie de marché.

    «La plupart des enfants qui travaillent n'ont pas le pouvoir de choisir librement», avance le rapport de l'Organisation. La majorité des enfants sont entraînés vers des travaux souvent préjudiciables à leur développement par trois facteurs clés: exploitation de la pauvreté, éducation inadaptée et traditions sociales.
    Si le rapport de l'Unicef met en lumière les progrès réalisés dans le monde en vue de protéger les enfants et de garantir leurs droits, il dénonce également leur exploitation au travail comme «l'une des pires violations de ces droits». Il critique aussi la légende qui voudrait que cette pratique ait disparu du monde industrialisé.

    140 millions non scolarisés


    Ainsi, au Royaume-Uni, il apparaît selon les estimations les plus fiables que le phénomène concerne 15 à 26% des enfants âgés de 11 ans. Aux Etats-Unis, une opération coup de poing menée par le Ministère du Travail pendant trois jours en 1990 a révélé que 11.000 enfants travaillaient clandestinement.
    Pour l'Unicef, une stratégie d'ensemble pour éliminer les formes les plus dangereuses de travail des enfants doit comporter cinq initiatives. La première concerne la promotion et le renforcement de l'éducation. On compte aujourd'hui 140 millions d'enfants de 6 à 11 ans non scolarisés (23% des enfants en âge d'aller à l'école primaire dans les pays en développement) et un nombre sans doute égal qui quittent l'école prématurément. L'Unicef affirme que «l'éducation de base pour tous est réalisable, si on lui accorde la priorité exigée par la convention relative aux droits de l'enfant».
    De son côté, le rôle de la législation est fondamental pour l'abolition des formes dangereuses du travail des enfants. Autre initiative: donner aux familles pauvres des moyens d'agir et leur ouvrir, au plan économique, d'autres solutions que de faire travailler les enfants. L'un des moyens d'y parvenir est le plan de crédit de groupe, système qui fonctionne déjà avec succès dans de nombreuses régions en développement. Mobiliser la société et faire campagne pour que les entreprises prennent mieux conscience de leur responsabilité propre et de celle de leurs sous-traitants figurent également parmi les initiatives
    clés.

    Qu'est-ce que le travail des enfants?


    L'Unicef considère que le travail des enfants relève de l'exploitation s'il implique:
    - un travail à plein temps à un âge trop précoce;
    - trop d'heures consacrées au travail;
    - des travaux qui exercent des contraintes physiques, sociales et psychologiques excessives;
    - une rémunération insuffisante;
    - l'imposition d'une responsabilité excessive;
    - un emploi qui entrave l'accès à l'éducation;
    - les atteintes à la dignité et au respect de soi des enfants, comme l'esclavage ou la servitude et l'exploitation sexuelle
    - un travail qui ne facilite pas l'épanouissement social et psychologique complet.
    La convention n°138 de l'OIT fixe à 15 ans l'âge minimum d'admission à l'emploi. Elle spécifie qu'aucun enfant de moins de 18 ans ne doit être occupé à des tâches dangereuses.
    Cette même convention autorise par ailleurs les enfants âgés de 13 à 15 ans à accomplir des travaux légers. Beaucoup de pays n'ont pas encore ratifié cette convention qui admet certaines exceptions.

    Les activités incriminées


    · Les enfants domestiques: Ce sont probablement les enfants les plus vulnérables et les plus exploités, mais aussi les plus difficiles à protéger. Ils sont souvent très mal payés, voire pas du tout. Leurs conditions de travail dépendent entièrement du bon vouloir de l'employeur, au mépris de leurs droits. Ils sont privés d'école, de jeu et d'activité sociale, ainsi que du soutien psychologique de leur famille et de leurs amis, qui plus est, ils sont exposés à la violence physique et aux abus sexuels.
    ·Le travail en servitude: Il se rencontre surtout, mais pas exclusivement, en Asie du Sud. Des enfants qui n'ont souvent pas plus de huit ou neuf ans y sont remis en gage par leurs parents à des propriétaires de fabriques ou à leurs agents en échange de petits prêts. Le cas le plus connu est l'industrie des tapis de Mirzapur-Bhadohi-Varanasi dans l'Uttar Pradesh. D'après une étude récente, les enfants sont «tenus en captivité, torturés et obligés de travailler d'affilée jusqu'à 20 heures par jour. De tout jeunes enfants sont contraints de rester accroupis tous les jours, de l'aube au crépuscule, ce qui compromet gravement leur croissance pendant les années de formation».

    · L'exploitation sexuelle d'enfants à des fins commerciales: Les données sont imprécises sur cette «industrie illégale qui brasse des milliards de Dollars». Cependant, les ONG sur le terrain estiment que, chaque année dans le monde, au moins un million de jeunes filles sont ainsi piégées ou forcées de se livrer à cette forme d'exploitation qui confine à l'esclavage. Les garçons n'y échappent pas non plus. L'exploitation sexuelle «est sans conteste l'une des pires formes du travail des enfants».
    · L'industrie et les plantations: Dans le monde entier, des enfants y travaillent dans des conditions périlleuses.
    ·La rue: Lieu de travail cruel et dangereux, menaçant souvent la vie même des enfants. Ils cirent les chaussures, lavent et gardent les voitures, portent des colis.... «La grande majorité rentrent chez eux chaque soir, dans les quartiers misérables ou les bidonvilles: ce sont des enfants dans les rues, pas des enfants des rues».

    ·La famille: L'occupation la plus fréquente reste le travail dans et pour la famille: travaux agricoles ou ménagers au domicile des parents. Mais «de trop longues heures de travail empêcheront l'enfant d'aller à l'école et entraveront son développement corporel».
    ·Le rapport examine enfin la situation particulière des jeunes filles au travail. La plupart des risques professionnels qui pèsent sur les garçons menacent aussi les filles. Mais en plus, elles connaissent des problèmes spécifiques, depuis les pressions sexuelles des employeurs jusqu'à l'exclusion de l'éducation.

    Les actions à mener


    L'Unicef réclame aujourd'hui une action mondiale contre le travail des enfants. Six actions clés sont à mener d'urgence. Mme Carol Bellamy, directeur général de l'Unicef, demande que l'on abolisse sans délai les formes les plus intolérables du travail des enfants, telles que la prostitution ou le travail en servitude qui, souligne-t-elle, «constituent une violation si grave des droits de l'Homme que le monde doit en venir à les considérer du même oeil que l'esclavage, comme une chose injustifiable quelles que soient les circonstances».
    Les six actions:
    · Eliminer immédiatement le travail des enfants dans des conditions dangereuses ou d'exploitation: Notamment le travail en servitude, l'exploitation sexuelle à des fins commerciales et les emplois qui entravent le développement physique, social, émotionnel ou moral des enfants.

    · Instaurer l'enseignement primaire obligatoire et gratuit: Pour tous et faire en sorte que tous les enfants fréquentent l'école à plein temps jusqu'à la fin du cycle primaire de l'enseignement.
    · Elargir la protection légale: Il faut que les lois nationales sur le travail des enfants soient en accord tant avec l'esprit et la lettre de la convention sur les droits de l'enfant qu'avec les textes de l'Organisation Mondiale du Travail. Elles doivent couvrir aussi largement que possible le travail des enfants dans le secteur économique non structuré, y compris le travail dans la rue, dans les exploitations agricoles en tant que domestiques ou au foyer familial.
    · Enregistrer tous les enfants à la naissance: Pour qu'ils puissent exercer leurs droits par exemple à l'éducation, aux soins de santé et à d'autres services, et aussi pour permettre aux employeurs et aux inspecteurs du travail de connaître avec certitude l'âge de chaque petit travailleur.

    · Réunir des données et exercer une surveillance continue: Pour s'attaquer efficacement au problème et améliorer les conditions des enfants.
    · Adopter des codes de conduite et élaborer des politiques d'achat: Il est instamment demandé aux sociétés nationales et internationales d'adopter des codes de conduite garantissant que ni elles ni leurs sous-traitants n'emploieront d'enfants dans des conditions susceptibles de violer les droits de ceux-ci. Il convient d'élaborer des politiques d'achat tenant compte des intérêts supérieurs de l'enfant et comportant des mesures pour protéger ces intérêts. L'Unicef, quant à elle, réaffirme son adhésion à la politique d'achats qu'il a adoptée, et par laquelle il s'engage à ne pas s'adresser à des fournisseurs exploitant le travail des enfants.

    Meriem OUDGHIRI


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